Interview du Rav Laurent Berros, candidat au Grand Rabbinat de France

By BERNARD MUSICANT
June 17, 2014 12:55

Qu’attendez-vous du GRF ? Quels sont vos espoirs et vos craintes pour cette fonction ?
Un GRF n’est, selon moi, pas un homme qui est dans l’attente, mais plutôt un rabbin, qui dessine un espoir, une vision d’espoir. L’espoir d’une communauté unie par une Histoire, une action forte et une croyance hors du commun. Quant aux craintes, si on en a il faut refuser le poste, car nous sommes justement là pour rassurer.


Le GRF est-il le rabbin des Juifs orthodoxes ou doit-il aussi représenter les Haredim, les Loubavitch, les Massortis et les Libéraux ?
Le GRF est en premier lieu le garant de la Loi, mais il n’en reste pas moins le rabbin de tous les Français, juifs et non juifs. C’était la volonté de Napoléon lors de la création du Consistoire. Personne ne sera mis sur la touche.

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Quel est le réel pouvoir du GRF ?
Le  GRF ne doit pas être un homme de pouvoir, mais un homme d’action. Ses  actes et ses
écrits doivent témoigner qu’il est une haute autorité morale. Car son seul pouvoir est d’être un exemple, un porte étendard. L’Eternel a le Pouvoir, je ne suis que le serviteur de sa volonté.

Envisagez-vous  de créer un Beth-Din de France ?
Non, car cela serait contraire à l’indépendance de chaque Consistoire régional. En revanche, il faut mettre en place une certification, un label de qualité identique sur tout le territoire, afin de mutualiser les moyens et d’éviter toute contestation. L’augmentation de la qualité et la baisse des prix de vente des produits permettront une plus large offre de produits à l’image du OU aux Etats-Unis.

Ou une Kasherout BDF comme l’avait tenté le Rav Sitruk ?
Il existe déjà le BDK. Il faut le faire évoluer. Ne nous cherchons pas de fausses excuses, la communauté a maintenant besoin d’actes concrets. Je pense qu’un audit indépendant serait déjà un grand pas pour répondre à l’anarchie qui règne actuellement. Seuls quelques opérateurs sont les gagnants de cette gabegie. Les consistoires et les consommateurs n’y trouvent nullement leurs comptes. Mon approche est toujours de sortir par le haut de toutes les difficultés et non par des arrangements à l’emporte-pièce !

Comment envisagez-vous le partage des rôles et fonctions entre le Président du Consistoire de France et le GRF ?
Il y a largement de quoi faire pour deux, comme pour quatre d’ailleurs. Nous devons former un binôme harmonieux. Il en sera de même avec le corps rabbinique. Un de mes engagements est de déléguer certaines compétences à des grands rabbins, afin de mettre en place une organisation rabbinique plus solidaire, plus technique et plus professionnelle. L’objectif est d’anticiper les événements pour ne plus les subir et de mutualiser toutes les intelligences.

Quel sera l’impact de la fusion entre le Consistoire de France et le Consistoire de Paris ?
Je suis un homme pragmatique. À ce jour on en parle beaucoup, mais aucune proposition définitive n’est apparue. J’attends donc de savoir avant de juger. Je suis en effet un rabbin bâtisseur, mais je ne suis pas réalisateur de films. Toutefois, je vois à travers ce projet des synergies très intéressantes notamment dans le domaine éducatif.

Quelle sera votre action sur le douloureux sort des Agounot qui vient de ressurgir crument à la lumière ? Pressions psychologiques, financières, agrément prénuptial, modification des lois, ... ?
Crûment dites-vous … Nous ne sommes bien sûr pas exempts d’erreurs. Beaucoup reste à faire, mais ce sont avant tout des drames humains. Ceux qui fréquentent des juges aux affaires familiales et des avocats spécialisés dans les divorces savent de quoi je parle. Les pressions viennent généralement d’hommes qui sont la honte de notre communauté. Ne pas donner à sa femme son guet est un pur scandale. Là encore des solutions existent. Après une concertation avec des référents incontestables de tous bords, nous mettrons en œuvre immédiatement ces solutions. N’oublions jamais que nous parlons de drames humains, qui ont des conséquences directes et indirectes sur des familles entières. Nous devons être dans le concret et moins dans les belles paroles, en ayant un minimum de décence et de respect pour ces familles.

