Conjuguer Israël au futur

L’Agence juive et le Keren Hayesod donnent à la jeunesse juive de France des outils pour leur avenir avec le Bac Bleu Blanc.

By KATHIE KRIEGEL
December 31, 2013 15:35
Ateliers, visites, les élèves découvrent de nombreux parcours professionnels en Israël

P8 JFR 370. (photo credit: DR)

«Un rêve qui se réalise », « c’est comme arriver chez moi », « rentrer à la maison », « une expérience de folie », « un grand kif ». La ferveur de ces lycéens pour Eretz Israël se déclinait sur tous les tons, jeudi 17 décembre. Elèves de terminale, ils ont en moyenne 18 ans et étaient cette année plus d’un millier à agiter le drapeau israélien, à faire danser la flamme de leurs briquets allumés, à chanter Am Israël Haï à gorge déployée tout au long de cette soirée de gala offerte en leur honneur au palais des congrès de Jérusalem. Ils sont l’avenir du peuple juif et Israël est leur avenir.


 


L’heure du choix


« Vous êtes très, très impressionnants ! », s’exclame au micro Richard Prasquier. Le nouveau président du Keren Hayesod ne cache pas son émotion à voir cette jeunesse exaltée, venue d’une vingtaine d’établissements juifs de France, pour prendre part à la 11e édition du « Bac Bleu Blanc », du 16 au 26 décembre. Traditionalistes ou religieux, tous ont la même passion : Israël


A l’aube de leur vie d’adulte, l’Etat hébreu n’est plus seulement un lieu de villégiature, mais une terre d’avenir qui offre un potentiel de réalisation. Ils en connaissent les paysages, la plage, mais l’insouciance va devoir céder le pas à la réalité et les perspectives professionnelles sont étudiées avec soin. « A cet âge charnière où vous fabriquez votre avenir, il est important qu’on vous fasse connaître toutes les opportunités qui s’offrent à vous », insiste Richard Prasquier, « afin que vous fassiez le bon choix ». Un challenge que les organisateurs du Bac bleu Blanc qui se veut être une passerelle solide, ont relevé brillamment.


Les élèves ont sillonné le pays, lors de cette édition 2013, particulièrement axée sur le concret. De la cité des sciences de Beersheva et du Technion de Haïfa aux vignobles de Psagot en passant par des entreprises de high-tech comme Ex-Libris, IBM, ou une rencontre avec le prix Nobel de chimie Dan Schechtman, rien n’aura été laissé au hasard pour créer l’émulation et leur faire découvrir un large spectre de secteurs d’activité et les multiples débouchés qui s’offrent à eux. Avec pas moins de 40 stands d’information afin que chacun puisse trouver le programme qui lui convienne. Préparation intensive aux examens psychométriques, classes préparatoires en ingénierie et sciences, finance ou paramédical s’adressant aux jeunes bacheliers désireux d’intégrer des établissements d’enseignement supérieur de haut niveau, programmes de stages dans des entreprises ou centres de recherches israéliens à forte notoriété, sans oublier les formations de technicien informatique, coiffeur, pâtissier et cuisinier… chaque candidat est invité à choisir son lieu et branche d’activité.


 


Tsahal et les valeurs israéliennes


Le voyage aura également permis de rencontrer la réalité du pays et favoriser des interactions avec l’armée. Davantage que les autres années du point de vue de certains encadrants. Un élève avoue avoir été sensible aux valeurs sionistes en visitant la maison de Ben Gourion extrêmement modeste. Mickaël, lui, de l’école Rambam Maïmonide, a découvert tout un pan de l’histoire d’Israël qu’il méconnaissait. « On a visité la prison d’Acco. C’était un moment fort. C’est ce qui m’a le plus marqué dans ce voyage. On nous a parlé du Palmach, c’était très intéressant. C’est notre histoire aussi. »


Le service militaire qui pourrait bientôt devenir le lot des harédim, exemptés jusqu’à présent de ce fardeau national, ne semble pas infirmer leur ardeur. « Israël nous donne énormément, alors c’est normal que nous aussi, on lui donne de nous-même. Si venir en Israël implique de faire l’armée, ce n’est pas ça qui nous arrêtera. Ici on apprend la solidarité », s’emballent ces élèves de Ozar Hatorah. « Peu d’ultraorthodoxes sont manifestement antisionistes, l’ensemble de la diaspora est un exemple de cohésion », assure de son côté Richard Prasquier.


