Israël, de tradition socialiste ?

Réflexions sur les penchants économiques d’un jeune Etat que tout prédestinait au libre marché.

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December 25, 2012 13:35
Declaration of Independence

Ben Gurion declaring independence 311. (photo credit: GPO)

 
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Depuis la parution du premier numéro du Palestine Post, il y a 80 ans, l’Etat juif a connu un véritable miracle économique qui l’a transformé du tout au tout.

D’une société quasi-socialiste à l’économie centralisée et dotée d’un syndicat ouvrier tout-puissant, la Histadrout, propriétaire d’entreprises nationalisées (Solel Boneh), de banques (Hapoalim) et d’une caisse d’assurance maladie (Koupat Holim Clalit), Israël est devenu le royaume de la création d’entreprises, de l’innovation et de l’esprit capitaliste.

Bénéficiant d’un système d’économie de marché, des milliers de start-ups ont été créées. Aujourd’hui, le nombre d’entreprises israéliennes cotées à la Bourse de New York est supérieur à celui de n’importe quel autre pays, Etats-Unis, Canada et Chine mis à part. Et tout cela pour une population de moins de huit millions d’habitants. En matière de créativité, affirme le PDG de Google, Eric Schmidt, les Etats- Unis sont numéro 1 mondial, et Israël arrive juste après.

Alors comment Israël a-t-il pu opérer sans heurts une telle transition, dans un laps de temps aussi court ? La première réponse qui vient à l’esprit est que les Juifs dans leur ensemble (y compris ceux qui ont afflué en Israël par choix ou en tant que réfugiés) ont de fortes affinités avec le capitalisme et l’entreprise privée, et ce pour une multitude de raisons.

Même avant l’ère moderne, dans les pays de diaspora où l’on donnait aux Juifs la possibilité de s’épanouir économiquement sur un mode d’égalité avec les non-Juifs, ils excellaient déjà.

Avec l’avènement du nationalisme moderne, qui distinguait pour la première fois l’identité nationale de l’identité religieuse, ils ont eu l’opportunité de travailler sur des marchés de libre-concurrence en plein essor. Opportunité qu’ils ont exploitée au-delà de toute attente. Leur haut niveau d’instruction les privilégiait dans des domaines où les connaissances acquises étaient nécessaires.

Dans les pays où l’on continuait à associer l’identité nationale à l’affiliation religieuse, comme la Russie, les Juifs ont adopté le socialisme, non en raison d’une disposition particulière en faveur de l’idéal socialiste, mais pour accéder à l’égalité. Dès lors, ce lien très fort entre Juifs russes et pensée socialiste a eu une influence non négligeable sur le système économique israélien. Cependant, on a souvent exagéré l’attachement de la société israélienne à l’idéal socialiste.

Le sionisme : une révolution sociale


Comme l’explique l’historien américain Jerry Z. Muller dans son essai intitulé Capitalism and the Jews, « si l’Etat a été idéologiquement estampillé sioniste-socialiste avant sa création et dans ses débuts, la réalité était en fait plus complexe… et plus capitaliste. » Dans leur ensemble, les Juifs de diaspora – y compris les réfugiés venus en Israël – ont apporté avec eux une forte inclination pour le capitalisme. En Europe centrale et occidentale, partout où l’économie était libre, ils avaient su bien réussir. Et les grands idéologues du sionisme socialiste ont eu beau travailler à la décourager et à la réprimer, cette mentalité capitaliste est restée très ancrée dans la société israélienne.

Voilà qui aide à comprendre la remarquable transformation qui s’est opérée dans l’économie du pays, notamment ces trente dernières années. Une économie qui est passée de quasi-socialiste et centralisée à une dynamique économie de marché fondée sur la libre entreprise. Le sionisme travailliste, qui dominait la politique israélienne avant la création de l’Etat et durant ses premières décennies, rejetait ouvertement la liberté d’entreprise et la libre-concurrence, pierres angulaires du capitalisme.

A.D. Gordon, idéologue sioniste russe du parti travailliste, a été grandement influencé par le romantisme de la paysannerie chère à Léon Tolstoï. Il prisait le travail manuel, surtout agricole, capable de lier un peuple à son sol et à sa culture nationale. Pour Gordon, le capitalisme était un gaspillage de temps, un système improductif et parasite à la source de toute la souffrance juive en diaspora.

Le marxiste Ber Borochov, autre idéologue sioniste travailliste, préconisait pour sa part, la création d’une classe ouvrière juive pour dynamiser l’économie de l’Etat.

Dans le débat sur les meilleures stratégies pour construire le foyer juif, le socialisme semblait ainsi l’emporter sur le capitalisme. L’idée que le sionisme était une révolution sociale, menée par les paysans des kibboutzim et des mochavim, et que l’Etat devait être directement impliqué dans la construction, l’agriculture et l’industrie, a été adoptée tant par Haïm Weizmann que David Ben Gourion.

« Laissez-nous vivre dans ce pays ! » 


Pourtant, la libre-entreprise n’a pas été totalement étrangère à la construction du Yishouv, puis de l’Etat d’Israël, loin de là. Le capital privé juif – surtout venu de l’étranger – a constitué 87 % des investissements dans la Palestine juive de 1932 à 1937. Le soutien économique des Juifs de diaspora, qui faisaient don de sommes gagnées par des entreprises capitalistes, a été crucial dans la croissance économique du pays à ses débuts.

Bien qu’ostensiblement socialiste, le pragmatique Ben Gourion a pris soin de ne pas inclure dans sa coalition gouvernementale le parti marxiste Mapam, afin, entre autres, de ne pas effrayer les investisseurs privés. Il ne le fera qu’après 1955, date à laquelle le Mapam prendra ses distances avec l’Union soviétique à la suite des procès de Prague.

