Jeunes, braves et valeureux : la nouvelle génération des soldats de Tsahal

Après des semaines de combats qui ont vu leurs amis blessés ou tués sous leurs yeux, personne ne peut plus taxer ces jeunes d’insouciants ou, pire, d’ignorants des vraies valeurs

By AVIRAM ZINO
September 11, 2014 14:58
Amis depuis la maternelle, les résidents de Neve Dan se réunissent pour la première fois depuis le d

Amis depuis la maternelle, les résidents de Neve Dan se réunissent pour la première fois depuis le désengagement de la bande de Gaza pour partager leurs expériences. (Porte-parole de Tsahal). (photo credit: DR)

 
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«Nous devons nous excuser auprès de cette génération, la génération Y », déclare un commandant de l’une des divisions de Tsahal engagée dans la bande de Gaza, à la fin de l’opération Bordure protectrice. « Nous avons douté d’eux, mais tous les soldats et officiers ont fait un travail formidable. Quand leurs supérieurs ont été blessés, les jeunes officiers ont pris la relève et continué à mener le combat. »

Au début de l’opération Bordure protectrice, de sérieux doutes planaient en effet quant à la capacité des soldats nés entre 1993 et 1996 à assurer la sécurité du pays comme leurs aînés l’ont fait par le passé. On les disait « enfants gâtés », on les prenait pour des « soldats de plomb », des gosses qui ont grandi dans un monde de réseaux sociaux et de téléréalité, déconnectés de tout idéal.

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Et puis la guerre est arrivée

Des amis se retrouvent à Neve Dan, un quartier chic de Tel-Aviv : ils sont l’incarnation même de la génération Facebook. Et pourtant. Durant le dernier conflit, ils ont servi dans des unités de combat d’élite, infanterie, blindés et génie. Les garçons, mais aussi les filles, en tant que combattantes ou instructrices d’unités spéciales.

Ils ne se sont pas vus pendant neuf semaines, depuis le début de l’opération Gardien de nos frères jusqu’au retrait de Gaza.
De retour du champ de bataille, ces soldats, las de la guerre, se sont retrouvés dans leur quartier pittoresque. Tard dans la nuit, ils ont parlé, se sont écoutés les uns les autres, se remontant mutuellement le moral pour tenter de digérer ce qu’ils venaient de vivre.

« En fait, jusqu’au jour où nous sommes rentrés dans Gaza, j’étais persuadé que nous n’allions pas y mettre les pieds », reconnaît le sergent Shaï du bataillon 101. « On y était sans y croire vraiment. On avançait avec les explosions en arrière-plan, stimulés par une adrénaline de folie. Dès notre deuxième passage de la frontière, toutes nos craintes ont disparu. On apprend à transformer sa peur en prudence, à en tirer parti au lieu de se laisser submerger. »

Les amis, qui se connaissent depuis la maternelle, sont restés en contact pendant l’opération via le groupe WhatsApp qu’ils ont créé « Shihvat Amir » (un nom qui fait allusion à leur tranche d’âge). Après l’annonce du cessez-le-feu unilatéral et le retrait des troupes de la bande de Gaza, le groupe a été inondé de messages : « Nous étions tous inquiets les uns pour les autres, la tension était à son comble », déclare le sergent-lieutenant Lior, officier de l’unité de défense au sol de l’armée de l’air, chez qui a lieu la réunion. « C’était très dur d’imaginer que nos amis – ils sont comme nos frères – aient pu vivre des choses aussi difficiles. Pourtant, ils parlaient aussi des moments heureux qu’ils avaient eus. J’étais fier de voir qu’ils pouvaient également trouver un côté positif à toute cette histoire. »

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Tu seras un homme, mon fils

L’opération Bordure protectrice a modifié l’image qui collait jusqu’alors à cette génération. Ces jeunes ont affronté la peur, la douleur, et ils se sont montrés à la hauteur. « En fait, avant la guerre nous étions juste des gosses de 20 ans », souligne le sergent Youval du bataillon 101 de la brigade de parachutistes. « Mais nous avons grandi d’un coup. Nous étions encore des enfants en entrant à Gaza, et nous en sommes ressortis comme des hommes. On ne peut pas décrire la force de ce qu’on a ressenti : savoir que vos concitoyens vont pouvoir dormir tranquilles, car aucun terroriste ne sortira ce soir du tunnel que vous avez découvert, cela vous donne des ailes. » Le sergent Noa, instructeur en sabotage, renchérit : « Cela a surtout remis les pendules à l’heure : les problèmes de la vie quotidienne ont soudain été réduits à leur juste proportion. Nous avons réalisé ne pas avoir d’autre choix que de grandir. »

Au début de la soirée, les amis discutent des pénibles conditions physiques pendant les combats : « 24 heures sur 24 avec le casque sur la tête et le baudrier en céramique collé au corps. On dort avec, on mange avec, on va même aux toilettes avec. Et des tonnes de sable partout sur la peau. Je déteste vraiment le sable », confie avec le sourire le sergent « Alef »de l’unité Maglan.

