Disparition d’un rabbin hors du commun

Le rav Frouman était aimé par tous : Juifs de droite, de gauche et Palestiniens.

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March 12, 2013 12:58
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Rabbi Menahem Froman

Rabbi Menahem Froman 311. (photo credit: Marc Israel Sellem)

Le rabbin Menachem Frouman, leader spirituel de la communauté de Tekoa, dans le Goush Etzion, est décédé dans la soirée du lundi 4 mars, à l’âge de 68 ans. Atteint d’un cancer du colon depuis deux ans déjà, sa santé s’était subitement dégradée dimanche 3 mars.

Son cours du dimanche soir sur le Zohar, un livre majeur de la mystique juive, était toujours très attendu. Ce 3 mars, la rencontre s’est toutefois déroulée sans lui, à son domicile de Tekoa, en présence de 200 disciples et fidèles.

Mardi 6 mars, les funérailles avaient lieu dans la synagogue de Tekoa, en présence de milliers de personnes, essentiellement issues du courant national-religieux, visiblement éprouvées par la disparition du leader cultuel.

Un enterrement en forme d’hommage à cette figure si particulière de la société israélienne : mains tapées en rythme, récit à voix haute du Shema Israël, ce passage préféré du rav de la liturgie juive et chant du tube en hébreu qu’il affectionnait tant, Ein li eretz aheret (Je n’ai pas d’autre terre).

Car le rav Frouman savait conjuguer les extrêmes. Avocat inlassable de la paix et artisan du dialogue avec les Palestiniens, il n’en était pourtant pas moins un adepte du mouvement des implantations Goush Emounim, qui cherche à étendre la présence juive dans les territoires situés de l’autre côté de la ligne verte, en particulier en Judée-Samarie.

« A gauche, comme à droite, tout le monde t’aimait et tu aimais tout le monde », a ainsi déclaré son fils Yossi, le premier à entamer son éloge funèbre. « Tu nous as appris que plus la liberté est grande, plus on peut se rapprocher de Dieu ».

Le rav Frouman avait vivement critiqué le phénomène dit « du prix à payer », ces actes de vandalismes perpétrés par une certaine jeunesse extrémiste des implantations, envers des civils palestiniens ou des cibles musulmanes. En 2010, alors qu’une mosquée avait notamment été incendiée dans un village palestinien de la région du Goush Etzion, Frouman s’était rendu sur les lieux. En compagnie d’autres rabbins, il avait offert des exemplaires du Coran à la communauté musulmane pour remplacer ceux détruits lors de l’agression.

Pour une paix terrestre

« Toute sa vie était paix », a poursuivi le rav Dov Zinger, un proche du défunt, « il considérait chaque homme comme un ami et refusait le concept d’ennemi éternel ».

Frouman entretenait le dialogue aussi bien avec Yasser Arafat, fondateur de l’OLP, décédé depuis, qu’avec le fondateur du Hamas, Ahmed Yassin. Il rencontrait également régulièrement Mahmoud Abbas, chef de l’Autorité palestinienne ainsi que des leaders religieux musulmans.

Dans le cadre d’une solution au conflit israélo-palestinien, dans le cas où les implantations de Judée-Samarie passeraient sous souveraineté palestinienne, Frouman militait pour qu’elles ne soient pas démantelées. Franctireur, le rav a soutenu la démarche à l’ONU de Mahmoud Abbas, en 2011, et sa demande de reconnaissance d’un Etat palestinien, comme Etat observateur, non membre.

Le rabbin de Tekoa priait pour tous. Zinger a ainsi rappelé qu’il mettait d’abord ses tefilines (phylactères) au bras droit, ce qui est la coutume pour un gaucher, avant de les enrouler autour de son bras gauche « pour Shimon Peres, pour Yossi Sarid, pour Amos Oz ».

Dimanche 4 mars, son fils Yehoyashiv avait déclaré au site d’informations Ynet qu’arrivé à ce stade de sa maladie, le rav savait qu’il allait bientôt devoir quitter ce monde. Et avait ajouté qu’avant de perdre conscience, il avait exprimé le souhait de rester chez lui jusqu’à la fin, entouré des siens.

Le député Naftali Bennett, leader du parti Habayit Hayehoudi, a réagi en déclarant que Frouman « était un juif au coeur gigantesque ». Ouri Ariel, parlementaire du même parti, a confié que cette disparition était une grande perte pour le pays : « Le rabbin était un des plus fervents défenseurs d’Israël. Il aimait son pays, la paix, la générosité.

Il détestait les conflits, aimait son prochain et se donnait sans compter pour rapprocher chacun de la Torah. » Le député Likoud-Beiteinou Zeev Elkin a refusé l’idée que le soutien de Frouman à la défense des implantations et ses efforts de paix soient contradictoires : « il aspirait à une paix ici-bas, une paix entre les peuples qui vivent côteà- côte, une paix basée sur l’amour de la terre, pas sur les renoncements. Si un jour la paix doit exister ici, elle sera ainsi ».

Au rav Frouman survivent sa femme et ses 10 enfants. 


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