La Ville blanche se met au vert

Le respect de l’environnement semble avoir fait son chemin dans les consciences.

By ABRA COHEN
May 30, 2013 16:43
Le projet de location de vélo "Tel-O-Fun" a été un franc succès.

P16 JFR 370. (photo credit: Abra Cohen)


Tel-Aviv n’est sans doute pas la première ville à laquelle on pense quand on parle de villes vertes.

Cependant, un mouvement croissant vers le développement durable et l’utilisation de bacs de recyclage, pistes cyclables et autres panneaux solaires sont autant d’avancées notoires pour cette jeune centenaire surgie du désert, bâtie sur des dunes de sable au tournant du siècle dernier.

Connue historiquement comme la « Ville blanche » en raison de son imposante architecture Bauhaus aux murs blancs se découpant sur le bleu de la Méditerranée, Tel-Aviv s’emploie à devenir plus respectueuse de l’environnement et dispose d’un certain nombre de personnes d’influence qui se sont attelées à la tâche pour rendre la ville plus « verte ». Pour autant les efforts sont-ils payants et Tel-Aviv peut-elle être présentée comme la cité plus écolo de la région ? Les professionnels de l’environnement soulèvent diverses questions qui doivent être prises en compte quand on se préoccupe d’urbanisme vert : la planification urbaine, les transports, le recyclage, la qualité de l’air et les réserves naturelles au sein du paysage urbain (comme Central Park ou le Bois de Vincennes) – autant d’indicateurs significatifs de la bonne santé d’une ville.

Certes on peut constater de réels progrès sur le plan des initiatives prises à Tel-Aviv en matière d’écologie urbaine, mais, selon certains, la ville est à la traîne par rapport au niveau qu’elle aurait déjà dû atteindre.

Plus d’autos, mais des vélos 

En flânant le long du boulevard Rothschild, bordé d’arbres, dans le centre de Tel-Aviv, avec ses flots de verdure ombrageant la promenade et ses multiples stations de location de vélos Tel-O-Fun, on pourrait presque oublier que l’on se trouve au Moyen-Orient. Mais comme le remarque le Professeur Alon Tal de l’université Ben-Gourion du Néguev, alors qu’il y a un mouvement réel vers des pratiques plus écologiques à Tel-Aviv, le bilan de santé de la ville reste mitigé.

Il attribue cela à « un manque général d’imagination » et à un programme de développement fort peu ambitieux. Tal, qui est à la tête des Verts, se base, dans son évaluation, sur des facteurs comme la qualité de l’air et les transports.

Il cite par exemple le réseau cyclable qui, selon lui, pourrait être grandement amélioré. Si les locations de vélo Tel-O-Fun représentent un pas dans la bonne direction, il estime qu’il faudrait deux fois plus de pistes cyclables si Tel- Aviv veut s’aligner sur le modèle européen.

« Le système de transport dans son ensemble obtient une très mauvaise note », ajoute-t-il. Avec les autobus diesel polluants, le taux de pollution de l’air est très élevé par rapport aux grandes villes européennes et, un jour sur trois, la qualité de l’air est vraiment très mauvaise. Ajoutez à cela la « ligne rouge » de métro léger qui est encore loin d’être achevée et les perspectives semblent plutôt sombres.

Malgré tout, les urbanistes disent travailler d’arrachepied pour adopter de nouvelles réglementations visant à affermir la réputation de Tel-Aviv en tant que métropole verte.

Recycler, c’est gagner 

Gil Aroyo, directeur de l’assainissement à la municipalité de Tel-Aviv, rappelle qu’en 2010 Tel-Aviv était l’une des premières villes israéliennes à créer une usine de recyclage et à décider où et comment recycler les déchets dans la région. « Ce n’était pas facile », précise Gil Aroyo, car il est absolument impératif de convaincre les résidents de la nécessité du recyclage.

« Une nouvelle génération voit le jour à Tel-Aviv et en Israël.

On constate ce qui se passe en dehors du pays et on se rend compte des effets nocifs des déchets sur l’environnement. » Avec plus de cent récupérateurs à bouteilles en plastique sur les trottoirs de la ville et un comptoir de retour de bouteilles en verre, les telaviviens commencent visiblement à se mettre au recyclage, bien qu’à un rythme assez lent. Alors que les bacs de recyclage sont ignorés quotidiennement, la municipalité affirme que 15 % de tous les déchets sont aujourd’hui recyclés. Cependant de nombreux objets, recyclables dans d’autres pays, prennent encore le chemin de la poubelle au lieu d’être récupérés.

