Du Carmel au Shema Israël

Parfois, c’est le point d’orgue d’une vie qui révèle la cohérence de son tracé. Il n’y a pas de hasard. Dans celle de Marie-Françoise, tout convergeait vers ce moment où sa foi catholique et sa quête de Dieu rencontreraient la loi juive

By KATHIE KRIEGEL
June 2, 2014 11:41
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En Israel avec Marie-Noelle, sa soeur juive . (photo credit: DR)

 
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 Son grand-père est gouverneur dans la Syrie sous mandat français et son père diplomate en poste à Alep lorsque Marie-Françoise voit le jour. Dans cette famille chrétienne pratiquante, la ferveur et la générosité sont une seconde nature. Sa mère alors infirmière à l’hôpital français de la capitale syrienne, recueille et adopte deux filles qui viendront agrandir la famille. Une enfant d’Alep de trois mois, trouvée dans des circonstances tragiques et une juive syrienne adoptée 15 jours après sa naissance : cachée, elle échappera ainsi à la déportation.
 La famille sera chassée de Syrie en 1945 et un garçon sera encore adopté à leur arrivée en France. Cette fratrie de cinq enfants grandira dans un foyer aimant, dans la foi catholique. « Pour mes parents très chrétiens, Dieu était tout. Mais Dieu était Jésus. Je l’ai donc vécu ainsi, car j’étais née dans cette culture-là », confie Marie-Françoise. De retour en France, elle fait des études et se destine à la recherche médicale. Mais très vite, elle choisit la vie religieuse. « Ma vie, c’est Dieu », avoue-t-elle, « pourtant, je n’étais pas prête encore à entendre le Shema Israël ». A 20 ans elle prononce ses vœux et entre au Carmel pour Lui consacrer sa vie.

L’éveil à l’ombre de la croix

 « Je n’ai jamais été malheureuse au couvent. Mais ma quête de Dieu n’était pas assouvie », confie-t-elle, « je ne supportais pas les études de théologie. Ce que je lisais ne correspondait pas à ce que je ressentais » avoue-t-elle. Il lui faut étudier les textes à travers les écrits des Pères de l’Eglise, Saint Augustin, Saint Jean Chrysostome, avec lesquels elle ne se sent pas en phase. De plus, certains sont antisémites, ce qui lui déplaît fortement. « Beaucoup de chrétiens ont voulu revenir au judaïsme, aujourd’hui encore. Les Pères de l’Eglise craignent les conversions. C’est parce qu’ils veulent les empêcher de revenir à la vérité qu’ils critiquent des juifs ».
 Il lui faut attendre les années 2000, et ses 60 ans, pour que sa vie prenne une nouvelle tournure. Lasse de l’enseignement, elle fait une demande pour une année Sabbatique qui lui est accordée par sa congrégation. « On m’a demandé où je voulais aller et je ne sais pas pourquoi j’ai répondu “Jérusalem” », avoue-t-elle. Enfin, elle va pouvoir assouvir sa quête de Dieu, et par des lectures et des rencontres, peu à peu se rapprocher du judaïsme. « On est réceptif à la parole de Dieu à Jérusalem. En dehors d’Israël, on ne peut pas l’entendre de la même façon ».
 C’est pourtant à un laïc qu’elle doit son premier choc. Bernard Geoffroy est guide et organise des excursions qui vont sur le terrain, à la rencontre de la Bible. « J’en ai fait plusieurs avec un groupe et ça a été une révélation pour moi, de remettre l’histoire du peuple juif dans son contexte et de me plonger aux sources du christianisme. »
 De retour à Paris, elle reprend son poste de responsable d’aumônerie de l’enseignement catholique et travaille notamment avec Mgr Lustiger. Ce qui ne l’empêche pas de participer au dialogue interreligieux avec le mouvement Davar : 12 jours de séminaires pour chrétiens et juifs. Là aussi, c’est un éblouissement et c’est la deuxième rencontre décisive, celle avec le Grand Rabbin Gilles Bernheim dont elle va suivre les cours avec assiduité.
 « On lit très mal les Evangiles, les chrétiens lisent le Nouveau Testament de façon erronée, car ils méconnaissent sa source », a reconnu l’évêque de Lyon Mgr Barbarin dans ses entretiens avec le Grand Rabbin Gilles Bernheim. Marie-Françoise veut y remédier. « Ma mère nous a toujours dit qu’après sa mort, elle veillerait sur nous. Et curieusement, c’est après sa mort que j’ai commencé ma progression dans la foi comme si, de là-haut, elle me confirmait que c’était le bon choix. »

