Fraude à la Claims Conference

Des millions détournés pendant des années : la gestion de l’organisation est pointée en ligne de mire dans un rapport interne.

By SAM SOKOL ET EVA TAPIERO
July 30, 2013 12:12
57 millions de dollars détournés des caisses de la Claims Conference, les rescapés concernés

P18 JFR 370. (photo credit: Reuters)

 
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Cinquante-sept millions de dollars de fraudes de la part de « Conference on Jewish Material Claims Against Germany » pendant 16 ans. En cause : la gestion défaillante de la structure. Voilà ce que rapporte une investigation interne de l’organisation, dont les conclusions ont été portées à la connaissance des membres du conseil d’administration le 8 juillet dernier.




Le rapport, rédigé par Shmuel Hollander, dénonce les « défaillances systématiques et une organisation interne problématique ». De quoi empêcher la découverte des erreurs, qui ont consisté en l’approbation de demandes frauduleuses de restitution pendant des années.

Hollander critique violemment le fonctionnement interne de la Claims Conference et indique notamment que « l’absence d’un système de contrôle […] a constitué un facteur clé, permettant et facilitant la fraude ».

La controverse a commencé avec l’envoi d’une lettre (auteur inconnu), en 2001, adressée à la Claims Conference, et qui attirait son attention sur de possibles fraudes. Mais selon les affirmations de Hollander, aucun des leaders de cette organisation responsable de l’indemnisation des survivants de la Shoah, « qui ont eu connaissance de la lettre de 2001, ne l’ont traitée avec le sérieux qu’elle demandait ». Cette première suspicion de fraude avait pourtant été reçue par Karl Brozik, représentant de la Claims Conference en Allemagne ; il avait mené une enquête sans trouver de preuves d’actes répréhensibles.

Puis l’agence de presse JTA (Jewish Telegraphic Agency) a ensuite rapporté qu’une seconde investigation avait été lancée par un conseiller juridique du cabinet d’avocat de Julius Berman, alors membre du conseil d’administration et conseiller juridique pro bono de la Claims Conference. Une enquête qui fera également chou blanc.

Il faudra attendre 2009 pour que les malversations soient enfin découvertes. Le fautif est enfin identifié : Semen Domnitser, employé à la Claims Conference, et directeur d’un fonds de remboursement.

L’homme par qui le scandale arrive 

Puis en mai dernier, Berman nomme Reuven Merhav, membre du conseil d’administration, à la tête du comité de sélection des cadres qui ont pour mission d’enquêter sur les événements consécutifs à la lettre de 2001. C’est ce comité qui va nommer Hollander pour mener à bien cette enquête après que plusieurs membres du conseil d’administration, représentants d’organisations majeures comme l’Agence juive ou le Congrès juif mondial, aient fait des déclarations en faveur d’une enquête indépendante.

Dans son rapport, Hollander affirme qu’« aucun des directeurs seniors n’a examiné ou supervisé le travail du département de manière sérieuse » et que Domnitser a pu continuer les fraudes pendant des années sans aucune surveillance de leur part.

Si les allégations contenues dans la lettre de 2001 avaient été « correctement abordées et investiguées minutieusement par un fonctionnaire indépendant et professionnel de New York, il est grandement probable que les informations qu’elles contenaient auraient pu mener à la découverte des chaînons manquants au sein de la hiérarchie, et des manquements dans la procédure, que M. Domnitser et ses partenaires ont utilisé à leur avantage pour perpétrer leurs crimes », a-t-il ainsi écrit.

Et selon lui, malgré sa rapide croissance entre 2001 et 2009, l’organisation a échoué dans « l’ajustement de sa structure face à l’augmentation du nombre de ses activités et besoins ». Pire encore : la Claims Conference aurait été gouvernée « de manière inacceptable, que ce soit dans la sphère publique ou interne ». Il ajoute que la Claims Conference était centralisée de manière déraisonnable. Et appelle en conséquence à un examen plus en profondeur de « la conduite générale qui a permis pendant un grand nombre d’années qu’une fraude d’une telle ampleur puisse continuer sans obstacle. » 

Les rescapés, lésés ? 