Que proposez-vous pour mobilier la jeunesse juive de France ?
Je m’engage à créer les JNJJ (Journées Nationales de la Jeunesse Juive) une fois par an dans une ville de France. Ces journées deviendront le plus grand lieu européen de rencontres et d’échanges.

Je m’engage également à créer une aumônerie des facultés pour être au plus proche de ceux qui décident des dates d’examens et pour accompagner nos étudiants dans leurs difficultés. De plus je m’engage à redonner ses lettres de noblesse au séminaire israélite en passant des accords d’équivalences au niveau international, qui permettront de valoriser les diplômes de rabbins. Le but sera de susciter de nouvelles vocations.

L’Alyah connait un essor de 400 % d’une année sur l’autre. Quel est votre avis sur ce sujet ? Et que diriez-vous à un candidat à l’alyah ?
Ce résultat est effrayant, car il est principalement le résultat d’une peur et non d’une volonté, toute naturelle. Effrayant, car le virus de la peur nous a été injecté, suite à de nombreuses dérives. L’heure est grave, même très grave. Notre union et notre mobilisation doivent être sans faille. Nous devons tout faire pour permettre à nos coreligionnaires de vivre pleinement leur judaïsme dans la cité. Je lui dirais Mazel Tov bien sûr car je suis favorable à une alyah choisie et non à une alyah subie !

Comment comptez-vous utiliser Internet et les réseaux sociaux ? Il y a peu ou pas de cours ou réponses du Consistoire en ligne alors que d’autres sites sont très présents sur le Web.
Je m’engage à créer le premier réseau social interactif consistorial, ainsi plus aucun de nous ne se retrouvera isolé et sans réponse. En revanche, je ne vois pas les autres sites comme des concurrents mais comme des auxiliaires de transmission. Là encore, les résultats sont le plus important. La tâche est tellement énorme. La communauté a donc besoin de toutes les bonnes volontés.

Comptez-vous élargir la liste des produits cashers disponibles sur le marché agro-alimentaire à l’image du OU américain qui permet aux Juifs de s’approvisionner en grande surface à des prix souvent plus abordables qu’en magasin casher ? Oui cela semble même être une nécessité, car la colère des consommateurs est compréhensible, surtout en période de crise économique.


La circoncision a été remise en cause récemment. Comment agir pour conserver aux Juifs de France le droit de la pratiquer librement ?
Notre pratique religieuse est une nouvelle fois mise à mal. Mais je ne doute pas un instant de l’impossibilité de cette remise en cause en France, car cela serait une ligne rouge pour tous les Juifs et démocrates de ce pays. Néanmoins il faut anticiper les problèmes en demandant au Ministère de la Santé une accréditation pour chaque Mohel d’exercer en tout lieu, en échange d’une formation sur les règles d’hygiènes par exemple.

Nous sommes dans une ère de normalisation, de labels. Nous devons agir au niveau européen par la nomination d’un rabbin, qui sera notre agent au sein du Parlement européen.



De même, l’abattage rituel est un sujet remis régulièrement sur la table. Comment comptez-vous convaincre les dirigeants européens et français de conserver cette possibilité aux Juifs de France ?
Il ne faut pas rêver ce combat resurgira, encore et encore, car il est dans l’air du temps des sociétés dites « modernes ». Le bien-être de l’animal préoccupe en effet plus que la mort de son voisin ou que le malheur de son prochain, l’actualité nous le démontre continuellement. Il faut donc s’unir au niveau européen par une présence constante au Parlement, accompagné d’autorités scientifiques incontestables. Il s’agit de faire accepter qu’une communauté s’épanouisse là où on lui permet de concilier sa tradition avec le respect des lois.



Enfin, quels sont les vœux que vous formulez pour votre mission si vous êtes élus le 22 Juin ?

Le Chalom, car une vie aussi belle soit-elle n’est pas une belle vie si l’on n’est pas en paix avec soi- même et avec son prochain.


Et que souhaitez-vous à la communauté juive de France ?
Un souffle nouveau, afin que notre magnifique navire communautaire nous emporte vers un avenir de lait et de miel. 

 


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