Juif ou Australien, faut-il choisir ?

L’affaire du Prisonnier X soulève des soupçons de bi-patriotisme chez les Juifs australiens.

By DAN GOLDBERG
February 26, 2013 12:40
Ben Zygier

Ben Zygier 370. (photo credit: Screen shot ABC News)

 
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Sydney, Australie. Plus les détails sont tombés sur la vie et la mort mystérieuse du Prisonnier X – identifié par une émission télévisée australienne comme étant Ben Zygier – plus le mur de silence qui entourait ses proches s’est fissuré.

Mardi 19 février, Israël a dévoilé une partie du rapport sur la mort de Zygier, confirmant qu’il s’est pendu avec un drap, dans la douche de sa cellule de la prison d’Ayalon à Ramle, le 15 décembre 2010. Le rapport, délivré par la juge Daphna Blatman Kedrai, n’a ni infirmé ni confirmé les données qui révélaient que Zygier, un israélo-australien, était un agent du Mossad. Toutefois, 20 pages sur les 28 que contenait initialement le rapport ont été censurées.

L’histoire énigmatique de Zygier a fait son irruption dans les médias du monde entier, dominant les unes israéliennes et australiennes depuis la révélation de son suicide, la semaine dernière, dans l’émission de radiodiffusion australienne « Programme des correspondants à l’étranger ».

Pour les 110 000 juifs australiens, l’affaire a soulevé des soupçons de « double patriotisme », à leur encontre. « Tout le monde ne parle que de ça ici, tout le monde ! », note un ami de Zygier qui, comme nombre des personnes interrogées sur le sujet, acceptera de s’exprimer sous couvert d’anonymat.

« Mais personne ne veut avoir affaire à la presse. La famille reste très fermée, les parents sont dévastés. L’annonce de sa mort a été un choc terrible. On nous avait dit qu’il travaillait pour le Mossad, et avait péri en pleine opération. » Les raisons de son emprisonnement restent floues. Pourquoi était-il maintenu dans une cellule hautement sécurisée, construite à l’origine pour l’incarcération du tueur d’Itzhak Rabin, Yigal Amir ? Pourquoi, de surcroît, ce père de famille de 34 ans, qui avait immigré en Israël avant de se marier avec une Israélienne, s’est donné la mort.

Endoctrinement ? 

Selon un ami, Zygier avait un compte Facebook sous le pseudo Ben Alon, le nom de plume qu’il utilisait en Israël ; le compte a aujourd’hui été supprimé. Il aurait notamment eu en sa possession des passeports sous les noms de Ben Allen et Benjamin Burrows.

Début 2010, Zygier avait nié avec véhémence être un agent du Mossad lors de conversations répétées avec un journaliste australien.

Mardi, le bureau du Premier ministre a émis un communiqué pour taire les rumeurs qui faisaient de Zygier une sorte d’agent double travaillant également pour les services de sécurité australiens. « Nous affirmons que M. Zygier n’avait aucun contact avec l’organisation des services de sécurité d’Australie », insiste le communiqué.

En Australie, le cas a lancé une interrogation générale : les Juifs sont-ils fidèles à Israël au détriment de leur propre pays ? « A quel moment la loyauté envers Israël est-elle synonyme de déloyauté envers l’Australie ? », questionne Joseph Wakim, fondateur du Conseil arabe australien, sur un site d’opinion politique en ligne. Wakim s’en prend particulièrement au programme Taglit-Birthright, qui offre des voyages gratuits en Israël pour les jeunes juifs de la diaspora, une source selon lui, d’endoctrinement des citoyens australiens vers une identité israélienne.

Zygier était lui-même diplômé du mouvement de sioniste « Hashomer Hatzaïr », avant de servir dans Tsahal.

Ben Saul, professeur de Droit international à l’université de Sydney a posté un commentaire en ligne, mercredi 20 février : « Voici venu le temps où les Juifs ne peuvent pas rester et Australiens et Israéliens. Il faut choisir son camp ».