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L’adieu à la Trinité

 Il n’y a pas de hasard. Marie-Françoise en est intimement convaincue. En 2004, la congrégation de Jérusalem perd 2 sœurs, une troisième tombe gravement malade. Cette dernière veut mourir à Jérusalem où elle a passé 53 années de sa vie. Elle est autorisée à rester à la condition qu’une sœur s’occupe d’elle. Marie-Françoise est désignée. La voici à sa grande joie, de retour à Jérusalem, en 2005. Fortement attirée par la Torah et poussée par son désir de remonter à la source des Evangiles, elle se plonge dans l’étude. Au lac de Tibériade, un hassid de Breslev lui offre un livre de hitbodedout. Un choc. « J’aime le hassidisme, cette mystique dans la malkhout », dit-elle enthousiaste.
 C’est aussi sa forte inclination pour le sionisme qui motive son questionnement. D’où lui vient cette ferveur pour le peuple juif et cette joie de le voir de retour sur sa terre, alors que le dogme catholique peine à s’y résoudre ? Elle était déjà sioniste au couvent et supporte mal l’antisionisme quand elle le rencontre, « ça me faisait mal », dit-elle. « Dans la chrétienté, il y a deux courants, l’un soutient le peuple juif et se réjouit de son retour sur sa terre. L’autre, majoritaire, adopte volontiers le narratif arabe », déplore-t-elle. L’Eglise a renoncé à la théorie de la substitution, mais dans les faits, ce n’est pas si simple. Le concept de nouvelle alliance par le sang du Christ est ancré dans les esprits et reste la clé de voûte du dogme chrétien. « En relisant Ezéchiel et Jérémie et en découvrant tous les petits prophètes que je n’avais jamais lus, il m’a paru évident que la nouvelle alliance annoncée, c’est toujours avec le peuple juif », explique-t-elle.
 Elle est mûre pour une troisième rencontre décisive, celle avec le Rav Dynovisz, dont elle suit les cours de Torah, Talmud, Guemara, ‘Hassidout, Tanakh, Maximes des pères. « Vos cours sont extraordinaires et me renforcent dans ma foi en Dieu », lui écrit-elle enthousiaste. La conversion n’est pas encore envisagée. Mais peu à peu son regard va changer. « Jésus n’a pas écrit lui-même, les Evangiles ont été rédigés 70 ans après sa mort par les apôtres et sont inspirés de la Torah. Le problème, c’est ce qu’on a fait de lui après, avec le Paulinisme et la conversion de Constantin. L’Eglise a perverti son message. »
Toujours dévouée à sa sœur malade qu’elle accompagnera jusqu’à la mort, elle se rapproche du judaïsme chaque jour davantage. « Elle est morte un mois après ma conversion comme si elle attendait que ce soit fait pour quitter ce monde », fait-elle remarquer ». Cette sœur, au courant de sa démarche devient sa confidente. Elles écoutent ensemble les cours du Rav Dynovisz. « Un jour je lui ai dit : “Je voudrais me convertir, qu’est-ce que tu en penses ?” Elle m’a répondu : “Fais-le”. »

Shema Israël

 On peut être délié de ses vœux uniquement pour un cas grave. Elle veut se convertir. C’est un cas grave pour l’Eglise catholique. « Quand on se sent juif, il faut rompre radicalement avec son ancienne foi ; ne pas le faire, contraint à renier ses convictions. Il faut se convertir pour se sentir dans le vrai ».
Elle écrit à Rome, retrouve sa liberté et commence son Guiyour (conversion) avec le Rav Sellem, aidée financièrement pendant cette année décisive par sa congrégation. Rencontre avec les mitsvot (commandements), « qui permettent de rester connecté à Dieu », affirme-t-elle. Elle devient shomeret (respectueuse des préceptes divins). « Avant que les apôtres ne quittent Jérusalem, pour aller prêcher la bonne parole, Jacques, le frère de Jésus qui ne les suivra pas, essaye de les retenir. Dans son épître, il est question du Lashon hara (calomnie) et des mitsvot. Il leur dit : “mon frère n’a jamais voulu que vous quittiez les mitsvot”. »
 Bien sûr, avant sa conversion, la question lui est encore posée de sa relation à Jésus. Impossible d’embrasser le judaïsme sans proclamer l’unité de Dieu. Il lui semble désormais évident que Jésus était un juif, qui pratiquait les mitsvot, venait à Jérusalem pour les fêtes de pèlerinage. Un homme. Tout est désormais limpide pour Marie-Françoise qui attend avec impatience sa libération.
Sa sœur Marie-Noëlle, adoptée par sa famille, juive d’origine, est convoquée par les Dayanim du Beit Din. C’est pour elle aussi un grand bouleversement de retrouver son peuple à la faveur de la conversion de Marie-Françoise. Enfin, c’est la libération, avec le miqveh. « Shema Israël », Elisheva est née. Elle est juive et israélienne.
 Il y a beaucoup de questionnement parmi les chrétiens. Sa conversion en interpelle plus d’un avec lesquels elle correspond. « En quel Dieu croire », lui a écrit une chrétienne. « Nous attendons Mashia’h. Nous approchons des temps messianiques », se réjouit Elisheva, « On dit que ce sera peut-être violent. Mais si je fais confiance à Dieu, cela ne le sera pas, ou bien je vivrai la violence autrement. Dieu était présent à Auschwitz. Dieu donne une force au peuple juif dans les moments de douleur qu’il traverse. J’ai confiance ». « Dieu c’est toute ma vie. »

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