Et pourquoi pas une mini-région ?

Le Professeur Ouriel Halbreich propose une confédération qui regrouperait Israël, la Jordanie et la Palestine.

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February 26, 2013 12:53
Aqaba port in Jordan

Aqaba port in Jordan. (photo credit: REUTERS)

Ouriel Halbreich est un professeur de psychiatrie de réputation internationale. Il a consacré la plus grande partie de sa carrière à soigner la dépression.

Cette année, après avoir reçu la bourse Fullbright, il a décidé de passer quelque temps loin de son travail à l’université de l’Etat de New York à Buffalo, pour retourner à Jérusalem où il est né en 1943, et y poursuivre sa recherche sur la résilience et les troubles liés au stress. Parallèlement, après des dizaines d’années de réflexion et de coopération avec ses collègues des pays arabes, il voudrait mettre sur pied un projet qui, lui aussi, a trait au soin, mais dans un tout autre contexte puisqu’il s’attaque cette fois au conflit déchirant du Moyen-Orient.

« Dans mes contacts professionnels avec les Arabes et les Israéliens, les deux mettent souvent l’accent sur ce qui les sépare plutôt que sur ce qui les rapproche », explique Halbreich, « pourtant ils ont chacun des points positifs qu’ils peuvent mettre en avant et c’est là que j’interviens ».

Les yeux brillants, il dévoile son plan : « L’idée de départ serait de créer une mini-région. Cette idée a déjà été testée à l’échelle, plus modeste, de la coopération scientifique. Il s’agirait d’un projet commun entre Israël, la Jordanie et l’Autorité palestinienne, que j’ai soumis aux Américains. Le point de départ serait d’organiser une collaboration entre les ministères des Affaires sociales des ces trois entités. Ensuite, on mettrait en place un forum économique basé alors sur une coopération déjà existante. Puis, petit à petit, on aborderait les points plus épineux, comme les ressources naturelles et l’eau. Je ne propose pas “un processus de paix”, le sujet est trop sensible et le mot éculé. Mais si on commence à s’occuper des questions communes, une transformation se produira, qui, finalement, mènera à la paix. » 

La psychiatrie comme base commune

 Halbreich résume son idée en un mot : « une mini-région ».
Cette confédération aurait pour modèle l’Union européenne.

Sa capitale serait Jérusalem, qui par ailleurs, resterait la capitale indivisible d’Israël. La gestion administrative serait délocalisée en plusieurs bureaux régionaux. Enfin, la liberté de culte et de mouvement y serait garantie.

Halbreich raconte que, tout au long de ces dernières années, il a développé des relations proches avec ses confrères de pays musulmans (dont l’Iran, la Syrie, le Liban, l’Egypte et la Jordanie). Il préfère ne pas les nommer de crainte de les voir inquiétés. Ensemble, ils ont établi une organisation de 22 états appelée PEMRN (Réseau de recherche psychiatrique des pays méditerranéens de l’Est) qu’Halbreich préside.

« PEMRN s’est créé à l’initiative d’un collègue libanais, Fouad Anton, dont je peux aujourd’hui parler, parce qu’il est décédé. Il en était coordinateur. J’essaie maintenant de le faire revivre par le biais de l’université Al-Quds, et de le baser à Jérusalem-Est. Certes, je n’ai pas négocié d’accords de paix avec les Arabes, nous avons seulement parlé de coopération scientifique, en insistant sur nos dénominateurs communs et nos intérêts partagés. Mais je pense qu’il s’agit d’un bon point de départ. » Halbreich a étudié la médecine et la psychiatrie au centre médical Hadassah de l’université Hébraïque de Jérusalem et à l’université de Tel-Aviv. Il a été adjoint au médecin chef et psychiatre en chef de la marine israélienne. Il a donné des conférences dans les meilleures écoles médicales d’Israël, aux USA et en Italie.

Depuis 1988, il est professeur de psychiatrie, d’obstétrique et de gynécologie à l’université de l’Etat de New York à Buffalo. Là, il a fondé le centre du cycle de vie et le centre de recherche bio-comportementale. Halbreich a été président de la Société internationale de neuro-psycho-endocronologie ainsi que de l’Association internationale pour la santé mentale des femmes. Il a reçu des prix prestigieux dont le prix Ben Gourion (1976), le prix Yaïr Gon (1978) le prix de la recherche nationale en soins (NRSA) (1980) et le prix du meilleur psychiatre (2008).

