Et ils se marièrent... en Israël !

Rares ne sont pas les jeunes couples qui font le choix de se marier à l’étranger par principe antireligieux

By
August 1, 2012 13:05
Une houppa religieuse pour chacun

Mariage. (photo credit: DR)

 
X

Dear Reader,
As you can imagine, more people are reading The Jerusalem Post than ever before. Nevertheless, traditional business models are no longer sustainable and high-quality publications, like ours, are being forced to look for new ways to keep going. Unlike many other news organizations, we have not put up a paywall. We want to keep our journalism open and accessible and be able to keep providing you with news and analyses from the frontlines of Israel, the Middle East and the Jewish World.

As one of our loyal readers, we ask you to be our partner.

For $5 a month you will receive access to the following:

  • A user experience almost completely free of ads
  • Access to our Premium Section
  • Content from the award-winning Jerusalem Report and our monthly magazine to learn Hebrew - Ivrit
  • A brand new ePaper featuring the daily newspaper as it appears in print in Israel

Help us grow and continue telling Israel’s story to the world.

Thank you,

Ronit Hasin-Hochman, CEO, Jerusalem Post Group
Yaakov Katz, Editor-in-Chief

UPGRADE YOUR JPOST EXPERIENCE FOR 5$ PER MONTH Show me later Don't show it again

Quand Michelle Rojas-Tal, immigrante de New York, s’est fiancée à Oran Tal, un Sabra, le couple s’est mis en quête d’une façon de célébrer le mariage conformément à ses besoins religieux et spirituels. Sionistes convaincus vivant à Jérusalem, ils sont allés ouvrir un dossier au rabbinat local et ont constaté qu’on leur assignait un rabbin non sioniste. Furieux, ils se sont alors tournés vers Tzohar, association fondée en 1996 et basée à Lod, qui propose aux couples, quelles que soient leurs convictions religieuses, une cérémonie légale et conforme à la Halakha, et qui prendra leurs demandes spécifiques en considération. Nachman Rosenberg, vice-président de l’association, présente Tzohar comme un organisme qui s’est donné pour mission de préserver le caractère juif de l’Etat d’Israël en rapprochant les sociétés religieuses et laïques, d’enrichir la culture israélienne de valeurs juives et de plaider pour un Grand Rabbinat plus ouvert et plus efficace qui accepterait l’intervention de rabbins issus du milieu sioniste religieux.



Grâce aux 1 000 rabbins bénévoles de Tzohar, se félicite Rosenberg, plus de 3 000 couples par an, dont la plupart se définissent comme laïcs, choisissent de célébrer leur mariage par une cérémonie juive et en Israël, au lieu de contracter un mariage civil à l’étranger. Certes, le phénomène existe toujours (plus de 5 000 Israéliens s’envolent chaque année vers Chypre ou Prague pour se marier civilement), mais de plus en plus de couples se tournent désormais vers Tzohar en vue de faire l’expérience d’un vrai mariage juif traditionnel. Le principal problème que posent les mariages civils à l’étranger, explique le rabbin David Stav, président et cofondateur de Tzohar, c’est que, si l’Etat d’Israël les reconnaît pour des raisons juridiques, il ne les reconnaît pas du point de vue de la Halakha. De sorte que 20 ans plus tard, quand les enfants de ces couples veulent se marier, ils ne peuvent pas présenter la Ketouba de leurs parents et ne sont donc pas considérés comme juifs par Israël. “En d’autres termes”, conclut Stav, “Israël est en train de perdre de plus en plus de Juifs par assimilation juste sous son nez !” Stav ne dispose pas des chiffres exacts, mais selon lui, le nombre d’enfants qui rencontreront des difficultés le jour où ils voudront se marier à leur tour est en train de croître “dans des proportions astronomiques.”

Ne pas ouvrir la boîte de Pandore 

“Au cours des 20 dernières années”, renchérit Rosenberg, “le Grand Rabbinat a été pris d’assaut par des segments non sionistes de la population qui n’ont pas une approche tolérante de la Halakha. A sa création, le Grand Rabbinat avait pour mission d’établir un pont entre les différentes communautés, et non d’imposer les convictions d’une branche extrême à toute la société, dont la majeure partie n’est pas pratiquante. C’est un grave problème dans un pays comme Israël, où il n’y a pas de séparation entre la religion et l’Etat.” L’approche de Tzohar est très différente, explique Stav. “Nous ne voyons pas les gens qui viennent frapper à notre porte comme des êtres soumis qui entrent dans une administration, mais comme des clients. Notre travail consiste à les inciter à maintenir un lien avec leur héritage juif. Notre objectif est de convaincre chaque homme et chaque femme qui franchit le seuil de nos bureaux.” Pour Avi Blumenthal, porte-parole du Grand Rabbin ashkénaze Yona Metzger, l’action de Tzohar “part d’une bonne intention et son travail est louable.” Et d’ajouter que, parfois, le problème ne vient pas de l’intention, mais de la méthode.

