Israël : une ère de promesses

Jusqu’à aujourd’hui, le commerce extérieur israélien était dominé par l’Europe et les Etats-Unis. Mais en 2014, les exportations de l’Etat juif vers l’Asie, avec un peu plus du quart du volume global, dépasseront pour la première fois celles vers les Etats-Unis

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May 21, 2014 13:31
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L'autoroute Ayalon a Tel-Aviv. (photo credit: REUTERS)

 
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 Ils ont beaucoup ri la semaine dernière en Turquie, lorsque la Syrie a annoncé la mise en place d’un bureau dévolu à boycotter l’économie de son voisin turc. Nonobstant les allégations syriennes, qui prétendent que les entreprises turques ont saboté leur économie et contribué à piller Alep, ce qui est effectivement risible, c’est qu’un pays en plein chaos menace un géant économique ; le rugissement d’une souris face à un lion. Mais des années plus tôt, les menaces syriennes ne prêtaient pas à rire. Au milieu du siècle dernier, l’agressivité qui émanait de Damas à l’encontre du tout jeune Etat juif nouvellement créé était prégnante, jetant un nuage sombre sur les premiers pas balbutiants de la jeune économie israélienne embryonnaire.
 Depuis, Israël a mûri apprenant à survivre pour finalement rejoindre la cour des grands de l’économie mondiale en dépit de l’hostilité de ses voisins turbulents. Aujourd’hui, à 66 ans, l’Etat hébreu a de beaux jours devant lui, et ce, alors que c’est toute l’économie mondiale qui est en pleine mutation.

Des défis en série


 Mais revenons aux années qui ont suivi la création de l’Etat. Les menaces de boycott arabe ont d’abord été efficaces. Par exemple, le constructeur automobile français Renault, qui assemblait ses voitures en Israël, y a renoncé au milieu des années cinquante et quitté le pays ; Ford a annulé un plan de fabrication de voitures en Terre promise ; et tous les constructeurs automobiles japonais sauf Subaru ont évité Israël jusqu’aux années 1980. Et la liste d’entreprises soumises au diktat de boycott n’a cessé de s’allonger encore bien des années après.
 Pourtant, plus redoutable encore que le bannissement du pays, était le fardeau de la guerre qui pesait sur la jeune économie. Faute de paix avec ses voisins, le nouvel Etat était condamné à consacrer la majeure partie de ses maigres revenus à sa défense.
 Les dépenses par habitant du ministère de la Défense israélien ont été – et restent – plus de trois fois plus élevées que dans la plupart des autres économies de la planète. Ce qui signifie que les budgets de développement ont été plus faibles que dans les autres économies et pire encore, la main-d’œuvre, qui aurait pu être disponible pour l’industrie et le commerce, était dévouée à la sécurité, ce qui coûte donc de l’argent au lieu d’en produire.
 De plus, du fait que ses voisins immédiats refusaient de commercer avec lui, tout ce qui était produit en Israël devait être vendu sur des marchés lointains, dopant ainsi les coûts d’expédition. Pire encore, Israël était non seulement un petit Etat, mais aussi dramatiquement dépourvu de ressources naturelles ; ni pétrole, gaz, ou charbon, aucun minerai, zinc, fer, or, argent ou platine, pas de bois non plus, sans mentionner la pénurie d’eau.
 En outre, Israël avait à absorber dans ses premières années plus d’immigrants que ne comptait l’ensemble de sa population d’anciens combattants ; immigrants, souvent survivants de la Shoah ou expulsés des terres musulmanes, désargentés et dans de nombreux cas sous-scolarisés.
Enfin, l’économie israélienne, en grande partie construite par les socialistes, se méfiait de la libre entreprise privée préférant s’en remettre à des bureaucraties étatiques – qui nationalisaient même les réseaux de communications et l’immobilier. Fervents pourfendeurs de l’interventionnisme sur les marchés, ils subventionnaient de nombreux produits de base, imposaient droits de douane et impôts élevés, qui pesaient sur le coût de la vie.

