Créer sans désacraliser

L’institut Zomet du Goush Etzion s’est donné pour mission de surmonter les problèmes que la technologie moderne pose au respect du Shabbat

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May 13, 2013 12:25
Le vaporisateur pour enfants asthmatiques, équipé d'un "interrupteur gamma".

JFR P16 370. (photo credit: DR)

 
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Le Talmud de Babylone (Yoma 83a) nous enseigne que, conformément à la loi juive, « Pikouach nefesh dokheh Shabbat », on peut violer les lois du Shabbat si c’est pour sauver des vies.

Mais pour Dan Marans, directeur de l’institut Zomet, qui allie technologie moderne et Torah pour magnifier l’expérience de Shabbat, la loi est souvent mal interprétée. Certes, sauver des vies aura toujours la priorité sur le respect du Shabbat, concède-t-il, mais on peut le faire sans violer le Shabbat. Ces possibilités existent, mais les gens omettent souvent de les explorer.

« Le Shabbat est quelque chose de très important », affirmet- il, « et c’est pour cette raison qu’il faut tout faire pour éviter de le désacraliser chaque fois que c’est possible », même dans des situations où la vie est en danger.

C’est précisément dans ce but que, depuis 33 ans, une vingtaine d’ingénieurs et de techniciens hautement qualifiés travaillent aux côtés de rabbins au sein de l’institut Zomet à la mise au point de produits technologiques à utiliser dans les secteurs public et privé (par des médecins, du personnel de sécurité, des agriculteurs, des propriétaires de maisons et autres) afin d’accomplir des tâches nécessaires sans violer le Shabbat.

Zomet est structurée comme une association à but non lucratif : elle dépend de subventions gouvernementales, de donations privées et du produit des ventes qu’elle réalise.

Le bâtiment flambant neuf de l’institut Zomet est un centre ultramoderne, il contient plus de 400 000 shekels d’équipement. Des groupes d’Israéliens et des touristes venus de l’étranger y sont accueillis à bras ouverts. La visite leur permettra de voir les inventions high-tech et les modifications apportées aux objets déjà existants en vue d’améliorer la vie le jour de Shabbat sans enfreindre la loi juive.

Utiliser l’électricité corporelle 

Habitant d’Efrat, Yoni Ben-David est ingénieur en électricité chez Zomet depuis six ans. Envahi de fils électriques et de composants électroniques, son bureau ressemble à un laboratoire. Ben-David travaille actuellement à la mise au point d’un système qui permettra aux infirmières des hôpitaux de communiquer avec leurs patients le Shabbat en utilisant l’électricité, mais d’une manière qui ne leur fera pas violer le jour saint.

Comme l’explique en détail une vidéo destinée aux visiteurs, trois raisons principales justifient l’interdiction d’utiliser activement l’électricité le Shabbat. Ce jour-là, la Torah – et les rabbins – interdit de débuter un feu, de construire et de créer. Or l’électricité peut impliquer la naissance d’un feu, la construction (d’un circuit électrique) et la création (quelque chose de nouveau apparaît).

Qu’il s’agisse de claviers d’ordinateur spéciaux, de téléphones à touches pour médecins, de baguettes à rayons X ou de détecteurs de métaux dont se sert le personnel de sécurité, ou encore de chaises roulantes ou de scooters électriques destinés aux handicapés ou à des individus à mobilité réduite, les produits élaborés chez Zomet ont tous certains principes en commun.

« Sachant que notre corps lui-même génère de l’électricité », explique Ben-David, « nous mettons au point des appareils dotés de capteurs qui entrent en fonction au moment où la quantité d’électricité varie, alors que rien d’autre n’est créé. » Modifier la quantité d’électricité est acceptable, précise-t-il.

Ainsi, le clavier élaboré par Zomet permet aux médecins de dactylographier leurs rapports sans violer le Shabbat, parce que c’est leur corps qui ajoute de l’électricité aux touches.

De cette façon, ils ne « construisent » pas, comme c’est le cas avec des claviers classiques qui fonctionnent en ouvrant et en fermant sans cesse des circuits.

Les nombreuses démonstrations présentées aux visiteurs du centre illustrent ce concept.

Par exemple, un vaporisateur destiné aux enfants souffrant d’asthme ou de croup : branché à une prise, il contient une boîte spéciale équipée de ce qu’on appelle un « interrupteur gamma ». Grâce à ce dernier, appuyer sur le bouton ne fait qu’activer indirectement la machine, ce qui permet à l’enfant de recevoir le produit nécessaire pour mieux respirer sans violer le Shabbat.