“Laisser le champ libre à Tzohar en dehors du rabbinat, c’est ouvrir une boîte de Pandore”, proclame-t-il. “Si Tzohar est autorisé à assurer l’enregistrement des mariages - même si le rabbinat reconnaît que la plupart des rabbins qui lui sont affiliés sont de grands érudits en matière de Torah - qu’est-ce qui empêchera par la suite d’autres groupes de venir affirmer qu’ils sont eux aussi qualifiés pour célébrer leurs propres mariages ?” Blumenthal estime cynique la façon dont Tzohar utilise ce qu’il appelle la presse laïque et son système de relations publiques pour donner une mauvaise réputation au Grand Rabbinat, ce qu’il considère comme non moins qu’une désacralisation du nom de Dieu. “Tzohar opère dans le cadre légal et selon les directives du rabbinat”, proteste Rosenberg, “et il ne doit pas être traité différemment des nombreuses organisations haredi d’Israël.”

La seule alternative au mariage civil 

Il ajoute que, pour beaucoup de couples, Tzohar est la seule alternative au mariage civil. Ces 15 dernières années, ses bénévoles ont uni plus de 7 000 jeunes hommes et femmes laïcs et ont fait plus que toute autre organisation en Israël pour promouvoir le mariage juif et empêcher l’assimilation. “Nous sommes très reconnaissants à la société israélienne pour le chaleureux soutien qu’elle nous accorde, par l’intermédiaire des médias nationaux, et nous espérons pouvoir continuer à servir loyalement la nation et l’Etat d’Israël”, conclut-il. Einav Zucman et Ira Peled viennent de se marier par l’intermédiaire de Tzohar. Ils vivent à Tel-Aviv. Ce sont des Juifs laïcs très éloignés de la religion, qui ont grandi dans des kibboutzim du Nord. Avant de découvrir l’existence de Tzohar, ils envisageaient de partir se marier à l’étranger. “Nous avons trouvé cette association sur Internet et décidé de tenter le coup”, explique Einav.

“Nous y sommes allés et nous avons rencontré des gens amicaux, accueillants et ouverts, qui nous ont écoutés et ont veillé à être en phase avec ce que nous voulions pour la cérémonie. Dès lors, nous avons été sûrs de notre décision. Le rabbin que l’on nous a attribué nous a expliqué le déroulement de la cérémonie et l’importance de la Houppa [le dais nuptial] et nous avons pu comprendre de quoi il était question.” Einav a eu droit, en outre, à des cours pour jeunes mariées, où elle a appris les lois et les coutumes associées au mariage, comme le mikvé [bain rituel] et la pureté rituelle qui précèdent la cérémonie. Depuis, elle a transmis les coordonnées de Tzohar à plusieurs couples d’amis laïcs qui avaient le projet de se marier à l’étranger.

Petits arrangements entre ennemis S’il est évident que l’organisation répond à une réelle demande du public, cela n’a pas empêché un groupe de rabbins représentant des conseils religieux régionaux de lancer une initiative pour la contraindre à fermer ses portes. “Cette animosité envers Tzohar et, par la même occasion, envers tous les rabbins sionistes religieux qui célèbrent des mariages, existe en fait depuis de nombreuses années”, explique Stav. “Quand un couple arrivait dans son rabbinat local, celui de Tel-Aviv par exemple, pour faire enregistrer son mariage, on lui demandait qui était son rabbin et qui avait donné les cours de préparation à la jeune mariée. Chaque fois qu’ils répondaient qu’ils étaient passés par Tzohar, le rabbinat local fulminait et recommençait à solliciter le Grand Rabbinat du pays pour qu’il restreigne nos activités.”

Il y a sept ans, le Grand Rabbinat a publié une liste de critères détaillant qui était habilité à célébrer les mariages. “Cette liste était ouvertement hostile aux rabbins sionistes”, affirme Stav. “On voulait retirer à la plupart d’entre eux l’autorisation de célébrer des mariages. Ces critères n’ont été appliqués que récemment. Tout à coup, nous avons alors vu le nombre de candidats qui venaient s’inscrire chez nous diminuer en flèche et nous avons compris que le Rabbinat informait les jeunes couples que tout mariage célébré par Tzohar ne serait pas reconnu.” Toutefois, Stav et son association étant déterminés à poursuivre leur action, ils ont trouvé une faille juridique à ce nouveau règlement. “Nous avons découvert que les rabbinats locaux privés des haredim Badatz avaient conclu des arrangements avec le Grand Rabbinat afin de marier des couples vivant hors de leur juridiction. Les critères du Grand Rabbinat stipulaient qu’un couple doit s’inscrire soit dans la zone de résidence de la jeune fille, soit dans celle du jeune homme, mais ces groupes privés ne tenaient pas compte de cette règle. Alors nous nous sommes dit : puisque nous ne pouvons pas les combattre, rejoignons-les !” 

