Dans le feu de l’action

Gigantesque simulation à balles réelles pour l’armée de terre. Récit d’une bataille fictive.

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February 6, 2013 12:26
IDF soldiers during a Ground Forces exercise, January 2013.

Soldiers during Ground Forces exercise 370. (photo credit: Yaakov Lappin)

 
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Lever du soleil, quelque part dans le désert de l’Arava, la semaine dernière. A quelques kilomètres de la base militaire de Tzeelim dans le sud d’Israël, les basses amplitudes d’explosions d’obus de mortier fendant les airs se font entendre. Un son que l’on ressent dans le corps tout entier, comme pour mieux comprendre l’ampleur des tirs.

Un peu plus loin, des soldats sont accroupis dans le sable et tirent en rafale avec leur M-16. A droite, une colonne de chars Merkava Mark 3 s’avance.

Ces scènes marquent le début d’un événement qui a lieu 3 fois par an : l’exercice à balles réelles de l’armée de terre pour les nouveaux commandants de compagnies et de bataillons. Cette bataille simulée représente le point d’orgue de 12 semaines de préparation, au cours desquelles les officiers ont étudié doctrines militaires, valeurs de Tsahal et techniques de commandement. Leurs aptitudes à mener des troupes vont désormais être testées sur le terrain.

C’est le lieutenant-colonel Dotan Razili qui supervise l’exercice. « Dans notre métier, on ne peut pas passer des examens par écrit. C’est par cette simulation que nous leur enseignons notre savoir » explique-t-il, avant d’ajouter aux soldats autour de lui : « L’ennemi est droit devant et le bataillon à vos ordres est derrière vous, vous devez avancer rapidement ».

A terme, le but est simple : prendre d’assaut la position ennemie, tuer les combattants hostiles et prendre le contrôle de leur territoire. Si l’exercice s’achève avec succès, 30 commandants de bataillon et 120 commandants de compagnie rejoindront les rangs des forces terrestres de Tsahal.

Chacun des officiers reçoit plusieurs parachutistes à diriger, des véhicules du Corps des blindés et des canons du Corps d’artillerie. « Le nord n’a pas les mêmes dunes colorées », continue Razili, « mais nous nous entraînons également sur le plateau du Golan, bien que nous n’ayons pas ce type d’espace là-bas. Les aires d’entraînement y sont plus étroites du fait des réserves naturelles », explique-t-il.

Les grands espaces sont particulièrement importants pour ce type d’exercice : la plupart des batailles terrestres progressent à un rythme identique, celui d’un fantassin à pied. Vu que les troupes parcourent environ 10 kilomètres par jour au cours d’une bataille, en cas de conflit avec nos pays voisins, Damas serait à 6 jours de marche et Beyrouth à 8. Mais il faudrait d’abord déloger les forces ennemies.

Prêts à tout 

Au cours de l’exercice, les officiers doivent gérer de continuels changements d’ordres, transmis par radio. La seule façon pour Tsahal de vérifier que les jeunes commandants savent prendre les bonnes décisions dans un environnement incertain, stressant et confus.

« Sur le champ de bataille, les missions ne sont pas toujours claires », note Razili. « On demande aux soldats d’atteindre un objectif, puis soudain, ils doivent se diriger ailleurs. Ce changement d’objectifs implique également des changements logistiques. Nous partons du principe qu’il y a toujours des surprises », renchérit le colonel Asher Ben Loulan, commandant du centre d’exercice à tir réel de Tzeelim.

Un peu plus loin, on distingue, sous une tente, la salle de commandes et contrôle. De là, ordres et coordonnées sont envoyés aux tireurs d’artillerie, positionnés bien au-delà de la « ligne de front ». Les soldats font très attention en dirigeant leurs obus, d’une portée de 10 kilomètres.

Tzeelim a été le théâtre de deux accidents mortels au début des années 1990. Aucun soldat ne souhaite être associé aujourd’hui à une autre erreur fatale. Les tirs d’obus sont destinés à « ramollir » la position ennemie avant que l’infanterie et les chars ne prennent la relève.

Soudain, un soldat tire un missile Gil antichar, d’une portée de 14 kilomètres, en direction d’une dune déserte. Le flash est visible bien avant que le bruit de l’explosion ne se fasse entendre. « Vous venez de voir partir en fumée 250 000 shekels », commente Razili.

Le Gil est une arme à guidage de précision, capable d’atteindre, par exemple, une maison utilisée comme cellule du Hezbollah dans un village au sud du Liban. Il permet à une unité itinérante d’infanterie de lancer une frappe de longue portée sur une position ennemie, sans avoir recours à l’armée de l’air ou à l’artillerie.

« Le commandant a toujours le dilemme suivant : la distance par rapport à l’ennemi. Il doit continuellement avancer, mais il ne doit pas être trop proche de l’ennemi, car cela l’empêcherait de prendre des décisions », commente Razili. Peu après, les parachutistes reçoivent l’ordre qu’ils attendaient et chargent à feu nourri. Une autre ligne de soldats reste à l’arrière pour les couvrir.

Traquer la moindre erreur

Tandis que les chars et les cannons grondent, Razili compare l’offensive complexe qui se joue autour de lui à un orchestre.
« Chaque instrument doit suivre le bon tempo. Chacun contribue de façon unique », dit-il tout en dépassant une unité de snipers recroquevillée dans le sable au sommet d’une colline. « Les snipers multiplient significativement les forces », commente le colonel avant d’ajouter que Tsahal s’appuie bien davantage sur ces tireurs d’élite ces deux dernières années. « Par le passé, la plupart de nos anciens snipers étaient des émigrants russes. Aujourd’hui, tout le monde y va ».

Ces intenses exercices sont le fruit d’une des plus importantes leçons tirées par l’armée dans le sillage de la seconde guerre du Liban. Au cours du conflit, les forces terrestres se sont avérées quelque peu rouillées dans leurs techniques de combat, après avoir passé un temps considérable sur des missions de dispersion d’émeutes en Judée-Samarie et de contre-terrorisme (notamment pendant la seconde Intifada).

« Nous avions arrêté de nous entraîner, avant 2006, et nous avons découvert qu’il existait un fossé dans la communication entre l’infanterie et les chars. C’est très dangereux », se rappelle Razili. Désormais, les entraînements communs réguliers ont comblé ce fossé, ajoute-t-il.

Autre nouveauté : sur cet exercice, réservistes et conscrits s’entraînent ensemble. Une autre mesure destinée à garantir la coopération entre différentes forces. Enfin, si les simulations duraient jadis 10 heures, elles sont désormais de 24 heures. Là aussi, il s’agit de préparer les commandants au pire.
Alors que la jeep de Razili s’éloigne du terrain des offensives, son « orchestre » continue sa répétition, et se prépare au jour où il devra peut-être donner une vraie performance.

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