Guerres fratricides au sein de la mafia israélienne

Voilà un an que les Domrani et les Shlomo sont engagés dans un bras de fer sans merci. Zoom sur une pègre qui n’a rien à envier à ses consœurs du bassin méditerranéen…

By AMIR ZOHAR
December 19, 2013 12:29
Explosion à Ashkelon.

P13 JFR 370. (photo credit: Roni Schiczer)

Mardi 2 juillet, midi. La voiture appartenant à Beni Shlomo, chef d’une famille de la pègre, descend du moshav de Heletz et s’engage sur la route principale en direction d’Ashkelon.


Beni Shlomo et ses deux gardes du corps parcourent une dizaine de kilomètres dans le désert brûlant. Ils n’ont pas remarqué qu’une voiture les a pris en filature sur la route 232. Ils vont bientôt atteindre le carrefour Guivati.


Au même moment, trois membres d’une autre grande famille du crime d’Ashdod reçoivent en temps réel des informations précises sur la position de la voiture. Patients, ils attendent à l’intersection. L’un d’eux s’est posté à l’angle nord-est du carrefour, soigneusement dissimulé des regards. Il porte un masque et des gants et tient un fusil M16. Un autre attend à 50 mètres de là sur une moto Timax volée. Lui aussi est équipé d’un masque et de gants.


A 200 mètres au nord, un troisième complice est installé au volant d’une Mazda 323 appartenant à Assaf Lavie, de Rehovot. Les Lavie sont une autre grande famille de la mafia.


Les trois hommes ont préparé leur mission avec soin : ils s’adapteront en fonction des informations opérationnelles qu’on leur enverra, mais ils savent déjà, par exemple, que les vitres latérales de la Skoda sont à l’épreuve des balles et que le seul point vulnérable de la voiture blindée est le pare-brise. Au moment où le chauffeur de Beni Shlomo ralentit pour tourner à gauche sur la route 35 en direction d’Ashkelon, l’assassin sort de sa cachette et fait feu sur l’avant de la voiture. Sur les 25 balles tirées, seules quelques-unes perceront le pare-brise.
Beni Shlomo et ses gardes du corps sont tous blessés.


Domrani vs. Shlomo… via Lavie


Une fois sa mission accomplie, le criminel court vers la moto et saute derrière le conducteur, qui démarre et fonce vers la Mazda. Là, les deux complices jettent leurs armes et laissent la moto dans les buissons avant de monter dans la voiture, qui s’éloigne à grande vitesse.


Hélas pour eux, au même moment, Yossi Orinovitz et Shahar Miller, deux cavaliers de la police montée se trouvent à l’intersection. Ils lancent leurs chevaux au galop, mais ne parviennent pas à rattraper la Mazda, qui disparaît rapidement. Ils ont eu cependant le temps de noter le numéro d’immatriculation.


De son côté, Beni Shlomo saigne abondamment. Il est conduit à l’hôpital Barzilaï, à Ashkelon, sous escorte policière. Sa voiture blindée, criblée de traces de balles, est emmenée au poste pour un examen minutieux.


Les trois auteurs de l’embuscade se sont enfuis vers le nord et réfugiés à Tibériade. La police ne tarde pas à les retrouver et parvient ensuite à arrêter et à mettre en examen celui que l’on soupçonne d’être l’initiateur de l’attaque, Assaf Lavie. Les trois hommes physiquement impliqués dans l’attaque, Nissim Cohen, Michaël Ben-Shimon et Mordekhaï Dayan, sont également interpellés.


Le lien entre les fuyards et les Lavie est donc établi. Ces informations vont s’avérer précieuses pour les 3 unités de police qui enquêtent par ailleurs sur les relations entre les Lavie et Shalom Domrani. Ce dernier s’est allié à la famille de Rehovot pour avoir raison de leur ennemi commun : Beni Shlomo.


Il y a encore un an, Domrani et Shlomo étaient encore comme deux doigts de la main. Depuis, malgré un solide service de renseignements et un excellent travail accompli par la police, les meurtres en rafale font la une de l’actualité dans toute la région de Lachish (à proximité de la bande de Gaza). Plus récemment, une série d’attaques ont ensanglanté les rues d’Ashkelon : la revanche après la tentative d’assassinat de Beni Shlomo, selon certaines sources bien informées.


