Comment ! Une grève au ministère des Affaires étrangères ?

Soumis à des conditions scandaleuses, le corps diplomatique est en grève. Au grand dam du Trésor qui n’a pas de mots assez durs pour condamner son action

By MICHELLE MAZEL
April 1, 2014 19:33
4 minute read.
p13, jfr 150

Ministere des Affaires etrangeres. (photo credit: YUVAL BAGNO)

 
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Pour la première fois dans l’histoire de l’Etat d’Israël, le personnel du ministère des Affaires étrangères s’est mis en grève après des semaines, des mois et même des années de négociation sans résultat. Les diplomates n’en pouvaient plus. Ils étaient las de voir les jeunes recrues admises après un concours particulièrement difficile abandonner au bout de quelques mois, tant les salaires offerts étaient insuffisants ; las de voir des ambassades fonctionner au ralenti parce que des postes essentiels à l’étranger sont vacants, aucun candidat n’acceptant de se rendre en mission dans un pays où il est impossible de finir le mois. Las de voir les femmes de diplomates privées de carrière sans compensation et donc privées de retraite. Las de voir que le budget de fonctionnement des ambassades ne leur permettait pas de faire face aux défis de l’heure et de défendre efficacement leur pays. Las aussi de constater que personne n’était prêt à les écouter. Pourtant ils sont en première ligne. Littéralement. Hommes, femmes et enfants vivent sous la menace constante de la terreur à l’étranger. A-t-on si vite oublié l’ambassade d’Israël à Buenos Aires, détruite par un attentat ? L’ambassade d’Israël au Caire, prise d’assaut par une foule haineuse en délire ? L’ambassade d’Israël à Amman, où les forces de l’ordre ont stoppé juste à temps des centaines de manifestants ? A-t-on oublié les diplomates, les femmes et les familles de diplomates pris pour cible par les terroristes ? Il y a au ministère une salle dédiée à la mémoire de ces représentants d’Israël qui ont perdu la vie dans des attentats. Qui y accorde une pensée ?

« Personne ne meurt de faim aux Affaires étrangères »

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Alors les diplomates se sont mis en grève. Une grève totale. Toutes nos ambassades ont fermé leurs portes. Les consulats aussi. La réaction ? Chacun va de son petit couplet, s’étranglant d’indignation : scandaleux ! Du jamais vu ! Petit rappel historique : c’est peut-être la première fois en Israël, mais d’autres pays, et non des moindres, ont connu cette situation. Certains, comme la France, ont réagi différemment. Ainsi Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, interrogé en 2009 :
Question : Nous sommes face à une grève sans précédent pour la diplomatie française aujourd’hui, quel est son impact ? Empêche-t-elle le Quai d’Orsay, la diplomatie française de fonctionner ? Et quand même, c’est une grève sans précédent au Quai d’Orsay, que faut-il en penser ?
Réponse : Aucun ministre ne se réjouit d’avoir une grève, ce que nous voulons, nous, c’est véritablement pouvoir donner le meilleur de nous-mêmes et ce que je sais, c’est que tous les agents de ce ministère, sans exception, participent de la volonté de ce ministère de servir les Français, de servir l’ambition des Français et c’est pour cela aujourd’hui qu’ils veulent véritablement dire et exprimer leur inquiétude1.
En Israël, loin d’apporter son soutien aux grévistes, le ministre des Affaires étrangères condamne sans équivoque, parle de la souffrance des victimes sans défense de cette action brutale et injustifiée.

C’est vrai, les grèves ont des conséquences. C’est d’ailleurs pour cela qu’elles donnent des résultats. D’un autre côté, en Israël les employés du chemin de fer, des transports en commun, des postes, d’El Al, les contrôleurs du ciel, l’aéroport Ben Gourion, sans parler des éboueurs, peuvent faire grève, cela va de soi. Ils ne s’en sont pas privés dans le passé. Que dire des médecins ? Qui se souvient de la longue et dure grève de 2011 qui a duré près de cinq mois ? Les infirmières aussi se sont mises en grève. On a vu récemment le plus grand hôpital de Jérusalem fermer ses portes pour obtenir la prise en compte de ses revendications. Mais que les diplomates fassent grève ? Impensable. Hors de question. Comment ? Pas moyen de se faire délivrer un nouveau passeport en cas de vol ou de perte à l’étranger ? Des Israéliens qui ne peuvent rentrer chez eux faute de ce document ? (Il faut quand même souligner que le bureau de grève a délivré plus de 2 500 exemptions justement pour répondre aux besoins les plus urgents). Et puis, on parle d’atteinte aux intérêts vitaux de la nation : cette grève est désastreuse pour l’image du pays, elle entraîne l’annulation de la visite de personnalités importantes et risque de remettre en cause la venue du Pape ; des négociations délicates sont stoppées net, et plus personne n’est là pour expliquer et défendre Israël dans les médias et dans les organisations internationales.
Au ministère des Finances on condamne et on fustige les « diplomates grassement payés » ; le vice-ministre n’a-t-il pas déclaré le 13 juin dernier à la Knesset que les députés « ne pouvaient qu’envier les conditions dont bénéficient les diplomates » (!), ajoutant avec une rare élégance « que personne ne mourait de faim » au ministère. Propos rapportés le jour même par le site internet Ynet.

Il y a une quinzaine de jours une source anonyme au Trésor enfonçait le clou : « Il n’y a qu’à voir dans quelles voitures ils roulent pour comprendre qu’ils ne sont pas dans le besoin ». On le voit, le ministère ne déborde pas de sympathie pour nos diplomates et le fait savoir, une attitude qui ne facilite pas la recherche d’un compromis. Ce qui est frappant, c’est que tout le monde s’accorde à dire que le ministère des Affaires étrangères est bien trop important pour se permettre de faire grève. Le pays, les citoyens, ont besoin de ses services. Mais alors, s’il est si important, pourquoi nos diplomates sont-ils si mal payés, pourquoi le budget du ministère est-il si réduit ?
Les négociations ont repris. Reste à espérer que le bon sens reprenne rapidement le dessus.  u

Michèle Mazel est l’épouse de Zvi Mazel, ancien ambassadeur d’Israël en Roumanie, en Egypte et en Suède. Ancienne présidente de l’association des épouses de diplomates, elle a écrit Femme de l’ambassadeur et de Pas de deux avec l’ambassadeur. 


1. http://discours.vie-publique.fr/notices/033004228.html



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