Anthony Loewenstein, un juif résolument critique face à Israël, a accusé les juifs d’un double patriotisme via une émission radio, suggérant que les écoles juives encourageaient les enfants à servir dans l’armée israélienne.
Une voie qui pourrait les mener au Mossad.

Le président de la Fédération sioniste d’Australie, Philip Chester, qualifie de « mal informées et espiègles » ces allégations sur le programme sioniste. Ces mouvements ne sont pas des camps de recrutement pour le Mossad.

« Contrairement aux affirmations de ces commentateurs, ils ont pour mission d’éduquer la jeunesse juive, l’informer de son héritage et sur l’Israël aujourd’hui. Ils n’ont rien à voir avoir avec le recrutement dans les services secrets », explique Chester dans un communiqué.

Dans le Galus Australis, magazine juif en ligne, un citoyen à double nationalité, Yaron Gottlieb a fait part de sa « fidélité totale » vis-à-vis des deux pays. « Si nous, en tant que communauté juive, nous nous sentons mal à l’aise quand par exemple un Jordanien-australien se bat au profit du gouvernement jordanien, de la même manière on peut s’attendre à ce que notre engagement pour Israël soit source de critique », écrit-il.

Les Australiens ordinaires, « ne vont pas soupçonner chaque juif australien et s’interroger quant à leur patriotisme : quel pourcentage de juifs australiens sacrifierait son passeport à la demande du gouvernement israélien ? » Pour sa part, la famille de Zygier a tenté de tasser toute forme de discussion sur la vie personnelle et professionnelle de l’agent.

Jamais revenu

Henry Greener, un ami de la famille, qui s’est exprimé à la télévision australienne deux jours après les révélations, a confié avoir été réprimandé pour s’être exprimé en public.

Concernant la famille Zygier, il livre : « Ils étaient horrifiés que je puisse passer à l’antenne, que je puisse me passer de leur permission ».

Greener, qui tient une émission télévisée juive hebdomadaire, a des souvenirs très chaleureux à l’égard de Zygier. « Je connaissais Ben depuis toujours, c’était un enfant génial, un homme bon. Il était emprisonné, mais personne ne sait pourquoi. Je veux voir la Justice s’exprimer. Une “justice” en huis clos, ce n’est pas la vraie justice ».

Au moment de la mort de Zygier, son père, Geoffrey, était le directeur exécutif de la communauté juive de Melbourne.

Le président actuel de la communauté, John Searle, dit ne pas pouvoir s’exprimer sur l’affaire. « Je ne veux pas faire de commentaire car la famille traverse un grand bouleversement, empli d’angoisse et de chagrin », exprime Searle, « je pense qu’on devrait les laisser en paix ».

Des amis à Melbourne racontent avoir vu Zygier vivant, en 2009, pour la dernière fois.

« Il nous a déclaré qu’il partait en visite en Israël pour deux semaines, et n’est jamais revenu, laissant son appartement en état », relate un ami très proche.

Un de ses amis, issu d’un autre mouvement de jeunesse sioniste, rapporte : « Je suis absolument certain qu’il n’aurait jamais trahi Israël. C’était un sioniste fier de l’être. Seuls lui et un autre ami de la même année ont vraiment fait leur Aliya, alors qu’une dizaine parlait de le faire sans passer aux actes.

Il ne trahirait jamais son pays. » Selon lui, les amis proches de Zygier se sentent très frustrés, « parce que s’ils avaient su qu’il était en prison, ils se seraient battus pour l’en faire sortir ».

La mère de Zygier, Louise, qui s’emploie à rassembler des fonds au centre juif de l’université Monash de Melbourne, est toujours aussi bouleversée.

« Pauvre Louise, elle ne s’est pas remise de la mort de son fils. Cette histoire a ravivé la douleur », raconte son amie et de conclure : « Les membres de la famille ne parleront pas publiquement, nous avons tous décidé qu’il n’y avait pas de déclaration car aucun dénouement heureux n’est possible.
Personne ne connaît toute la vérité, et il est peu probable qu’on la connaisse un jour. » 

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