C’est Pinhas Sapir, apparatchik du Mapaï qui, avec Levi Eshkol, leader du parti travailliste sioniste et troisième Premier ministre du jeune Etat, a géré la mise en place de l’économie d’Israël au cours des trente premières années.

Il connaissait l’importance de l’entreprise privée pour la croissance économique.

Sapir voyait dans la puissance croissante de la Histadrout une menace pour l’esprit d’entreprise. Ce qui l’a poussé à bloquer un projet de Solel Boneh, bras industriel de la Histadrout, qui voulait construire une usine d’acier Steelworks à St-Jean d’Acre, afin d’étendre son pouvoir.

C’est aussi à Sapir que l’on doit le recrutement d’entrepreneurs locaux et d’investisseurs étrangers pour favoriser le développement de l’industrie textile. Sapir a également contribué à attirer en Israël des investissements privés de Juifs de diaspora. Malgré les nombreuses malversations et le népotisme qui régnaient à cette époque, c’est sous sa houlette qu’est ainsi née la première génération de millionnaires israéliens.

Deux des toutes premières vagues d’immigration ont amené des milliers de créateurs d’entreprises et du personnel qualifié dans le Yishouv : les Juifs polonais fuyant l’antisémitisme au début des années 1920, puis les Juifs allemands qui voulaient échapper aux nazis au cours de la décennie suivante. La plupart arrivaient avec les capitaux et les compétences nécessaires pour créer de petits ateliers dans les villes. Les sentiments capitalistes et le rejet du socialisme que prônait le Mapaï ont catapulté le parti Général sioniste – précurseur du Likoud, qui entendait favoriser la création d’entreprises et l’économie de marché – de 7 à 20 sièges à la Knesset aux élections de 1951, avec le slogan : « Laissez-nous vivre dans ce pays ! » Même avant d’être rejoint par le parti des Communautés sépharades et orientales et l’Association yéménite, le parti Général sioniste arrivait en seconde position, derrière le Mapaï de Ben Gourion. Le Hérout – grand parti de droite décidé à ébranler l’hégémonie du Mapaï – rejetait la vision romantique qu’avait ce dernier de la classe ouvrière, soulignait l’importance de l’esprit d’entreprise juif et affirmait que l’avenir appartenait à la bourgeoisie, et non au prolétariat. Telle était la position de Vladimir Jabotinsky, fondateur du mouvement Sioniste révisionniste.

L’ère socialiste ? Un accident de parcours


Quand en 1977, le Likoud – descendant du Hérout et du parti Général sioniste – met un terme à 29 années de domination travailliste, le nouveau Premier ministre Menahem Begin ne s’engage pas directement sur la voie de la libre-entreprise.

Il faut dire qu’il a hérité d’une économie profondément en crise.

Il est cependant devenu clair que l’économie d’Etat quasisocialiste ne fonctionne plus. L’ère des grands projets nationaux est achevée. Les entreprises nationalisées ou appartenant à la Histadrout qui dominent la scène économique battent de l’aile.

Dans le sillage du Programme de stabilisation économique de 1985, qui renforce la discipline fiscale, dévalue la monnaie et suspend les allocations, l’hyper-inflation commence à décroître. Le gouvernement entreprend de vendre une à une les entreprises nationalisées, de déréguler les marchés et de réduire les dépenses de l’Etat.

Autant de mesures qui marquent la fin de l’ère socialiste dans l’économie israélienne et vont susciter une rapide expansion économique. Un nouvel environnement, plus libéral, laisse la bride sur le cou à des entrepreneurs qui n’attendaient que cela pour créer et innover.

Un développement surtout manifeste dans le domaine de la haute-technologie. La population active du pays comporte une forte proportion de scientifiques et d’ingénieurs : 140 scientifiques et techniciens et 135 ingénieurs pour 10 000 personnes, soit le plus haut pourcentage dans le monde. Israël abrite en outre bon nombre de créateurs d’entreprises et d’investisseurs potentiels capables de transformer des idées originales en produits commerciaux.

Dès lors, les kibboutzim qui, pendant des décennies, ont fonctionné selon une idéologie purement socialiste, engagent une transition vers un marché capitaliste ouvert à la concurrence. Le mythique kibboutz Deganya, où vivaient les Gordon, commence à accueillir des entreprises comme Toolgal, producteur de lames diamantées pour couper le béton et le métal.

Si elle est physiquement implantée sur les terres du kibboutz, Toolgal est alors gérée selon les plus strictes règles du capitalisme. Des employés qualifiés venus de l’extérieur y travaillent, les décisions commerciales sont prises selon les critères de pertes et profits, et l’entreprise entre en concurrence sur le marché international.

Entrepreneur par excellence, Elie Hourvitz, PDG de Teva, a grandi dans une famille travailliste et a été membre du kibboutz Tel Katzir avant de se lancer dans le monde du commerce.

Si les Juifs d’Israël n’avaient pas eu le sens des affaires, la privatisation de l’industrie, le relâchement de la mainmise gouvernementale sur le marché des capitaux et les autres réformes n’auraient pas suffi à faire d’Israël ce laboratoire d’innovation économique qu’il est aujourd’hui.

Le socialisme a certes été l’idéologie dominante durant les premières décennies du jeune Etat d’Israël, mais les Juifs qui vivaient là avaient toujours eu une prédisposition pour le commerce et le capitalisme. Avant d’acquérir leur indépendance nationale, ils excellaient déjà dans leurs domaines, partout dans le monde. Aujourd’hui, les industries israéliennes – et en particulier la haute-technologie – n’ont pas à rougir sur le marché international. Avec le recul, on peut dire que l’ère socialiste, qui n’a d’ailleurs pas duré longtemps, n’aura été qu’un incident de parcours très peu représentatif. 

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