« Non seulement ça, mais chacun était responsable d’un groupe de soldats qui étaient là pour nous, et nous étions là pour eux à tout moment. »

Garder la tête froide

Plus tard dans la soirée, les moments difficiles finissent par resurgir. Certains soldats se lèvent et s’éloignent pour se retrouver seuls avec eux-mêmes. Un autre les rejoint et après quelques tapes dans le dos, des embrassades et des sourires, les premiers reprennent leur récit.

Quand Alef raconte l’incident de la maison piégée à Khan Yunis, au cours duquel trois combattants ont été tués, tous ont les larmes aux yeux. « Nous étions postés à un certain point depuis plusieurs jours », raconte-t-il, « quand tout à coup, une violente explosion nous a surpris. Toute la terre a tremblé. L’onde de choc m’a traversé tout le corps. La radio de contrôle ne signalait encore rien, mais je sentais que quelque chose de grave venait de se produire. En une seconde, le commandant adjoint est arrivé et nous nous sommes levés pour le suivre, sans poser de questions. Nous n’avions qu’une courte distance à parcourir, une centaine de mètres à peine, mais il fallait avancer prudemment, car nous savions que c’est dans ce genre de situation que les Arabes tentent de kidnapper des soldats. A ce moment-là, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Je ne m’étais jamais occupé de blessés. En approchant des ruines, j’ai aperçu mon ancien commandant, un vrai super héros, qui était en train de pleurer, le corps couvert de noir. J’étais sonné. Des soldats blessés gisaient par terre, mais je n’avais pas le droit de me laisser envahir par mes émotions. J’ai dit à celui que je connaissais : « Qu’est-ce qui t’arrive, mon frère ? » Il n’arrivait même pas à se rappeler le nom du gars à côté de lui, qui était son meilleur ami l’instant d’avant. Et ce n’était pas un gamin, c’était un combattant. J’ai réalisé qu’il fallait que je me secoue, que je garde la tête froide. Nous nous sommes regroupés et avons commencé à circuler parmi les blessés, pour les évacuer au plus vite. »

Des moments terribles

Alef poursuit son récit, dans un flot de douloureux souvenirs. Il est important pour lui de parler de ce qui s’est passé, de partager son expérience, et de laisser libre cours à ses émotions. « J’ai fait le tour des blessés, certains asphyxiés par l’inhalation de fumée, d’autres blessés par des fragments d’obus. J’ai reconnu l’un d’eux, un ami de mon quartier : il était dans un profond état de choc et m’a demandé de prendre soin de sa chaussure. J’étais responsable des blessés légers. Le médecin soignait les blessés graves, inconscients ou qui respiraient à peine. Puis tout est allé très vite : il y a eu une autre explosion qui a provoqué un énorme incendie. Tout à coup, à côté de moi, un soldat blessé est tombé sur le sol avec des éclats d’obus dans la jambe. J’ai à peine réussi à m’approcher. On lui a fait un garrot et on l’a emmené. Après coup, je me suis rendu compte que près de l’endroit où nous étions, un tunnel avait été creusé pour enlever des soldats. Heureusement, les terroristes ne l’ont pas utilisé parce que nous avions des forces importantes dans la zone. »

A ce moment-là, Noa, instructrice de génie au combat, se trouvait dans la salle des opérations du siège de la division, installé dans la zone de transit. « J’ai fait jouer tous mes contacts pour savoir si Alef était blessé », explique-t-elle. « J’ai appelé tous ceux que je pouvais joindre jusqu’à ce que je sache qu’il était sain et sauf. Ça a été un moment terrible. »

« J’ai de mauvaises nouvelles »

Youval à son tour, commence à raconter l’incident au cours duquel leur ami, le sergent première classe Bnaya Rubel, 20 ans, a trouvé la mort. « La brigade de Bnaya balayait la zone, quand un terroriste a surgi d’un tunnel et a ouvert le feu, à seulement quatre mètres d’eux. Au même moment, plusieurs explosions planifiées à l’avance par les terroristes se sont déclenchées, et c’est comme ça qu’il a été tué. »

Il ajoute : « Je reste persuadé, et c’est aussi ce qu’on nous a dit, que nous avons géré cet incident de la meilleure façon possible, c’est-à-dire que nous avons fait de notre mieux. »

Youval affirme avoir mis la peur de côté : « Pendant les combats, on est remonté à bloc, on a l’impression d’être les meilleurs du monde. Avant tout ça, si on m’avait demandé comment je réagirais si quelqu’un tirait sur mes amis, j’aurais répondu que je riposterais aussi sec. Mais dans cette situation précise, on nous a ordonné de cesser le feu pour éviter les tirs bilatéraux. Ça a été dur pour moi, sur le moment, de ne pas appuyer sur la gâchette, mais 20 secondes plus tard, des chars et des troupes sont arrivés en renfort et ont fait sauter le bâtiment, tuant quatre terroristes. »