Ni la police ni les protagonistes du crime organisé ne savent déterminer le moment exact où Domrani et Shlomo ont cessé d’être amis pour devenir des ennemis jurés. On sait en revanche avec certitude qu’ils résident à une courte distance à vol d’oiseau l’un de l’autre et se comportent comme des jumeaux que l’on aurait séparés.


Chacun connaît en détail la vie de l’autre. Chacun se tapit à dans sa maison fortifiée, protégée par les mêmes murs d’enceinte et les mêmes systèmes de sécurité. Chacun passe son temps à organiser de nouvelles attaques.


Le fief d’Otzem


Tout a commencé au début des années 2000. Sorti de prison, Domrani se lance à la conquête d’Ashkelon. Au fil des ans, les rues de la ville se retrouveront jonchées des corps de criminels locaux bien connus, comme Amitzour Cohen, Yigal Zhano ou Meir Ganon, qui auront osé lui opposer résistance. Des assassinats que le grand public a peut-être oubliés, d’autant que leur auteur présumé, Domrani, n’a jamais été inquiété. La famille et les amis des victimes, eux, ne restent pas les bras croisés. En 2005, rescapé d’un certain nombre de tentatives d’assassinats et fort de son dernier conflit en date avec Itzhak Abergel, à la tête du plus grand cartel de drogue israélien, Domrani part donc se réfugier dans le moshav d’Otzem. Ce village de la région de Lachish a connu les terribles batailles israélo-égyptiennes de la guerre d’Indépendance en 1948 et en a hérité son nom, qui signifie « Courage ». Domrani y possède quelques amis très proches, dont les Erjouan ou les Shido, et y dispose d’excellentes cachettes pour dissimuler des armes ou s’entraîner au tir.


Avant d’emménager, il avait d’ailleurs été arrêté en compagnie d’un résident, Moshé « Chico » Dahan. La police avait surpris les deux complices en possession de missiles LAW. Après une course-poursuite à pied sur des chemins de terre, ils sont arrêtés – sales et pieds nus – à un barrage proche de Kiryat Gat. Une requête de leurs avocats, Avi Himi et Yarom Halevy, leur épargnera la prison. Dahan préfère alors faire profil bas. Mais Domrani, lui, se remet plus que jamais à cultiver son empire.


Il acquiert une maison dans le moshav, qu’il entoure d’un mur d’enceinte qu’il équipe du système de protection le plus sophistiqué qui soit, avec un réseau de caméras postées tout autour du village et à l’entrée principale de celui-ci. La maison devient alors une espèce de refuge où des criminels venus de tout le pays affluent pour rendre hommage à son propriétaire, quand ils ne cherchent pas plutôt à ourdir des complots contre lui. Domrani reçoit également des visites régulières de la police, qui procède à des perquisitions, et aussi de fonctionnaires des impôts et de l’Autorité du territoire d’Israël. Les médias, enfin, ont plus d’une fois cherché à se faire admettre à l’intérieur.


Otzem est un très petit village qui compte à peine quelques dizaines de familles, surtout des agriculteurs dont les parents ou les grands-parents sont arrivés du Maroc. Difficile d’imaginer que ces paisibles habitants puissent apprécier l’agitation frénétique qui a accompagné l’installation de Domrani et qui fait désormais partie de leur existence. Au grand désespoir de la police, ces habitants n’ont néanmoins jamais consenti à livrer la moindre information sur le criminel. Il faut dire qu’une amitié profonde semble les lier à Domrani, et que celui-ci fait de généreuses contributions aux institutions religieuses locales et vient en aide aux familles en difficulté.


En arrivant à Otzem, tout paraît calme. Les petites maisons construites dans les années 1950 sont toujours là, au point que l’on se croit parfois dans un musée, mais la plupart sont à l’abandon. Dans les autres, celles au toit rouge construites dans le style modeste des années 1960, des habitants âgés aux traits tirés vivent avec leurs portes ouvertes. Les moustiquaires sont le seul écran qui les sépare du monde extérieur. Çà et là, une maison a été rénovée, mais sans ostentation. Quant aux routes, elles sont défoncées et mal entretenues. Il aurait fallu les réparer depuis des années.


« Puisse le Seigneur être toujours devant moi »


Même la maison de Domrani n’a rien d’une demeure de nouveau riche. De toute façon, la seule partie visible de l’extérieur est le mur de béton surmonté de barbelés et de caméras.