Selon Hagar Spiro-Tal, directrice de l’antenne telavivienne de la Société pour la protection de la nature en Israël (SPNI), si l’on compare les statistiques de recyclage de Tel-Aviv à celles du monde occidental, « nous sommes très en retard. Nous n’avons pas de poubelles de tri sélectif pour des matériaux comme le verre et les canettes. » Et d’expliquer que pour un recyclage efficace, il faut pouvoir en faciliter l’accès. « Les gens ne veulent pas avoir d’efforts à faire. S’ils doivent se mettre à la recherche des bacs de recyclage, ils vont très vite y renoncer », dit-elle.

La qualité de la vie étant directement liée aux questions environnementales, il s’agit là d’un sujet brûlant, puisque 90 % de la population israélienne réside dans des zones urbaines, selon la SPNI. Les initiatives écologiques et les programmes de recyclage en Europe et en Amérique du Nord sont souvent perçus comme leaders dans les domaines de la protection de l’environnement. Ainsi de nombreux modèles occidentaux, qui ont retenu l’attention de la communauté internationale au sens large en matière de recyclage et de développement durable, sont-ils testés et mis en oeuvre à Tel-Aviv.

Cara Abrams-Simonton s’affiche comme la reine du recyclage et de la réutilisation. Pour cette Américaine de naissance, même si les stations de recyclage de quartier autour de Tel- Aviv sont extraordinaires, elles ne prennent pas en compte de nombreux matériaux qui pourraient être recyclés, comme par exemple l’aluminium et le verre.

« Je trouve absolument merveilleux le fait qu’il existe aujourd’hui des conteneurs de récupération dans tous les quartiers à la disposition des habitants », dit-elle. « Les gens semblent s’être habitués au recyclage des bouteilles, mais je me demande combien jettent encore leurs papiers et autres produits recyclables à la poubelle. » qui habite Tel-Aviv depuis deux ans, estime que les bacs de collecte sélective sont certes importants, mais qu’ils devraient être installés à côté de chaque poubelle à Tel-Aviv, car les gens seraient plus à même de les utiliser. La jeune femme admet que parfois elle jette elle-même des produits recyclables à la poubelle, parce qu’elle ne peut trouver un conteneur à proximité et qu’elle n’a pas toujours envie de se mettre à en chercher un.

Pour elle cependant, la collecte sélective concerne plus que les seules bouteilles en plastique. « Chaque fois que j’ai quelque chose à donner, je le mets dehors sur un banc et je suis sûre que quelqu’un va le ramasser et en faire bon usage. » Responsables de l’environnement et représentants municipaux sont convaincus que les articles déposés dans des bacs de recyclage sont effectivement recyclés, bien que les infrastructures de recyclage soient en nombre limité, ce qui est pourtant un facteur important dans le développement durable. « Nous sommes un petit pays et n’avons pas la place de stocker les déchets », déclare Gil Aroyo.

Côté jardins 

Pour Hagar Spiro-Tal, de nombreux petits pas sont faits dans plusieurs directions en termes de pratiques écologiques, le recyclage ne constituant pas une exception. « Les intentions sont bonnes, mais cela pourrait être beaucoup mieux », déclare-t-elle. Pourtant, par rapport à d’autres villes israéliennes, elle estime que Tel-Aviv a pris de nombreuses initiatives en matière d’environnement et que la demande des habitants qui souhaitent vivre dans une ville plus verte est très importante. Elle met en avant deux exemples qui prouvent que la cité travaille à un modèle plus durable : les projets de jardins communautaires et les bacs de compostage subventionnés.

Le premier projet concerne la mise en place de sept espaces verts à travers différentes villes du pays, le but essentiel étant de permettre aux quartiers défavorisés de s’impliquer dans la vie de la communauté.

Les trois jardins de Tel-Aviv sont situés dans la partie sud de la ville. Ils ont opté pour une approche populaire visant à responsabiliser les habitants en leur permettant de « se salir les mains ». Financé par la municipalité et la SPNI, le projet prévoit un programme parascolaire pour les jeunes à risque. Les habitants constatent non seulement les résultats au niveau du jardin communautaire, mais ils pratiquent en plus le jardinage durable et produisent une bonne partie de leur nourriture.