« Cachère pour Shabbat » 

Le centre présente une multitude de démonstrations électriques ou électroniques qui expliquent aux visiteurs tant la loi juive que la science dissimulées derrière le vaste éventail de technologies proposées, dont l’usage, à première vue, paraît seulement adapté aux jours de la semaine.

Pour quelqu’un qui se dit profane dans le domaine de l’électricité, Marans se débrouille très bien. C’est lui qui nous guide à travers les différentes salles où sont décortiquées les différences clés entre l’utilisation « directe » de l’électricité, interdite le Shabbat, et son utilisation « indirecte », quant à elle autorisée.

D’autres produits exposés peuvent être achetés sur place, comme la lampe pour Shabbat, l’assiette chaude, la bouilloire, la pompe à eau pressurisée et beaucoup d’autres innovations. Celles-ci découlent parfois de commandes spécifiques faites par des particuliers qui ont des besoins spécifiques, mais la plupart du temps, les idées de produits viennent des techniciens de l’institut eux-mêmes.

Des entreprises demandent par ailleurs à Zomet de tester des produits finis pour leur apposer le tampon « hechsher » (approuvé), équivalent à « cachère pour Shabbat », avant de lancer la fabrication en masse et la mise sur le marché.

Par exemple, raconte Ben-David, un fabricant de réfrigérateurs nous a fait tester l’un de ses appareils. Autrefois, le seul problème qui se posait avec les réfrigérateurs était celui de la lampe intérieure, qui s’allumait lorsqu’on ouvrait la porte.

Mais à présent, explique Marans, « il y a un ordinateur qui travaille dans l’ombre dans n’importe quel appareil ménager », c’est pourquoi il est essentiel de trouver des solutions.

Mais attention, précise Marans : « Quand Zomet donne son approbation à un produit spécifique et déclare celui-ci “cachère pour Shabbat”, cela ne signifie pas nécessairement que le grand public dans son ensemble peut l’utiliser. Le scooter de Shabbat, par exemple, n’est pas destiné à tout le monde, mais seulement aux personnes qui ont des difficultés à se déplacer et qui en ont donc vraiment besoin.

Parce qu’autrefois, le Shabbat était loin de représenter un jour de réjouissances pour les personnes à mobilité réduite, qui devaient rester assises dans un lieu sans rien faire ou se retrouvaient coincées dans leur lit toute la journée.

Tromper Dieu ? « Mais n’êtes-vous pas en train de tromper Dieu, avec tous ces systèmes que vous élaborez chez Zomet ? » Telle est la question que Marans entend régulièrement.

La réponse qu’il offre est très philosophique : « Soit vous croyez que Dieu a créé le monde, qu’Il savait qu’un jour, cette technologie existerait et qu’Il a laissé des failles qui permettent de l’appliquer, soit vous dites que Dieu n’a aucun pouvoir et que, dans ce cas, il est facile de L’avoir.

Mais généralement, ceux qui vous accusent de chercher à tromper Dieu sont des gens qui ont des problèmes avec leur foi, des gens qui pensent qu’il est possible de tromper Dieu. » Les produits de Zomet ne sont pas vendus sur le seul marché israélien. La clientèle se répartit dans le monde entier. L’entreprise a même tenu un stand dans le centre communautaire juif de 52 000 m2 à Dniepropetrovsk, en Ukraine. Un centre que Zomet avait d’ailleurs contribué à construire, de l’installation d’un ascenseur de Shabbat au chauffe-eau, en passant par les pompes à eau et les cuisines, où l’entreprise s’est assurée que tout pouvait être opérationnel et utilisable pour les activités du Shabbat.

Mais ce qui motive Marans plus que tout le reste, c’est l’idée qu’un jour, Israël sera un pays où, « pour des raisons à la fois sionistes et sécuritaires, tout pourra être effectué ici pour les juifs et par des juifs ».

« S’en remettre à un “goy de Shabbat” (un non-juif chargé d’accomplir les tâches que les juifs n’ont pas l’autorisation de faire le Shabbat) », ajoute-t-il en souriant, « est un concept de diaspora. » Pour lui, ce n’est pas une coïncidence si l’entreprise Zomet est implantée dans le Goush Etzion. Tout comme les pionniers d’antan, qui ont créé ce « bloc » dans les années 1940, et tout comme leurs descendants, qui y sont revenus après la guerre des Six Jours, Zomet se trouve à l’avant-poste, même si c’est, cette fois, dans le domaine de la loi juive et de la technologie. « Chez Zomet », conclut-il, « nous prenons la Halakha [loi juive] et nous la plongeons dans la vie juive moderne. »

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