Le portail, lui, révèle malgré tout un certain goût du grandiose : l’homme aime le prestige. Surmontant la large entrée, une enseigne en bois et en métal annonce en énormes lettres hébraïques : « Puisse le Seigneur être toujours devant moi ». Les mêmes mots figurent sur la tombe de son père, Zecharia, enterré au cimetière d’Ashkelon.


Depuis son installation à Otzem, Domrani est devenu de plus en plus pratiquant. Une ferveur quasi fanatique depuis le décès de son père. Il porte la kippa en permanence et rencontre le rabbin Yoshiyahou Pinto partout où il va : au Maroc, en Bulgarie, et ici, en Israël. Ils étudient ensemble, il prend conseil auprès du rabbin et fait des dons de plusieurs dizaines de milliers de shekels aux œuvres dont s’occupe celui-ci. Quiconque n’a jamais vu Domrani en compagnie de Pinto ne l’a jamais vu s’exciter comme un petit garçon ravi d’être le chouchou de son maître.


On peut se demander comment cet homme devenu religieux parvient à justifier les cadavres qu’il laisse sur son sillage. Réponse : il n’a pas tellement besoin de se justifier face à autrui tant il est vrai qu’il vit dans un isolement quasi-total.


Dans le milieu du crime ou dans la police, chacun connaît cette solitude. Domrani change souvent de voiture et maintient tout ce qui l’entoure sous surveillance constante. Et depuis qu’il est régulièrement pris pour cible, il reste cloîtré derrière ses hauts murs et entouré de sa seule famille.


Rien de tout cela n’empêche pourtant les gens de s’approcher de lui. Un Bédouin de la famille Jawroushi a réussi à tirer sur lui quelques coups de feu, et les frères Meguidish, de Kiryat Gat, lui ont lancé un missile anti-tank du haut d’un tracteur garé près de sa maison. Enfin, il y a Pini Mizrahi, un dangereux criminel indépendant d’Ashkelon, qui ne le porte pas dans son cœur.


Comme il est devenu très difficile d’atteindre Domrani lui-même, ses ennemis commencent à s’en prendre à ses associés. Chacun sait désormais qu’il est dangereux de faire partie de son clan.


Son dernier ennemi en date, c’est un mafieux du nom de Shaï Ben-Amo. Il y a quelque temps, ce dernier a été blessé par erreur par Yaron Sanker, l’homme de main de la famille Ohana, envoyé tuer Domrani qui avait eu la mauvaise idée d’exprimer sa joie après la mort d’Hananya Ohana, l’un des frères. Hananya avait lui aussi été un ami de prison de Domrani, pour devenir, comme tant d’autres, un ennemi juré par la suite. Après un court séjour en détention pour sa participation à l’affaire du cartel du gaz, Ben-Amo s’est installé à Nehora, tout près de la résidence de son patron du moshav Otzem. Décidé à recourir aux moyens les plus extrêmes pour atteindre Domrani, il a hébergé chez lui des hors-la-loi patibulaires qui sillonnent le moshav au volant de voitures de luxe. Sans doute est-ce pour cela que Domrani a jugé bon d’installer des caméras dans tout le moshav, ainsi qu’à l’entrée de celui-ci, ce qui n’a pas du tout plu aux représentants de l’agglomération au Conseil régional de Lachish. Aucune plainte officielle n’a été déposée à la police de Nehora, mais des voisins effrayés ont accepté de parler. Les enquêteurs de l’Unité centrale de Lachish sont alors venus retirer les caméras et ont ouvert une enquête sur la légalité de poster de tels dispositifs de surveillance dans l’espace public.


Implacable vendetta


Les frères Shlomo, Beni et Shalom vivent tous deux dans le moshav de Heletz, un petit village du désert aux allures pastorales qui possédait jadis un puits de pétrole en exploitation ; il abrite aujourd’hui de nombreuses chambres d’hôtes et des étudiants y logent.


Tout comme celle de Domrani, la maison de Beni Shlomo est entourée de hauts murs surmontés de fils barbelés et de caméras de surveillance.


