Dôme de Fer : élu héros national

Un cinquième Dôme de fer a été déployé, samedi 17 novembre, dans la région de Tel-Aviv. Le système antimissile apparaît comme le sauveur de l’opération “Pilier de défense”.

By EVA BENKIN
November 20, 2012 16:34
Dôme de fer

2111JFR9 521. (photo credit: Reuters)

Nom de guerre : Dôme de fer. Mission : contrer les tirs de roquettes afin de protéger la population israélienne.



Le système développé par la Compagnie Rafael Advanced Systems rencontre un fier succès depuis le début de l’opération Pilier de défense. “Durant les seuls trois premiers jours de l’offensive, Dôme de fer a intercepté 222 roquettes, tirées depuis la bande de Gaza”, indique un porte-parole de l’armée. Soit un taux de réussite qui dépasse les 90 %. “Il est impossible de garantir une protection totale, même avec Dôme de fer”, reconnaît-il. “Le système n’est pas encore complètement hermétique. C’est pourquoi il est indispensable que la population continue d’observer les consignes de sécurité du gouvernement.”

Le système de détection intégré au Dôme de fer déclenche une sirène dans la localité visée. Les habitants peuvent alors se mettre à l’abri pendant le lancement du missile intercepteur (à titre d’exemple : 15 secondes pour Sdérot, 30 pour Ashdod et 90 pour Jérusalem).

En novembre 2012, alors que pointe à l’horizon l’opération Pilier de défense, quatre batteries sont opérationnelles.

Une cinquième est livrée à Tel-Aviv, le 17 novembre, au 4e jour du conflit. Plusieurs roquettes tirées depuis la bande de Gaza sur la Ville blanche sont aussitôt interceptées. Et le commandant de la défense aérienne, Shahar Shohat, d’annoncer dimanche sur la 2e chaîne, que Tsahal pourrait déployer une 6e batterie si nécessaire. “Nous poursuivrons l’exploitation de Dôme de fer aussi longtemps que nécessaire.”

“Dans le cas de Tel-Aviv”, indique l’armée, “l’alerte est donnée 90 secondes avant l’impact”. Samedi 17 novembre, l’intervalle était moindre toutefois, entre le déclenchement de la sirène et la collision des deux engins métalliques audessus d’une plage de Tel-Aviv. Le nuage de fumée caractéristique de l’action s’est formé à quelques centaines de mètres au-dessus du sol seulement. Ce qui suggère que la roquette était en phase finale de descente quand elle a été abattue par un des deux missiles intercepteurs lancés à sa rencontre.

Le Hamas, qui a revendiqué l’attaque, a indiqué que la roquette était un Fajr-5 de fabrication iranienne, d’une portée de 75 km et dotée d’une ogive de 175 kg. Tentative avortée.

Rendre à Amir Peretz ce qui appartient à Amir Peretz Dôme de fer doit sa naissance à l’acharnement de l’ancien ministre de la Défense, Amir Peretz. En février 2007, dans le sillage de la guerre du Liban, Peretz estime que le système représente la seule solution défensive aux attaques de roquettes. D’après lui, Israël doit se doter d’un moyen imparable pour protéger ses habitants des menaces extérieures.

Lors de la guerre de 2006, près de 4 000 roquettes - de type Katioucha en majorité - avaient été tirées par le Hezbollah vers les agglomérations du nord d’Israël, dont Haïfa, troisième plus grande ville du pays. Au sud, plus de 4 000 roquettes et 4 000 obus de mortier ont été lancés depuis Gaza, entre 2000 et 2008, principalement par le Hamas.

Celui à qui on a tant reproché son manque de professionnalisme, le grand perdant de la guerre du Liban, a fait preuve, dans ce cas précis, d’une grande clairvoyance. La décision de Peretz d’investir dans la batterie de défense semblait alors inimaginable et l’idée, perçue comme “absurde” par nombre d’officiers supérieurs. “De la science-fiction”, se moquait-on alors. “Un gaspillage sans précédent du budget de la Défense.”