Au rang des critiques faites par Hollander concernant l’organisation de la structure, il pointe notamment du doigt la division « inadéquate » des activités et des domaines de responsabilités « systématiquement flous ».

Et le rapport souligne que « le plus déplorable et contrairement à ce que de nombreux membres du conseil d’administration avaient énoncé plus tôt, c’est l’absence d’une véritable gestion et de réelles compétences » dans le traitement de la lettre de 2001 et « des événements qui lui sont relatifs », comme l’ont écrit des membres du comité de sélection des cadres. Mais pour autant, tous n’ont pas signé le rapport. Roman Kent et Abraham Biderman, par exemple, ont préféré démissionner du comité plutôt que d’adhérer aux conclusions d’Hollander.

Dans une lettre jointe au rapport, Biderman explique que, selon lui, le rapport formule des critiques sans fondement et « contient des erreurs de fait ». Il affirme notamment que le document ne tient pas compte des améliorations substantielles dans le management de l’organisation depuis 2001.

Car tout n’est pas noir, et Hollander le reconnaît. Il note par exemple certains aspects positifs concernant les cadres supérieurs en place à la Claims Conference et notamment leur aptitude à étendre le champ du financement de l’organisation, et ce, même pendant la période de la fraude. En outre, point important, il certifie également « qu’aucune victime de la Shoah n’a été privée d’aucun montant du fait de la fraude ».

Mais sur ce point, Alex Moskovic, membre de la Fondation des rescapés de la Shoah aux Etats-Unis a fait savoir que son organisation réfutait totalement cette version des faits. Cette dernière considère le vol de 57 millions comme « typique de l’indifférence générale de la Claims Conference envers les droits et intérêts des survivants de la Shoah pendant toutes ces années, et la profonde souffrance que sa politique a infligée, spécialement à ceux qui vivent dans la pauvreté », a-t-il déclaré. « Quand la Claims Conference gère mal les droits ou les intérêts des survivants, ou échoue à superviser les employés chargés d’administrer ses fonds, les dommages sont infligés aux rescapés partout dans le monde », a-t-il ajouté, via son avocat.

En toute impunité 

Enfin, le rapport d’Hollander vient contredire les propos tenus par Berman en mai, lorsque celui-ci avait déclaré que, selon lui, aucune faute n’était à déplorer, que les mécanismes de contrôles en place au sein de la Claims Conference étaient « raisonnablement adéquats » et que la tromperie, découverte en 2009 et qui avait commencé dès 1993, était aussi impossible à anticiper que les attaques sur les tours du World trade center du 11 septembre 2001.

Lorsqu’il a été demandé à Berman si la Claims Conference devait des excuses à quelqu’un – les survivants, le conseil d’administration ou la communauté juive – il a simplement répondu que cela ne lui était jamais venu à l’esprit.

Son intervention contraste fortement avec les déclarations de Greg Schneider, directeur de la Conference : répondant à l’enquête d’Hollander, il a fait savoir que, bien que, selon lui, le seul responsable était Domnitser, il ne pouvait pas s’empêcher de penser « que pendant qu’avec ses complices il a volé des dizaines de millions de dollars, je travaillais tout près de lui – dans le même bureau. […] On m’a menti, j’ai été trompé, dupé, embobiné. Je n’ai rien vu. Je suis désolé. » Semen Domnitser, a été déclaré coupable des faits qui lui sont reprochés en mai dernier par un tribunal américain.

Julius Berman et Greg Schneider, accusés de mauvaise gestion et devant faire face à des appels à démission dans les médias juifs, ont pourtant été réélus au conseil d’administration de l’organisation le 10 juillet dernier, le système de vote ne permettant pas d’élire les individus, mais laissant pour seul choix l’approbation ou le rejet de la liste des candidats.

 


 


 


 


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