Esprit pionnier, y es-tu ?

Cultiver la terre avec les moyens du bord, c’est le credo du kibboutz Sde Eliyahou. Leader du bio, cette communauté orthodoxe fonctionne encore exactement comme à ses débuts

By PETRA VAN DER ZANDE
March 18, 2014 16:10
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Kibboutz Sde Eliyahou. (photo credit: PETRA VAN DER ZANDE)

 
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Accroître le rendement agricole tout en préservant l’environnement, tel est le défi que relève depuis déjà plusieurs décennies un petit kibboutz religieux du nord de la vallée du Jourdain, qui détient un record mondial des innovations dans le domaine de l’agriculture biologique. Son nom ? Sde Eliyahou : le Champ d’Elie. Cette modeste communauté orthodoxe, qui s’étend juste au sud de Beit Shéan, sert de modèle en Israël, mais aussi dans le monde entier.

Sde Eliyahou a été fondé en 1939 par un groupe de jeunes Juifs allemands religieux qui fuyaient la menace nazie. Les 32 sources naturelles disséminées sur les plaines entourant Beit Shéan les ont attirés dans la région, malgré les marécages infestés par la malaria et la chaleur étouffante qui règne en été. Au lieu de commencer par drainer les marécages, ces pionniers ont préféré utiliser les eaux salines pour nourrir les poissons, friands de larves de moustiques.
Aujourd’hui, Sde Eliyahou compte parmi la cinquantaine de kibboutzim et moshavim qui, en Israël, continuent de fonctionner sur le modèle collectif. Les autres ont été privatisés, soit partiellement, soit totalement.

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Trois fois par jour, les 260 membres du kibboutz (répartis dans 160 maisonnettes) prennent leurs repas en commun dans la salle à manger. Comme dit le proverbe, « Tous les chemins mènent à la salle à manger » ! Mais comme le kibboutz croit aussi en la valeur des nourritures spirituelles, une synagogue moderne a été construite, et elle domine la salle à manger de toute sa hauteur.
Le kibboutz comble les besoins de tous ceux qui y travaillent : logement, nourriture, vêtements, soins médicaux et éducation, tout est prévu sur place. Par ailleurs, le directeur de l’usine et le plongeur de la cuisine perçoivent exactement le même salaire.

L’arme ultime : les hiboux

Avant de rejoindre le kibboutz en 1941, Mario Levy a étudié l’agronomie à l’école Mikvé Israël, près de Holon. Accueilli comme un expert à son arrivée à Sde Eliyahou, il a été immédiatement affecté à l’organisation des cultures. Levy, qui rêvait de travailler la terre tout en préservant la nature, répugnait à appliquer les méthodes de l’époque, en particulier les pesticides, qu’il jugeait toxiques à la fois pour l’Homme et pour la Terre.

En 1974, il devient un pionnier de l’agriculture biologique, faisant des champs appartenant au kibboutz une « zone bio ». Au terme d’un long combat, il a fini par rallier à sa cause d’autres agriculteurs. Le ministère de l’Agriculture lui-même s’y est intéressé et a vite compris que l’agriculture biologique pourrait être une alternative au besoin de recourir à des pesticides toujours plus puissants, et donc plus nocifs. Levy a tracé le chemin permettant de travailler en accord avec la nature, plutôt que contre elle. Même les mauvaises herbes peuvent aider l’agriculteur, explique-t-il, non seulement parce qu’elles ralentissent l’évaporation des sols, mais aussi parce que souvent, ce sont elles que mangent les insectes au lieu de s’en prendre aux légumes cultivés. Levy a fondé l’Organisation de l’agriculture biologique d’Israël, qui supervise et labellise les produits bios dans tout le pays.

L’autre grand innovateur de Sde Eliyahou s’appelle Shauli Aviel. Son combat à lui ? La guerre contre les rongeurs, qui dégradaient pas moins de 35 % des récoltes du kibboutz. Contre ce fléau, on devait autrefois utiliser de puissants poisons, remède qui ne résolvait pas le problème et ne faisait que contaminer les nappes phréatiques et les racines des plantes, tuant de surcroît les oiseaux migrateurs habitués à se nourrir de rongeurs.



En 1983, Aviel exploite son idée : attirer les hiboux sur les champs et les vergers du kibboutz. Pour cela, il dispose 14 nids artificiels dans le domaine. Selon ses estimations, un couple de hiboux tue en moyenne 2 000 à 5 000 rats et souris par an. Il installe par ailleurs d’autres nids artificiels, destinés aux crécerelles, oiseaux de proie plus petits que les hiboux. Avec ces prédateurs diurnes et nocturnes, la solution sera efficace pour lutter contre le fléau des rongeurs 24 heures sur 24. Un projet modeste, mais qui a pris peu à peu une ampleur nationale. Aujourd’hui, 3 000 nids artificiels sont répartis dans tout Israël, dont 50 à Sde Eliyahou.
En collaboration avec le Dr Yossi Leshem, de l’université de Tel-Aviv, Aviel a en outre lancé une coopération régionale avec des agriculteurs palestiniens et jordaniens, remplaçant la traditionnelle colombe par des chouettes et des crécerelles comme ambassadrices de la paix au Moyen-Orient.
Restaient les volées d’étourneaux, qui endommageaient les cultures hivernales de blé. Un membre du kibboutz se penche sur le problème et suggère de faire appel à des milans. Ces oiseaux de proie, que l’on attire sur les champs à l’aide de simples piles d’aliments pour volaille, tiennent désormais étourneaux et moineaux à distance. Encore une technique « bio » très efficace pour protéger les récoltes !