Mais ce voyage encourage aussi à se familiariser plus généralement avec les valeurs juives qui s’épanouissent dans la société israélienne. « Ici ce n’est pas l’individualisme qui prime. C’est une société d’entraide », affirme une jeune encadrante « et au niveau national aussi, car Israël exporte ses nouvelles technologies pour aider des pays en développement, tout ça leur montre qu’il y a une autre manière de vivre les choses possible, plus authentique » se félicite-t-elle. Un passage par le KKL, le Magen David Adom et d’autres organismes à vocation sociale, les aura éveillés à l’esprit de solidarité israélien. « Ce voyage a pour mission de former la relève destinée à investir plus tard les communautés de France, mais aussi de former un rempart contre l’assimilation. C’est pourquoi des élèves des écoles publiques françaises sont également invités à y participer, bien que soumis à un autre calendrier du fait de vacances scolaires différentes », précise-t-elle. « Grâce à ce voyage, on voit les défauts de la France et les qualités d’Israël », confie un élève de Rambam Maïmonide déjà conquis. « C’est sûr qu’ici c’est optimal pour concilier vie professionnelle et vie religieuse, surtout pour une femme », renchérit une élève de Mihlala Beit Vagan originaire de Strasbourg.


 


Faire ou ne pas faire l’aliya


Renforcer le sionisme de la diaspora et favoriser l’aliya sont les deux pôles de la mission du Keren Hayesod. Organisé par la branche éducative de l’Agence juive et l’Expérience israélienne, financé grâce aux fonds collectés par le Keren Hayesod, le Bac Bleu Blanc a donc pour objectif d’approfondir les liens de la jeunesse juive avec Israël en délivrant un message d’unité du peuple juif, afin de renforcer leur sentiment d’appartenance. Mais si sensibiliser cette jeunesse à l’aliya semble au cœur du voyage, l’objectif n’est pas à 100 % avoué. « A Strasbourg, ils prennent des encadrants qui ne sont pas trop sionistes. Ils ont des instructions pour ne pas pousser à l’aliya », confie Emouna, étudiante d’un groupe Massa. Pour un encadrant qui veut rester anonyme, leur rôle se limite à exposer aux élèves quelles seraient leurs possibilités d’intégration pour le cas où ils en feraient le choix et faire en sorte qu’ils se sentent Israéliens même en diaspora pour être les ambassadeurs de l’Etat hébreu une fois de retour en France. « La majorité de ces jeunes qui participent à ce voyage, ont de la famille ici ; envisager l’aliya est donc une éventualité assez naturelle », explique Richard Prasquier. « Mais le pessimisme ambiant dans l’Hexagone et les problèmes économiques, font que leurs regards se tournent de plus en plus vers Israël qui présente davantage d’opportunités de travail. Dans notre histoire, nous avons toujours eu une valise près de la porte. Je leur dis que tant qu’à partir, qu’ils choisissent Israël plutôt qu’une autre destination. Ce n’est pas l’antisémitisme qui fait fuir, sauf pour ce qui est de certaines villes ou quartiers, où la question vient à se poser en raison d’une insécurité croissante. C’est une situation très insupportable, mais qui n’est pas globale. En revanche, ce qui est écœurant, c’est l’antisionisme décomplexé qui s’exprime sans recul et sans retenue. Il y a clairement un ras-le-bol de l’israélo-phobie pathologique de nos pays » déplore-t-il.


« Avec 600 000 Juifs en France, soit dix fois moins qu’aux Etats-Unis, l’aliya française pour la première fois dépasse celle des cousins d’Amérique et l’élan de ce nouvel essor puise dans le Bac Bleu Blanc et les programmes Massa », se félicite de son côté Nathan Sharansky, président de l’Agence juive, « mais ce n’est pas suffisant », ajoute-t-il sous une clameur de Am Israël Haï et une frénésie de drapeaux qui s’agitent. Des anciens du Bac Bleu Blanc radieux, épanouis, venus témoigner de leur expérience après une installation réussie – l’armée, épanouissement professionnel, pour certains déjà un premier enfant – auront le mot de la fin : « On l’a fait, pourquoi pas vous ? ».


La soirée s’achève sur un concert de Yonathan Razel, un ancien olé américain aujourd’hui hiérosolymitain et religieux, bientôt rejoint par le Hazan de Tsahal. Kippa de velours noire et kippa crochetée entonnent ensemble une Hatikva vibrante, les musiciens de l’orchestre en uniforme les accompagnent. Une beau symbole d’unité ovationné par ces jeunes qui ne s’y trompent pas. Le message de solidarité et d’unité est passé : en diaspora ou en Eretz, leur avenir sera Bleu Blanc.


 


 


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