Les Shlomo, on l’a vu, sont aussi en guerre contre les Lavie, Amos et Ophir. Le conflit s’est étendu à tous les membres de la famille et les blessés sont nombreux, surtout du côté des Lavie. En 2011, l’oncle Haïm a ainsi survécu à une tentative d’assassinat : une bombe posée dans sa voiture a explosé en plein centre-ville de Rehovot. Haïm Lavie, qui vendait des vêtements de marque sur le marché en plein air, y a perdu la vue. Est-ce pour cela que, deux ans plus tard, son fils Assaf a tenté de supprimer Beni Shlomo ? Peut-être. Mais il ne faut pas oublier qu’il y un an, en novembre 2012, le neveu des frères Lavie, Gal Noam, âgé de 20 ans, avait été tué dans l’explosion d’une autre voiture. Pourquoi s’en est-on pris à lui ? Nul ne l’a compris, car le jeune homme n’avait jamais été impliqué dans le milieu du crime. Peut-être y a-t-il eu erreur sur la personne et les assassins visaient-ils son frère aîné, qui séjournait en prison à l’époque. Peut-être aussi cherchaient-ils simplement à toucher un membre quelconque de la famille Lavie, et Gal était-il le plus facile à atteindre…


Sans qu’on ait de réponse, un autre meurtre résulte de cette effroyable vendetta. En avril dernier, Israël Amar, de Rehovot, est mort sous des balles tirées à bout portant. C’était le frère de Yehouda Amar, alors en prison, que l’on considère comme l’un des individus les plus proches des frères Shlomo. Sans succès, les enquêteurs de la police régionale du Centre ont tenté de prouver que le jeune neveu, Amos Lavie, était le chef du gang éthiopien de Kiryat Moshé, affilié au meurtre.


Si elle n’a pas pu découvrir de mobile, la police a néanmoins conclu que les frères Shlomo étaient bel et bien derrière le meurtre de Gal Noam : ils voulaient toucher les frères Lavie qui se sont vengés en assassinant Israël Amar. La police avait suffisamment de preuves pour arrêter les suspects, mais pas assez pour les inculper.


A partir de là, la machine s’emballe. Trois semaines après la tentative de meurtre visant Beni Shlomo, le 24 juillet à 16 heures au carrefour Guivati, deux puissants explosifs sont découverts dans une Honda appartenant à Amos Lavie. Le véhicule se trouvait dans le quartier d’Ofer, à Rehovot : un couvre-feu a été imposé dans toute la rue et la police a mis plus de 10 heures pour désamorcer les bombes.


Enfin, le 24 octobre dernier, le gang Domrani est cette fois-ci directement visé. Un attentat à la voiture piégée dans une rue d’Ashkelon tue Jackie Benita, ampute des deux jambes Avi Biton et blesse Dror Damari. Tous trois sont des proches associés de Domrani.


Certains enquêteurs de police affirment que les frères Shlomo étaient autrefois les « âmes sœurs » de Domrani et qu’ils sont devenus ennemis à la suite d’un conflit financier et d’une suspicion de vol. Les associés de Domrani contestent qu’ils aient été si proches, mais reconnaissent tous qu’ils étaient amis et partenaires dans un certain nombre d’affaires liées à l’exploitation minière et à l’ensevelissement des déchets. « Qui aurait pu prévoir que cela viendrait d’une personne si proche de lui ? », se demandaient les amis de Jackie Benita le jour de son enterrement.


Le fief d’Heletz


En dépit de sa position, Beni Shlomo n’a pas un gros passé criminel. Condamné pour extorsion de fonds en 2009, il n’a écopé que de six mois de service communautaire, grâce à un casier judiciaire vierge et un rapport positif du comité de probation. Cela ne l’a pas empêché, en juillet 2011, de faire chanter et de menacer l’un de ses amis et associés, le vendeur de voitures Itzhak Simoni, de Rishon Letzion. Shlomo s’était porté garant dans une grosse transaction menée par Simoni et avait touché pour cela de coquettes commissions. Les deux familles avaient l’habitude de partir en vacances ensemble à Eilat.