Naissance de la loi Tzohar 

Outre son rôle de président de Tzohar, Stav est également Grand Rabbin de Shoham, une ville du centre du pays. Dès lors, il appelle les couples qui souhaitent un mariage de type Tzohar à s’inscrire dans sa municipalité, quel que soit leur lieu de résidence. Résultat : plus de 1 000 inscriptions en 2010, et le double en 2011. De quoi déclencher une levée de boucliers dans les rabbinats locaux, qui se plaignent à leur Grand Rabbin, ainsi qu’au ministère des Affaires religieuses, dirigé par Yaacov Mergui (Shas). Très vite, Stav reçoit donc une lettre du ministère. Puisque Tzohar enfreint les règles en inscrivant à Shoham des couples qui ne sont pas citoyens de la ville, l’organisation ne recevra plus de certificats de mariage, expliquait le courrier. Une menace mise à exécution en dépit des négociations qui s’ouvrent entre les deux parties. C’est ainsi qu’en novembre 2011, Tzohar tient une conférence de presse visant à divulguer le projet du ministère de lui faire fermer ses portes.

“Nous n’avons pas nié célébrer des mariages de couples venus de tout le pays”, explique Stav, “mais nous avons expliqué à la presse qu’en fait, la véritable intention des rabbinats locaux était de restreindre le nombre de rabbins sionistes non haredim (y compris des directeurs de grandes yeshivot et des chefs de communautés) autorisés à célébrer des mariages.” 48 heures plus tard, à la suite de gros titres et d’articles parus en une des journaux, de pétitions, de milliers d’emails, textes et fax envoyés au ministère pour défendre Tzohar, et au coeur d’une campagne médiatique et sociale intense, Mergui annule sa décision de priver Tzohar des certificats de mariage et propose d’explorer d’autres solutions. Le mois dernier, la Knesset a approuvé une proposition de loi soumise conjointement par Kadima et Israël Beiteinou. Elle vise à annuler les restrictions géographiques pour les couples qui souhaitent se marier en dehors de leur juridiction. C’est la “loi Tzohar” qui, si elle est approuvée en deuxième et troisième lectures, autorisera non seulement les couples à choisir leur rabbin, mais entraînera une amélioration de la qualité de service et une diminution des formalités administratives dans les rabbinats locaux.

Aimons-nous, les uns les autres 

Si l’on en croit son porte-parole, le ministre des Affaires religieuses n’a jamais eu l’intention d’interdire Tzohar. Il aurait même travaillé en collaboration avec le député Kadima Otniel Schneller sur un avant-projet de la loi. Malgré ce qui apparaît jusqu’à présent comme une considérable et inébranlable divergence d’opinions, des négociations productives semblent avoir eu lieu entre Stav et le Grand Rabbin Metzger. Selon Rosenberg, elles donneront le droit aux rabbins sionistes de célébrer comme les autres des mariages dans leurs communautés, mettant ainsi fin à une décennie d’interdictions. Elles ont été engagées à la suite d’une pétition adressée par un groupe d’avocats (et non par Tzohar) à la Haute Cour de Justice contre le Grand Rabbinat, qu’elle accusait d’imposer des restrictions aux activités de Tzohar. “Je sais que, si nous parvenons à nous parler en face, au lieu de laver notre linge sale en public, nous réussirons à trouver des compromis”, a déclaré Blumenthal, optimiste. Michelle Rojas-Tal voue une immense reconnaissance à Tzohar, qui a rendu son mariage inoubliable.

“Nous avons pu inclure une prière pour l’Etat d’Israël et une autre pour le retour de Guilad Schalit en bonne santé”, raconte-t-elle. “La cérémonie a été magnifique, pleine de spiritualité et d’esprit sioniste. Le rabbin de Tzohar a vraiment célébré un mariage qui nous ressemblait.” Elle s’interrompt un instant, puis ajoute : “Quand on se marie, la dernière chose qu’on a envie de faire, c’est de passer son temps à régler des problèmes administratifs, et Tzohar nous a énormément facilité les choses. Mais plus que cela, j’ai senti que cette organisation était vraiment extraordinaire : elle faisait son travail sans arrière-pensées, juste pour aider les gens à accomplir des mitzvot.” “Tzohar va de l’avant”, confirme Rosenberg. “Il cherche à rendre les autorités religieuses plus ouvertes au sionisme, plus efficaces, et à repenser le Rabbinat, afin de servir la vaste majorité du public israélien en toute bonne foi. Nous savons que c’est dans l’intérêt de toute la société, tant des haredim que des religieux et des laïcs.”

Related Content

February 11, 2018
Les nouveaux « judaïsants »

By DAN HUMMEL