« La nature fait partie intégrante de la ville et avec un développement aussi rapide, nous devons faire en sorte qu’elle y conserve toute sa place », précise Hagar Spiro-Tal.

Et d’ajouter que d’importantes initiatives ont été lancées ces dernières années pour favoriser la prise de conscience des habitants en matière de pratiques plus durables.

Mais les efforts doivent se poursuivre concrètement. Il est essentiel de veiller à ce que les zones urbaines possèdent des espaces de calme et de tranquillité, déclare-t-elle, en soulignant les réussites de la région de Tel-Aviv dans ce domaine avec le parc Ariel Sharon et le parc Yarkon.

Sous les pavés, la plage 

Un projet qui a retenu l’attention du grand public à Tel- Aviv est le prolongement de la promenade Lahat qui relie la promenade inférieure à celle du haut. Le littoral est une destination prisée des touristes comme des habitants, et la construction, qui a déjà commencé, a littéralement morcelé la plage, en rendant l’accès difficile. Cela fait vraiment peine à voir ! Pour le leader des Verts, ce projet montre une fois de plus que la ville privilégie les intérêts commerciaux à l’environnement. « La côte de Tel-Aviv est en train de se transformer en plage à péage », déclare-t-il, non sans une pointe d’amertume.

Dan Lahat, conseiller dont le père a construit la promenade il y a 30 ans, suit le projet de près et se rend sur place tous les jours. Bien qu’il ait voté en faveur de l’initiative, il souhaitait que la construction se fasse en deux temps, afin d’évaluer le projet à mi-chemin et d’examiner les résultats avant d’aller plus loin.

Selon lui, ce sont 6 % de la plage qui devraient disparaître au profit de la promenade, mais sur sa partie arrière, la moins fréquentée.

Hagar Spiro-Tal, pour sa part, aime l’idée de relier les deux promenades, mais construire sur le sable est tout à fait contraire aux principes de la SPNI. Selon les statistiques, les Israéliens auraient aujourd’hui à peine quelques centimètres de plage par personne.

Tandis que d’aucuns crient au scandale devant le grignotage du littoral si cher aux résidents, la ville s’emploie à réduire les émissions de dioxyde de carbone et à créer un modèle durable pour les normes de construction. Uriel Babczyk, directeur municipal de la construction écologique et du développement durable, note que les urbanistes collaborent pour réduire l’empreinte carbone dans divers lieux. La ville s’est dotée de directives d’écoconstruction obligatoires, adoptées en 2011, qui affectent bâtiments publics et privés, hôtels, écoles et immeubles de bureaux inclus.

Développer les quartiers durables 

En plus des 600 000 m2 de bâtiments verts déjà achevés ou en cours de construction, la ville a signé une convention visant à réduire ses émissions de dioxyde de carbone de 20 % d’ici 2020. Pour Babczyk, 67 % des émissions de carbone en Israël sont produites par la consommation d’énergie dans les bâtiments. Respecter les normes d’écoconstruction permettra d’améliorer grandement les chances d’atteindre cet objectif.

Les urbanistes préparent également le terrain pour l’établissement de quartiers durables. En collaboration avec le centre Heschel pour la conception durable, la municipalité envisage un projet pilote à Bitzaron. Objectif : éduquer et responsabiliser les habitants en créant un leadership au sein de la communauté pour lancer des projets prônant une meilleure qualité de l’environnement.

Point positif : les enquêtes sur la consommation d’énergie illustrent admirablement les efforts de la ville qui s’emploie à sensibiliser les communautés aux problèmes de consommation. « Nous créons un nouveau type de lieu en collaboration avec le secteur privé, la municipalité et aussi les habitants.

Jusqu’à présent cela fonctionne plutôt bien », se félicite Babczyk.

Si écologistes, urbanistes et membres du Conseil ont des idées différentes sur ce qui est nécessaire pour propulser Tel-Aviv vers un modèle écologique, tous s’accordent cependant pour mettre l’accent sur l’éducation. Encourager la durabilité, les pratiques écologiques et un mode de vie basé sur le respect de l’environnement : c’est assurément quelque chose que tout le monde doit apprendre. Comme le dit Hagar Spiro-Tal : « Tel-Aviv possède tout ce qu’il faut pour être la première ville verte du bassin méditerranéen ».


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