A l’époque, Beni Shlomo était placé sous surveillance discrète par Lahav 433, cette unité anticriminelle connue pour être le « FBI israélien, dans le cadre de l’enquête sur Domrani. Les hommes chargés de la filature avaient recueilli des preuves photographiques que Shlomo menaçait Simoni et ce dernier n’avait cependant pas souhaité porter plainte. Or, les enquêteurs avaient bel et bien vu Shlomo clouer Simoni contre mur dans une allée et le menacer violemment : « Ce que tu m’as apporté ne me suffit pas. Cette histoire ne va pas bien se terminer ! » Simoni lui avait répondu : « Mais c’est tout ce que j’ai ! »


Non seulement Simoni a refusé de porter plainte, mais il a fait l’inverse : dans son témoignage, il a décrit sa relation avec Shlomo comme amicale. Conséquence, l’unité 443 de Lahav n’a jamais pu utiliser son témoignage devant un tribunal, alors qu’elle comptait sur lui comme témoin clé.


Pendant le procès, Shlomo et Simoni continuaient à travailler et à se promener ensemble. Simoni a même accompagné Shlomo à l’une de ses convocations au tribunal. La situation a tant dégénéré que le plaignant est allé demander au juge de révoquer l’autorisation de sortie sous caution de Shlomo, en raison d’une violation des conditions : les relations affichées entre l’inculpé et un témoin clé étaient d’ailleurs confirmées par l’enregistrement de conversations entre les deux. Cette prétendue amitié entre le prévenu et sa victime n’a pas convaincu le juge Ido Druyan qui, fondant sa décision sur les rapports confidentiels, a condamné Shlomo à un an de prison. L’exécution de la peine a cependant été reportée jusqu’au procès en appel au tribunal de district.


Beni est le plus jeune, le plus réfléchi et le plus modéré des deux frères Shlomo. Il ne parle pas beaucoup, ce qui ne l’empêche pas d’être charismatique. Il gagne beaucoup d’argent avec ses différentes affaires licites, qu’il dirige d’une main de fer. La seule unité de police qui le surveille actuellement est celle qui s’occupe des infractions financières. Elle le considère comme un hors-la-loi disposant de ressources financières considérables, qui sait s’y prendre pour acheter et poser des associés et des bombes sur le terrain. « Beni Shlomo est très intelligent », affirme une source qui le connaît bien. « Il n’a peut-être pas beaucoup de diplômes, mais il est extrêmement sensé et ne s’excite pas outre mesure pour les petites choses. C’était un très bon ami de Domrani et, quand on m’a dit qu’ils ne s’adressaient plus la parole, tous les deux, je n’en ai pas cru mes oreilles ! Je me suis demandé comment c’était possible… »


Son frère aîné, Shalom Shlomo, possède un magasin de meubles dans le centre commercial Bilou. Lui aussi est un homme d’affaires avisé et intelligent, mais il s’énerve vite et peut devenir violent. Les deux frères se complètent bien. Au cours des 3 dernières années, Shalom a été arrêté un certain nombre de fois par l’Unité centrale pour quelques tentatives d’assassinat et comme suspect dans l’affaire du meurtre de Gal Noam. Mais à chaque fois les informations de la police se sont révélées insuffisantes pour le faire inculper. L’Unité centrale ne baisse pas les bras et cherche activement à prouver son implication dans le meurtre Noam. Il y a 3 mois, la police a perquisitionné chez chacun des deux frères au moshav de Heletz. Sans pour autant mettre la main sur les armes qu’elle pensait y trouver.


D’autres personnages impliqués


Si la police ignore l’origine exacte de la dispute entre Domrani et Beni Shlomo, le tableau général qu’elle est parvenue à dresser du conflit, basé sur des transactions commerciales, l’a amenée à établir un lien entre Domrani et les frères Lavie d’un côté, et la série d’agressions contre de proches associés de Domrani de l’autre. Elle soupçonne ces derniers d’avoir joué un rôle dans les appels d’offres effectués dans l’industrie d’ensevelissement des déchets, qui ont rapporté de très grosses sommes d’argent à leur organisation.


Elle suspecte en outre Shlomo et son organisation d’avoir été activement impliqués dans cette industrie. Au cours des deux dernières années, alors que Domrani était très souvent au Maroc, la discipline de son gang s’est relâchée et Shlomo en a profité pour s’introduire dans la brèche.


Telles sont les conclusions auxquelles étaient arrivés les enquêteurs quand, le 6 octobre dernier, une grenade est lancée contre la maison d’Ofer Mahlouf, dans le moshav de Beit Shikma.