Du socialisme au capitalisme


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 Il appartiendra aux historiens de débattre des succès et des échecs de cette époque, ainsi que du calendrier et des raisons qui auront initié sa révolution capitaliste. Ils seront tous d’accord cependant pour dire que le point d’inflexion entre les débuts socialistes de l’économie israélienne et le capitalisme a eu lieu en 1985, avec un plan de stabilisation venu à bout d’une inflation endémique (galopante), la réduction des dépenses de la Défense, l’abolition des subventions et la privatisation de la Banque d’Israël assortie d’une mise à l’écart des syndicats.
 Cela s’est suivi en 2003 d’une vague de réformes profondes des prestations de retraites et des marchés financiers, privatisations vigoureuses, allégements fiscaux et réductions des dépenses publiques.
 Et c’est ainsi que l’économie israélienne est arrivée à maturité. Le shekel qui était une des monnaies les plus faibles au monde est aujourd’hui une des plus fortes, tandis que la croissance du PIB par habitant, les investissements étrangers et les réserves en devises étrangères sont parmi les plus élevés de la planète, le chômage, la dette publique et le taux d’inflation sont parmi les plus faibles au monde. Maintenant que l’économie mondiale entre dans une nouvelle ère, l’économie israélienne, si elle agit avec prudence et sagesse, peut profiter des enseignements de sa jeunesse socialiste et de sa maturité capitaliste, pour entrer de plain-pied dans une nouvelle ère, celle de la mondialisation.
Les contextes mondial, régional et local jouent désormais en faveur de l’économie israélienne. La tendance globale est à l’aube d’une ère post-occidentale. Jusqu’à encore tout récemment, le monde dans lequel l’économie israélienne évoluait était mené par l’Europe et les Etats-Unis. A eux deux, ils représentaient l’axe occidental qui a engendré plus de richesses que le reste du monde. Au cours des quatre premières décennies de l’existence d’Israël, l’intérêt que représentaient les économies non occidentales était tout à fait négligeable, et les échanges avec le bloc de l’Est, la Chine et l’Inde, quasiment inexistants. Même après la chute du communisme, les pays nouvellement libérés tournaient en orbite autour de l’Occident.

Le déclin du monde chrétien ?


 Or, tout cela est en train de changer. Les échanges économiques avec la Chine devraient cette année concurrencer en nombre ceux des Etats-Unis, et l’économie de l’Inde devrait battre au poteau celle du Japon en déclin, si l’on en croit le Programme de comparaison internationale réalisé par la Banque mondiale.
 Bien que ces données ne soient pas calculées sur la production, mais sur le pouvoir d’achat, qui influe sur le coût de la vie, à l’évidence, l’Occident n’est plus seul à donner le la. Une ère touche à sa fin, celle de 142 années où l’Amérique était irréfutablement le leader économique mondial.
 Cela sonne le déclin du monde chrétien comme locomotive économique mondiale, un statut dont il jouissait depuis la révolution industrielle. La perte de prééminence économique de l’Amérique est très relative et mettra longtemps à venir à maturation, un peu comme celle de la Grande-Bretagne entre 1872 et 1945. En outre, la place de l’Oncle Sam sur les marchés israéliens, sa psyché et son cœur continueront d’être dominants. De même que l’Europe continuera d’être le principal partenaire commercial d’Israël. Pourtant, la topographie des échanges commerciaux israéliens est en pleine mutation et déjà en train de se transformer radicalement.
 D’une part, après la fin de la guerre froide, la Russie et l’Azerbaïdjan sont devenus les principaux fournisseurs de pétrole de l’Etat hébreu. Mais encore plus significativement, en 2014, les ventes israéliennes à destination de l’Asie, se sont montées à un peu plus d’un quart du total de ses exportations, dans une volonté pour la première fois de dépasser le volume des exportations vers les Etats-Unis. Quant à celles à destination de l’Europe qui représentent à peu près 40 %, elles sont également en constante diminution, au fur et à mesure que celles vers l’Asie augmentent.