Tout d’un coup, Youval se tait. Au moment d’évoquer la perte de l’un de ses plus proches amis, les mots lui manquent. « Une heure et demie après l’incident, nous nous sommes tous réunis dans une petite pièce », confie-t-il finalement. « “J’ai de mauvaises nouvelles”, a annoncé le commandant. Et c’est tout. Ensuite, je n’ai plus rien entendu. Lui était calme et nous a laissé cinq minutes pour encaisser le choc. »

« Après cela, nous savions qu’il nous fallait relever la tête et regarder vers l’avenir. Nous avons réalisé que nous devions mettre de côté la mort de Bnaya jusqu’à la fin de l’opération. Et voilà, nous y sommes. Nous avons réussi à atteindre nos objectifs, et nous sommes ici aujourd’hui, au grand bonheur de nos parents. Bien sûr, nous continuons à soutenir la famille de Bnaya, pour l’aider à faire face à sa disparition comme il aurait voulu qu’on le fasse. »

« Plusieurs fois, on s’est sentis comme dans un film », se souvient Shaï. « La bataille au cours de laquelle Bnaya a été tué se déroulait à peine à une centaine de mètres de nous. Nous avons entendu les coups de feu, puis on a annoncé que quelqu’un avait été blessé dans son peloton. J’étais inquiet pour mes amis, car Adi et Youval font partie du même peloton. C’est seulement deux jours plus tard qu’on nous a donné l’identité du soldat tué. Mon commandant m’a répété à maintes reprises : “Nous nous en occuperons après la fin de l’opération, mais pour l’instant nous avons une mission à accomplir, et nous devons continuer. Alors reste concentré.” »

De joyeuses retrouvailles

Youval appréhendait un peu la réunion de ce soir. Légèrement blessé, il boite et son genou est encore bandé. « Je pensais qu’ils allaient se moquer de moi », admet-il, « mais Lior s’est levé et est venu vers moi avec un grand sourire. C’est agréable de sentir que vos amis sont heureux de vous voir, que ça vient vraiment du fond du cœur. » Au milieu de la soirée, les parents de Lior sont arrivés. Ils adorent les amis de leur fils et se sont inquiétés pour eux tout le long de l’opération.

Shaï raconte aux autres son retour de Gaza : « J’ai fait la surprise à mes parents », raconte-t-il. « Mon frère savait que je rentrais à la maison et il est venu me chercher à la gare. Mes parents étaient surpris de me voir car je leur avais dit que je devais rester sur le terrain. C’était l’anniversaire de mon père qui fêtait ses cinquante ans et il ne pouvait pas imaginer être loin de ses enfants ce jour-là. Bien sûr, dès notre retour, nous sommes allés tous ensemble célébrer l’événement. »

Le nombre important de soldats et de réservistes présents dans le Sud pendant l’opération a provoqué des rencontres inattendues : « Une fois, alors que nous étions dans la zone de transit en train de nous détendre et de préparer notre prochaine mission, quelqu’un m’a posé la main sur l’épaule », se rappelle Shaï. « Je me suis retourné et j’ai vu mon frère, qui était lui aussi dans le Sud dans le cadre de son travail au sein du corps des Télécommunications. C’était génial. Il m’a aidé à me barbouiller de crème de camouflage avant d’entrer dans la bande de Gaza, et il a déposé mes affaires dans le bus. Son soutien m’a donné du courage. Il n’a pas voulu rentrer à la maison tant que j’étais encore sur le terrain. »

« Ayin » fait partie d’une unité spéciale et peut à peine évoquer ce qu’il a fait au cours cette opération. Mais, explique-t-il, « le simple fait de savoir que tous mes amis d’enfance prenaient part au combat m’a rendu plus fort. Quand j’étais à Gaza, même si je ne les voyais pas, la simple pensée de les savoir à seulement quelques centaines de mètres, en train de vivre les mêmes expériences que moi, m’a énormément motivé pour continuer à me battre malgré les difficultés ».

Soyez fiers de nous

Les jeunes combattants de l’opération Bordure protectrice ont non seulement prouvé que la génération d’aujourd’hui est bien différente de ce que l’on imaginait, mais ceux du front intérieur ont également montré leur capacité d’apporter leur contribution, et de donner d’eux-mêmes quand cela s’avère nécessaire. « On entend souvent dire que les jeunes aujourd’hui grandissent sans vraies valeurs, qu’ils ont tout reçu sur un plateau d’argent. Mais nous avons prouvé être capables de remplir les missions qui nous sont confiées du mieux possible », déclare le sergent Michal, instructeur dans le corps d’artillerie. « Dans les autres pays, les gens de notre âge ne vivent pas ce genre d’expériences : courir vers un abri anti-bombes, aller à trois enterrements dans la même journée ou prendre soin de ses amis. Je pense que l’on devrait être fiers de nous, que ce soient les soldats qui se sont battus à Gaza, ou ceux qui ont participé à la protection du pays à différents postes dans l’armée, et même ceux qui sont restés sur le front intérieur et ont recueilli des dons. »

L’histoire se termine néanmoins de la façon dont la génération Y a le secret : sur Facebook, avec les tags des copains qui ont assisté à la réunion, ou ceux qui ont passé un dernier shabbat à la base, et dont on attend bientôt le retour.


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