Même les pesticides sont naturels

C’est grâce à cet esprit créatif que Sde Eliyahou a su rester le seul kibboutz israélien à vivre principalement d’agriculture. Même sa diversification industrielle reste en rapport avec celle-ci : ce sont les produits Bio-Bee, Bio-Fly et SDA-Spices.
Depuis 1983, l’entreprise Bio-Bee Biological Systems fabrique en masse des pesticides naturels et propose également des nids de bourdons, qui assurent une pollinisation naturelle en serre et dans les champs. Le personnel qui y travaille se compose de biologistes, d’entomologistes et d’agronomes.

Une colonie de bourdons est constituée d’une reine fondatrice, d’abeilles ouvrières, de chrysalides, de larves et d’œufs. La reine peut vivre un an, mais les ouvrières ne tiennent généralement pas plus de cinq à dix semaines. Sachant qu’en serre, la production de nectar est assez faible, on alimentera la colonie de bourdons avec de l’eau sucrée et du pollen.
Contrairement aux abeilles mellifères, les bourdons ne sont pas agressifs et n’essaiment pas, ce qui leur permet de travailler aux côtés des hommes. Les conditions jugées impraticables pour les premières (nuages, vent, froid ou bruine) ne dérangent pas les seconds. C’est pourquoi l’entreprise Bio-Bee du kibboutz vend aux agriculteurs des ruches déjà constituées de 100 à 150 bourdons, utilisables durant la période de pollinisation.

Depuis que les producteurs de tomates ont commencé à exploiter les bourdons pour la pollinisation en Israël, leur rendement a augmenté de plus de 25 %. Aujourd’hui, tous y ont recours. Même chose pour les producteurs de fraises, qui utilisent les bourdons de Bio-Bee pour polliniser leurs pousses. Le fruit ainsi cultivé portera le label Bio-Tut (fraise bio). Lorsqu’on utilise des abeilles, on ne peut plus avoir recours aux pesticides, du moins pendant la pollinisation. Pour protéger leurs récoltes, les fermiers doivent donc revenir à des méthodes biologiques, qu’ils peuvent également acheter chez Bio-Bee.

C’est en 1973, pendant la guerre de Kippour, que Yaakov, l’entomologiste de Sde Eliyahou, a créé des insectes prédateurs parasites dans les abris anti-bombes du kibboutz. Aujourd’hui, divers insectes de ce type sont produits en masse dans les serres et vendus comme pesticides biologiques. Ainsi la plupart des agriculteurs bio utilisent-ils le système de gestion intégrée des parasites (IPM : Integrated Pest Management). Certains autres ont encore recours à des fertilisants ou à des désherbants chimiques, mais ils passent aux techniques bio dès l’instant où les fruits et les légumes apparaissent. Les cultures ainsi produites se révèlent plus saines et moins onéreuses.

En 2004, Bio-Bee lançait Bio-Fly, qui produit en masse des mâles stériles de la drosophile méditerranéenne, insecte nuisible très présent dans la région. Ces mâles sont lâchés dans la nature et s’accouplent avec les femelles. Celles-ci peuvent continuer de pondre à l’intérieur des fruits, mais leurs œufs ne se développent pas, de sorte que les fruits ne pourrissent pas. Ces drosophiles stériles sont désormais utilisées dans le cadre d’une autre coopération israélo-jordanienne dans la région de l’Arava, et l’on en tire profit des deux côtés de la frontière.
Bio-Fly est la seule entreprise privée du monde à produire des insectes stériles. Dans les autres pays, les projets de ce genre sont l’apanage des gouvernements eux-mêmes.
Par ailleurs, neuf variétés de palmiers-dattiers poussent dans les vergers bios de Sde Eliyahou. Un troupeau d’ânes semi-sauvages sont là pour les préserver des mauvaises herbes.
Les membres fondateurs du kibboutz ont également réussi à faire pousser six des sept espèces évoquées dans la Bible comme étant des produits d’Israël : blé, vignes, figues, grenades, olives et dattes. Il ne manque que l’orge à leur palmarès.

Pendant plus de 40 ans, les pionniers religieux de Sde Eliyahou n’ont cessé de labourer de nouvelles terres à l’aide de techniques bio. Aujourd’hui, Mario Levy a 89 ans, mais il continue vaille que vaille à faire pousser des légumes bio dans le Champ d’Elie.  u

Petra Van Der Zande est une Hollandaise chrétienne, auteure de 14 livres. Elle vit à Jérusalem avec son mari, Wim, depuis 1979.

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