Go4Europe : l’avenir, c’est tout de suite

Le gotha de la finance et des investisseurs s’est réuni à Tel-Aviv sous le signe de l’innovation et de l’esprit d’entreprise.

By KATHIE KRIEGEL
November 12, 2013 14:36
Des intervenants de haute volée, réunis en panels, se sont succédés sur le plateau

P18 JFR 370. (photo credit: Gil Yarom)

 
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«Bienvenue en Israël, la Terre promise où coule le gaz naturel », a lancé avec humour Ouzi Landau, ministre du Tourisme, pour le coup d’envoi de la 11e session de Go4Europe. Il aura donné le ton : Houtzpa (culot en français), esprit visionnaire et optimisme, un cocktail de choix made in Israël. L’élu s’est exprimé devant un panel de plus d’un millier de participants, investisseurs et entrepreneurs triés sur le volet venus de l’Union européenne, mais aussi du « BRIC » (Brésil, Russie, Inde, Chine).


Un networking intensif


Fondé en 1993, Cukierman & Co est un groupe de financement de premier plan, dans les domaines des sciences de la vie, hautes technologies, médias et communications, technologies vertes et immobilier. Avec plus de 4 milliards d’euros de transactions, le groupe offre une gamme complète de services à des entreprises tant israéliennes qu’européennes. Organisé par la banque d’affaires CIH (Cukierman Investment House) et son fonds d’investissement Catalyst Fund L.P., « l’objectif de Go4Europe est double : faire connaître l’Europe aux Israéliens et Israël aux Européens, tout en facilitant les transactions entre les deux », explique Edouard Cukierman, président du groupe et fils de Roger, aujourd’hui de nouveau aux commandes du CRIF. Cette conférence annuelle est donc une plate-forme de choix pour des fusions, acquisitions, levées de fonds, mais aussi pour des secteurs industriels à la recherche de partenariats stratégiques dans le domaine des technologies de pointe.


Des intervenants de haute volée, réunis en panels, se sont succédé sur le plateau : le baron David de Rothschild, président exécutif du groupe Rothschild, Maurice Lévy, qui dirige le groupe Publicis, et Henri Strakman, à la tête de Veolia Environnement en Israël, (très présent dans les domaines de l’eau, du traitement des déchets et eaux usées et des transports). Objectif : exposer son savoir-faire, se faire connaître, racheter, investir, sponsoriser et pourquoi pas découvrir une perle rare parmi les start-up venues tenter de convaincre les investisseurs en 90 secondes chrono (voir encadré). Auront participé aux débats Novartis, Alcatel-Lucent, Teva, Excem Group, British American Tobacco et Sanofi-Aventis, entre autres. « L’apport de nouveaux savoirs suscite de nouvelles associations, dont certaines se concrétisent en idées innovantes », peut-on lire dans Israël Valley, un ouvrage signé Edouard Cukierman et Daniel Rouach qui vient de sortir. Au programme donc, networking intensif et échanges fructueux. « Le secret de la réussite pour s’implanter dans le monde entier, c’est le respect. Le challenge étant de s’adapter à d’autres mœurs », rappelle le professeur Lorenz Reibling, président et cofondateur de Taurus Investment Holdings.


Le cru 2013


L’accent aura été mis sur le potentiel représenté par le Vieux Continent, alors même que l’Europe connaît une pénurie de capitaux et que son secteur de l’innovation est en crise. « Aujourd’hui, on vient en Israël parce que ce pays est devenu incontournable », affirme Nadine Lati, directrice de Go4Europe et organisatrice de l’événement.


Outre les aficionados de ce rendez-vous, on aura noté l’arrivée de nouveaux venus tels que Golan Telecom ou Tadeka. Côté européen, l’Espagne était notamment représentée par son ministre de l’Economie, Maximo H. Buch. Enfin, le BRIC était présent en force avec la très remarquée Sberbank de Russie et le conseiller de son président, Ruben Vardanian. « Compte tenu de la croissance des pays du BRIC, Catalyst a décidé de financer l’expansion internationale des entreprises israéliennes vers les marchés émergents », confie Alain Dobkin, un des directeurs phares de Catalyst Fund. A cet effet, Edouard Cukierman, son PDG, a finalisé en amont de la manifestation un accord avec le conglomérat China Everbright pour la création d’un fonds privé de 200 millions de dollars qui pourrait aller jusqu’à 300 millions, destiné à investir dans des sociétés israéliennes innovantes et les accompagner en Asie.


« Cette année aura vu aussi le retour en force de l’immobilier », souligne Nadine Lati. Ce secteur, après une éclipse sur fond de crise économique mondiale, trouve un nouveau souffle avec Taurus Investment Holdings, partenaire stratégique de Profimex, et Gazit-Globe. Autre temps fort de ce forum : l’intervention de Rurik B. Halaby, fondateur et président d’Agricapital, qui allie agroalimentaire et technologie de pointe. La demande alimentaire mondiale doublera d’ici à 2050, le profit triplera et la demande en qualité augmentera. Un défi, quand on sait que les terres cultivables vont dramatiquement diminuer et que l’eau potable se raréfie. Les nouvelles technologies joueront un rôle majeur dans l’avenir de ce secteur. « Il faudra relever ces défis. Les mots d’ordre sont : génétique animale et végétale associée aux biotechnologies, techniques d’irrigation et agriculture de précision », détaille Rurik B. Halaby. Et d’ajouter : « la nourriture ne connaît pas les frontières. Le marché israélien vise les petits et les grands acteurs de ces nouveaux marchés. Irriguer, fertiliser, et manufacturer la production du soja sont au cœur du développement entre Israël et l’Europe ».


Un succès sans bémol


La politique s’est donc invitée dans ce showroom du business en amont et en aval de la rencontre, clôturée entre autres par Elie Chouraqui qui a évoqué l’image d’Israël en Europe. Elégance mais fermeté, dans un contexte où il est difficile pour Israël d’oublier les mesures invalidantes que l’Union européenne cherche à lui imposer en exigeant l’étiquetage des produits en provenance de Judée-Samarie ou en refusant les échanges avec les territoires au-delà de la Ligne verte. « Israël, seule démocratie du Proche-Orient, a mission d’humaniser la région. Nous ne voulons pas diriger les Palestiniens, nous attendons qu’ils prennent leur destin en main », a martelé le ministre israélien du Tourisme. « Liberté de la presse, économie libérale, libre échange, autant de facteurs qui stimulent les activités économiques israéliennes », a souligné Pierre Lellouche, ancien secrétaire d’Etat au commerce extérieur et député de la première circonscription de Paris, qui lui a fait écho en rappelant que « les Arabes israéliens sont libres et bénéficient des mêmes droits que les autres citoyens de l’Etat hébreu ». Un privilège pour la minorité arabe, dans une région en mal de printemps, où le vent de la démocratie se fait toujours attendre. « Une bonne santé économique devrait se révéler être un facteur de paix dans la région », espère Edouard Cukierman, « et une seconde chance pour rapprocher l’Europe d’Israël ».


« Quel est le meilleur moment pour investir ? Quand on vous dit que ce n’est pas le moment », a déclaré avec humour le professeur Reibling pour encourager le gotha réuni à faire fructifier les échanges. La prochaine édition de ces journées pourrait bien connaître une nouvelle envolée grâce au gaz. Tamar et Leviathan représentent respectivement des réserves de plus de 453 milliards de m3 de gaz et 4,3 milliards de barils de pétrole. Israël, exportateur d’énergie fossile, pourrait donc à terme radicalement changer la donne et les rapports de force.



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