« On peut apprendre beaucoup des chauffeurs de taxi… » 

Halbreich n’est pas très impressionné par l’action des Etats-Unis au Moyen-Orient. Il pense qu’il faudrait « un changement de comportement, une plus grande sensibilité culturelle, des interactions proactives plus respectueuses et plus encourageantes pour que la super-puissance puisse jouer un rôle plus productif dans la région ».

Pour appuyer son propos, il a nombre d’anecdotes : « Une fois, au cours d’une réunion de collaboration avec des délégations d’universités jordanienne et américaine, un professeur de médecine jordanien m’a approché et m’a déclaré : “Professeur, vous n’êtes pas un vrai Américain.

D’abord, vous n’êtes pas stupide, et puis vous ne parlez pas comme Donald Duck”.

Il n’avait pas l’intention de m’insulter mais ses paroles étaient blessantes pour l’Américain que je suis. » Il a poursuivi : « Je ne suis pas choqué que les Arabes brûlent des ambassades et des consulats américains. Pour eux, l’image de l’“affreux Américain” est toujours vivace. Un jour, à Amman, un chauffeur de taxi m’a montré un énorme bâtiment fortifié en me disant : “Voici le château du diable”. Il s’agissait de l’ambassade américaine, nous avons encore roulé et plus loin il a pointé du doigt un autre bâtiment, plus petit : “et voilà son petit comparse”, c’était l’ambassade israélienne. On peut apprendre beaucoup des chauffeurs de taxi », conclut l’éminent psychiatre en souriant.

A propos du problème controversé des installations juives en Judée-Samarie, Halbreich réplique que les exigences palestiniennes sont irréalistes et immorales. « Il est vrai que sur cette question, je suis partial. Mais, quand même, les Palestiniens veulent faire de la Judée-Samarie, un état judenrein, sans Juifs. Cela est inacceptable d’un point de vue humanitaire. Il est inconcevable d’interdire aux Juifs de vivre à un endroit, simplement parce qu’ils sont juifs. S’il y a un processus de paix qui se met en place, il n’y a aucune raison que les Juifs ne puissent vivre dans un territoire qui serait l’Etat palestinien. Cette mini-région, dont je parle, serait modelée à l’exemple de l’Union européenne : des Israéliens, qui vivraient en Palestine, voteraient pour la Knesset, tandis que les Arabes israéliens vivraient et paieraient leurs impôts en Israël, mais auraient le choix de devenir des citoyens palestiniens. Cela réglerait beaucoup de problèmes en particulier celui du service militaire. Les citoyens palestiniens ne seraient pas tenus de s’enrôler. En d’autres termes, ils respecteraient l’hymne national, mais n’auraient pas à le chanter. » 

Une anomalie internationale

Halbreich croit également que sa proposition résoudra deux autres questions clés : la demande de reconnaissance israélienne en tant qu’Etat juif et celle palestinienne du droit de retour des réfugiés.

« Israël est un Etat pour tous ces citoyens », insiste-t-il.

« L’Etat se définit comme juif, de la même façon que certains pays arabes se définissent comme musulmans. Si Israël fait partie d’une confédération, les Palestiniens pourront tout à fait y vivre. » Halbreich se souvient d’une remarque faite par un Palestinien : « Si Abou Mazen (le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas) veut retourner à Safed, qu’il y retourne : c’est son droit de retour. Mais que ses enfants, ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants soient reconnus comme réfugiés, et ce, ad vitam aeternam, est une absurdité, même aux yeux des Nations unies. Il s’agit d’une anomalie internationale qui existe toujours à cause d’intérêts politiques et de l’inertie bureaucratique. » Et Halbreich de conclure : « Israël peut accepter le principe du retour des réfugiés, de toute façon, combien de réfugiés âgés de plus de 70 ans voudront vraiment exercer ce droit ? Très peu, la plupart devraient plutôt être encouragés à s’attacher au lieu où ils habitent maintenant. » Halbreich s’intéresse aussi au Moyen-Orient dans son ensemble : « A mon avis, le prochain conflit aura lieu au Kurdistan. Les Kurdes se sentent très indépendants ; ils possèdent beaucoup de pétrole et s’opposent à la Turquie comme à l’Iran. J’imagine qu’un jour où l’autre, cela va exploser. » La solution d’Halbreich est, selon lui, valable aussi pour le Moyen-Orient dans son entier. A long terme, il voit une « minirégion » qui s’étendrait pour inclure d’autres entités comme les Kurdes, les Chrétiens au Liban ou les Sunnites en Irak.


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