Mahlouf et son frère sont des promoteurs du secteur de l’ensevelissement des déchets qui n’ont que très peu de liens avec la pègre. Après l’incident de la grenade, ils ont affirmé à la police n’avoir aucun ennemi. Pourtant, de nombreux indices désignent Moshé Lougasi, criminel bien connu d’Ashkelon, très proche de Domrani.


La police centrale de Lachish s’est donc demandée si les Mahlouf ne travaillaient pas pour Beni Shlomo, ou s’ils n’avaient pas remporté des appels d’offres grâce à leurs liens avec ce dernier. Une hypothèse fermement réfutée par Ofer Mahlouf : « Celui qui a fait ça est soit un flic, soit un travesti », a-t-il déclaré en réaction aux questions du Jerusalem Post. « C’est tout ce que j’ai à dire ! Avec Beni Shlomo, nous étions copains à l’école, c’est tout. Est-ce que cela vous aide ? Si nous pouvions savoir qui a fait ça, ce serait super. Mais il n’y a aucun rapport entre cet incident et Beni Shlomo, sachez-le ! »


L’autre hypothèse qui vient en tête et celles des frères Oded et Sharon Perinian, anciens chefs de gang du milieu dans la région de Lachish sous la protection de flics ripous du district Sud.


Selon la police, les frères Perinian auraient quitté le jeu depuis leur sortie de prison. Ils auraient coupé les ponts avec la pègre et se limiteraient à gérer leurs entreprises légales, dont un restaurant très prisé et une salle de réception. Leur frère, Yigal Perinian, vit dans une immense villa qui surplombe la mer sur le port de plaisance d’Ashkelon.


Une autre source indique que, depuis que l’un des frères Perinian a épousé une femme de la famille Meguidish, de Kiryat Gat, les Perinian ont indiqué aux deux familles (les Domrani et les Meguidish) qu’ils se garderaient de choisir un camp. Il s’agit là de la version officielle. Elle est vraie, mais incomplète. Les frères Perinian ont ainsi construit un gigantesque complexe de bungalows de vacances, qu’ils louent aussi pour des événements, au moshav Hodaya. Ce magnifique club bien entretenu comprend aussi cinq maisons décorées avec goût : la végétation est luxuriante, avec des pins et des palmiers et, bien sûr, une piscine. Protégé par un haut mur de briques, c’est le genre de village de vacances qui serait à sa place dans des localités très chics tels Savyon ou Césarée.


Seul problème : les frères Perinian n’ont jamais obtenu ni licence d’exploitation ni permis de construire pour ce complexe. La police de Lachish a toutes les peines du monde à les empêcher d’en profiter…


« Une vie de chiens »


Quant au moshav de Sde Ouziyahou, c’est là qu’a débuté l’escroquerie des fausses factures gérée par Domrani. Un parent de ce dernier, nommé Nissim Glam, a créé un vaste empire qui lui rapporte des dizaines de millions de shekels en profitant de son activité de ferrailleur pour produire de fausses factures.


« Ce moshav est devenu le paradis des ferrailleurs venus de tout le pays », explique un officier de police. « Toutes sortes de personnages très louches y gravitent, sans pour autant que des armes et des assassinats ne soient impliqués ».


Nissim Glam a écopé de 10 ans de prison et l’Etat cherche encore le moyen de lui confisquer les propriétés qu’il possède dans le moshav. Un certain nombre d’individus, à travers l’ensemble du pays, ont copié son modèle d’entreprise pour produire eux aussi de fausses factures et, selon les autorités fiscales et le tribunal de district de Beersheva, celles qui ont circulé depuis dans le pays représenteraient plus d’un milliard de shekels.


D’ailleurs, l’Autorité fiscale du district de Tel-Aviv a failli mettre la main au collet de Domrani lorsqu’elle a quasiment convaincu un témoin de l’Etat de citer son nom devant le tribunal. L’homme s’y était engagé par écrit, mais s’est échappé au dernier moment, s’évanouissant dans le monde de la pègre.


Quant à la guerre que se livrent Domrani et Shlomo, la police a déclaré le mois dernier, suite aux derniers règlements de comptes, qu’elle n’avait pas l’intention de laisser les deux mafieux s’en tirer à bon compte. « De toute façon, tous deux sont cloîtrés chez eux sans oser sortir », a fait remarquer un officier de police qui participe à leur traque. « Est-ce que c’est une vie, ça ? Ils vivent comme des chiens ! »








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