Mais l’entêtement de l’habitant de Sdérot a eu raison des critiques. Pour le plus grand bien d’Israël, aujourd’hui.

Des coûts prohibitifs La sécurité a toutefois un coût. Et celui du Dôme de fer a de quoi effrayer. Plus de 200 millions de dollars ont été investis en Israël pour mener à bien le projet. En mai 2010, la Maison Blanche débloquait un financement de 205 millions de dollars. Le plus gros de l’investissement a ainsi été absorbé. Reste que chaque missile d’interception tiré vaut entre 35 000 et 50 000 dollars.

D’après les propos rapportés par la radio de l’armée, au cours des quatre premiers jours des opérations, Israël aurait dépensé environ 63 millions de dollars pour protéger ses citoyens. Et en cas d’opération terrestre dans la bande de Gaza, le coût pourrait atteindre 1 milliard de dollars hebdomadaire. Une estimation qui se base notamment sur le coût de l’opération Plomb durci - qui a duré trois semaines entre décembre 2008 et janvier 2009. Quant au nombre de réservistes actuellement mobilisés, l’imprécision demeure. Si le chiffre de 75 000 militaires de réserve appelés circule sur les ondes, le porte-parole de l’armée refuse de confirmer. “Quelques dizaines de milliers”, indique-t-il, délibérément flou.

Les coûts matériels devraient toutefois être inférieurs à ceux de la précédente opération militaire, grâce, toujours, à l’intervention de Dôme de fer qui permet d’éviter les destructions d’habitations, entreprises, usines et autres infrastructures.

Des noms qui en disent long ‘Raisins de la colère” dans le sud du Liban en 1996, “Jour de pénitence”, dans le nord de la bande de Gaza en 2004, “Pluie d’été”, puis “Nuages d’automne” également dans l’enclave palestinienne en 2006, “Plomb durci”, il y a quatre ans... A chaque opération militaire, une appellation lui est associée. Quid de “Amoud Anan”, littéralement “Colonne de nuée” ? “Amoud Anan renvoie à la ‘colonne de nuée’ qui accompagnait le Peuple d’Israël durant sa traversée du désert”, explique un porte-parole de l’armée. Tirée du livre de Shemot (L’Exode), l’expression choisie par l’étatmajor de l’armée fait référence à la miraculeuse protection divine qui écartait les bêtes sauvages et ennemis d’Israël qui se présentaient sur sa route, après sa sortie d’Egypte.

“L’Eternel allait devant eux, le jour dans une colonne de nuée pour les guider dans leur chemin, et la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer, afin qu’ils marchent jour et nuit. La colonne de nuée ne se retirait point de devant le peuple pendant le jour, ni la colonne de feu pendant la nuit (Exode, 13, 21-22), cite l’ancien grand rabbin de Tsahal, Avichaï Ronsky. “C’est une merveille”, confie-t-il au site du journal Yediot Aharonot. “Tout comme la colonne de nuée veillait sur le peuple effrayé par les soldats égyptiens qui les pourchassaient, l’armée d’Israël s’interpose entre les terroristes qui nous attaquent et la population civile.”

“D’après moi”, poursuit le Rav, “le nom de cette opération confère un sens positif et véhicule des valeurs encourageantes : force, honneur national et maintien de notre souveraineté.”

Pourquoi, en ce cas, avoir privilégié la Colonne de nuée, à Colonne de feu ? “Car ce dernier terme peut porter confusion. Le feu détruit tout devant lui, sans scrupule. Ce n’est pas notre intention : nous préférons une approche plus ciblée.”

Dans le cas de l’opération présente, les médias anglophones et francophones ont, à l’initiative du bureau de presse du gouvernement, choisi de traduire l’expression par “Pilier de défense”.

 



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