Israël inspire


 Bien que le commerce vers la Chine soit dominé par Intel et Israel Chemicals, et celui avec l’Inde par des accords de défense, l’Etat juif est de plus en plus considéré en Asie comme offrant quelque chose qui transcende la marchandise ordinaire : il inspire. De 2003 à 2013, les entrepreneurs israéliens ont créé et vendu 772 start-up pour un montant total de 42 milliards de dollars. Puis dans les 12 mois venus à terme en janvier dernier, 45 start-up israéliennes ont été vendues pour un total 6,4 milliards de dollars, en plus des 1,2 milliard de dollars levés par les offres publiques l’an dernier, et qui s’élèvent à  673 millions de dollars rien que pour le premier trimestre de cette année.
 Ces start-up, celles qui ont porté sur le marché le logiciel de navigation Waze et de cyber-protection Trusteer en passant par le service d’accélérateur Intucell pour la téléphonie, ainsi que PrimeSense, le développeur de console de jeux, qui ont été achetées par des géants industriels tels que Google, IBM, Cisco et Apple, incarnent l’auto-émancipation dont la Chine a besoin pour son économie qui se prépare à passer à la vitesse supérieure. Les Chinois sont conscients et donc attirés par la culture entrepreneuriale israélienne.
 En Inde, par ailleurs, Israël contribue à insuffler un esprit pionnier à l’immense secteur agricole de ce sous-continent, avec des experts israéliens dispersés dans les 30 centres de développement agricole des 10 Etats indiens introduisant de nouvelles techniques d’irrigation et de fertilisation.
Dans le même temps, les Israéliens aident les agriculteurs d’Asie centrale et d’Amérique latine à diversifier leur agriculture tout en multipliant le rendement de production par hectare, et à doubler leur production de lait. Cet entrepreneuriat à destination des puissances émergentes en pleine mondialisation post-américaine va de plus en plus dominer l’économie israélienne. Compte tenu du refus de ces pays de mélanger les affaires et la politique, conjugué à leur proximité géographique, leurs besoins spécifiques et les capacités d’Israël à pouvoir y répondre, cette nouvelle ère qui s’ouvre devant nous s’annonce très prometteuse pour Israël.

Le Moyen-Orient à la traîne

 Dans sa région, hélas, Israël ne voit aucune transition de ce type se profiler à l’horizon. Les guerres civiles qui mettent le Moyen-Orient à feu et à sang au cours de ce dernier quart de siècle du Liban à l’Irak en passant par la Syrie et le Yémen, le Soudan, la Libye et l’Algérie, sans compter les conflits qui secouent l’Egypte et le Bahreïn, contribuent à installer une situation régionale catastrophique.
Espérons que cette violence donnera naissance à un esprit de tolérance, comme celui qui a émergé en Europe suite à la guerre de Trente Ans. Si et quand une telle ère verra le jour, Israël sera évidemment prêt à l’accueillir. Pour l’instant, hélas, Israël doit l’assumer continuera à faire affaire ailleurs, comme il l’a fait au cours de ses 66 premières années.
 Parallèlement, tout en investissant davantage dans le contre-terrorisme et des mesures antiguérilla, le chaos régional permet à Israël de réduire ses investissements dans les outils de guerre classiques. C’est le défi des dirigeants actuels d’Israël qui ont toujours rechigné jusqu’ici à réduire significativement les dépenses de la Défense, à l’instar des courageuse réduction de 20 % décidées en 1985 par Itzhak Rabin, et qui auront permis la révolution économique initiée cette année-là.



Le gaz, un cadeau

 Enfin, il y a les gisements de gaz nouvellement découverts qui changent la donne. La récente découverte de richesses naturelle en Israël est ironiquement survenue en Israël au moment où le pays en a le moins besoin, c’est-à-dire quatre décennies après l’embargo pétrolier et bien après qu’Israël ait commencé à prospérer. En outre, ces nouveaux flux de trésorerie soudains ont déjà détruit des économies, en imposant une monnaie trop forte, une augmentation du prix de la main-d’œuvre, et exposant les budgets nationaux à la volatilité des marchés des matières premières.
 Théoriquement, ce danger a déjà été envisagé par le gouvernement qui s’est empressé, sur les recommandations de Stanley Fischer alors gouverneur de la Banque centrale d’Israël, de créer un fonds souverain, en vue d’injecter une grande partie des revenus attendus du gaz, dans l’économie, à petites doses régulières sur le long terme, et dont une grande partie ira à l’éducation et à des dépenses sociales. Cette vision courageuse, comme la redistribution des fonds alloués à la Défense, reste à mettre en œuvre, alors qu’Israël commence à vendre son gaz qui devrait aussi pouvoir répondre à ses besoins en énergie pour au moins les deux générations à venir.
 Par ailleurs, tout en se préparant à l’ère post-américaine de l’économie mondiale, Israël, qui est aujourd’hui membre de l’OCDE, devra également remédier aux difficultés d’une partie importante de sa population qui vit en dessous du seuil de pauvreté et réduire les écarts entre les riches et les pauvres, qui sont parmi les plus importants des pays développés.
 Là encore, à en juger par ses 66 premières années, parions que l’Etat hébreu saura répondre à ces nouveaux défis qui se posent à l’économie israélienne. 


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