Frères Musulmans : vers un réveil de l’Occident ?

Les Frères musulmans sont apparus sur le devant de la scène lors du Printemps arabe si mal nommé. On les a vus accéder au pouvoir par le biais d’élections libres en Egypte et en Tunisie, pour en être chassés peu après par leurs peuples qui découvraient leur véritable objectif

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May 7, 2014 13:11
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Le Premier ministre britannique David Cameron. (photo credit: REUTERS)

 L’Occident aurait-il aussi compris ? Le fait est que le Premier ministre britannique vient d’ordonner une enquête circonstanciée sur la Confrérie, ses principes de base, ses méthodes, ses activités en Grande Bretagne et leur impact sur les intérêts du pays. David Cameron a pris cette décision parce que les Frères sont accusés de fomenter des attaques terroristes en Egypte et que plusieurs de leurs dirigeants se sont réfugiés en Angleterre, d’où ils dirigeraient ces attaques.
L’Egypte et l’Arabie saoudite ont d’ores et déjà décrété que la Confrérie était une organisation terroriste. L’Amérique, qui avait soutenu le président Morsy jusqu’au dernier moment malgré l’ampleur des manifestations de masse réclamant son départ, n’est apparemment pas convaincue : elle maintient son appui aux Frères musulmans et « punit » le nouveau régime du Caire en suspendant une partie de son assistance militaire. Un responsable du Département d’Etat déclarait même il y a quelques semaines à un quotidien koweitien que les Frères ne constituaient pas une menace pour les Etats-Unis. Un point de vue que la plupart des pays arabes sont loin de partager. Ils se méfient de ce mouvement qui est à l’origine de « l’Islam politique moderne », nom de code qui traduit la volonté de se servir de l’Islam pour restaurer le califat, par la violence s’il le faut.

Les pères d’organisations terroristes

 La Confrérie a essaimé très tôt, créant à partir des années 1930 des filiales dans les pays arabes dans le but de s’emparer du pouvoir. Les Frères s’y sont essayés par la force en Egypte, en Syrie, en Libye, en Algérie et en Tunisie. En Egypte par exemple, les rois Farouk puis Nasser ordonneront la dissolution de la Confrérie. Ce sont des Frères qui ont assassiné Sadate ; Moubarak les persécutera et aujourd’hui leur mouvement, qualifié d’organisation terroriste, est à nouveau interdit.
 En Arabie saoudite et dans les pays du Golfe, les Frères se laissent prendre à l’appel de l’Islam Wahhabite, dont la rigueur convient à leur idéologie, sans pour autant perdre de vue leur objectif : l’établissement de régimes islamiques dans les pays arabes et la restauration du califat. Ils s’emploient à recruter des jeunes dans leur entreprise, créant la crise actuelle entre la Confrérie et les pays du Golfe à l’exception du Qatar.
 En Arabie saoudite, le roi Abdelaziz – Ibn Séoud – rencontrera Hassan el Banna, fondateur de la Confrérie, lors du pèlerinage à la Mecque de ce dernier en 1936. Bien que fortement impressionné par la foi religieuse du mouvement, il ne l’autorisera jamais à établir une filiale dans le royaume, comprenant que son orientation politique menacerait la stabilité du pays. Très pieux lui-même, le monarque ne cherche pourtant jamais à exporter le Wahhabisme hors du royaume ; il mène une politique extérieure pragmatique qui suscite les critiques des autorités religieuses. Ses successeurs – Saud, Fayçal, Khaled et Fahed – accueilleront à bras ouverts les Frères fuyant la colère de Nasser (qu’ils ont tenté d’assassiner) ; en remerciement ils créeront des cellules locales, infiltreront écoles et universités et diffuseront leur profession de foi.
 Ils réussiront à persuader le roi Saud et le prince héritier Fayçal en 1962 de les aider non seulement à établir la Ligue Islamique Mondiale pour propager l’Islam en Occident, mais encore à fonder des centres islamiques et des mosquées qu’ils dirigent, en Europe et aux Etats Unis. De cette façon, et grâce à l’argent saoudien, ils jettent les bases de leur organisation mondiale, qui recrute de nouveaux membres parmi les minorités arabes en Occident dans le but d’infiltrer les organes du pouvoir et de le miner de l’intérieur. Ce n’est qu’après le 9 septembre et la découverte que sur les 18 terroristes, 16 étaient saoudiens, que le royaume comprendra à quel point il a été trompé. Les Frères sont expulsés et leur mouvement interdit.

Cameron, le sauveur occidental ?

 Le Koweït et les autres pays du Golfe ont eux aussi donné asile aux Frères dans les années 1950, les laissant établir des filiales à partir desquelles ils déclencheront leurs activités subversives. Il faudra un certain temps à ces pays pour comprendre le danger, mais aujourd’hui des centaines de Frères sont en prison.
 Seul le Qatar refuse d’abandonner la Confrérie, puissamment enracinée dans ce petit pays. Ce sont les Frères qui tirent les ficelles d’Al Jazeera. Cette influente chaine de télévision ne ménage pas son soutien aux Frères musulmans, cherchant à s’emparer du pouvoir dans les pays arabes depuis la crise ouverte par le soi-disant Printemps. Le Qatar, qui défend avec véhémence Morsy et les Frères en Egypte, est en conflit ouvert avec l’Arabie Saoudite, le Koweït, le Bahreïn et les Emirats du Golfe, qui offrent des sommes considérables au nouveau régime en Egypte. Ce conflit affaiblit le Conseil de Défense du Golfe, qui doit affronter la menace iranienne. Fort de l’appui des Etats-Unis qui disposent de bases militaires dans le petit royaume et qui soutient la Confrérie, le Qatar n’en a cure.
Cameron est le premier dirigeant occidental à s’attaquer au problème. L’équipe qu’il a créée à cet effet est dirigée par un diplomate chevronné et spécialiste du Moyen Orient : Sir John Jenkins, ambassadeur de Grande Bretagne en Arabie Saoudite. Cette équipe compte mener une enquête approfondie, sollicitant même la contribution du public.
 Il est tout de même curieux que les services de sécurité britanniques, célèbres dans le monde entier, ne disposent pas de toutes les informations nécessaires. L’Angleterre n’était-elle pas la puissance de tutelle en Egypte lorsque la Confrérie à été fondée à Ismaïlia en 1928 ? Des fonctionnaires britanniques auraient même encouragé Hassan el Banna de contrecarrer les mouvements nationalistes.
Ibrahim Munir, secrétaire général de l’Organisation Mondiale de la Confrérie, habite depuis trente ans à Londres, d’où il dirige les bureaux de l’organisation. C’est dans la capitale britannique que s’est réfugié Rashed Ghannouchy en 1991 après avoir été chassé de Tunisie, où il est retourné pour prendre la tête de la Confrérie après la chute de Ben Ali en 2011.  Ali Sadr  Bayanouni, chef des Frères de Syrie, a vécu à Londres pendant de nombreuses années. Et c’est aussi cette ville que les Frères égyptiens ont choisi après le renversement de Morsy, notamment Mahmoud Hussein, secrétaire général du mouvement.
Suite à la décision de Cameron, Ibrahim Munir cherche à transférer le siège de son organisation hors du pays. La Tunisie ayant refusé de l’accueillir, il se tourne vers l’Autriche qui a décliné. En attendant il se tait, après avoir déclaré aux médias que son organisation s’est toujours montrée respectueuse des lois britanniques, comme le prouveront les résultats de l’enquête.
Pour le moment Washington n’a fait aucun commentaire sur la décision britannique. 




 



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