La guerre qui n’a pas eu lieu (fin)

Alors que la guerre de Kippour fait rage, en mer Méditerranée un autre conflit a lieu : les flottes américaines et soviétiques s’affrontent du regard, échappant de peu à une guerre mondiale.

By ABRAHAM RABINOVICH
October 23, 2012 14:17
La guerre qui n'a pas lieu

2410JFR15 521. (photo credit: Reuters)

 
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Les forces israéliennes longent le canal de Suez. En réaction, le commandant de la marine soviétique, l’amiral Sergueï Gorchkov, ordonne à l’escadron méditerranéen de former une troupe d’infanterie navale composée de volontaires. Elle doit être déployée à Port-Saïd, à l’embouchure du canal, pour une démonstration de soutien envers l’Egypte. Et, en cas de besoin, défendre la ville portuaire où les navires russes ont l’habitude de jeter l’ancre. Cette initiative table sur une réticence israélienne à attaquer des forces soviétiques (Jérusalem a en effet envisagé d’entrer à Port-Saïd à un moment donné).

Sur le front russo-américain, la pire confrontation a lieu après la fin des combats sur terre, alors que la Troisième armée égyptienne est encerclée par les forces israéliennes dans le désert du Sinaï. Répondant aux appels de Sadate, Brejnev prévient Washington : si le siège des troupes égyptiennes n’est pas levé, il envisagera une intervention unilatérale. Le jour même, des navires soviétiques qui transportent vraisemblablement les forces volontaires, arrivent à Port-Saïd. “Il semblerait que nous allons sauver Port-Saïd des Israéliens”, note Semenov dans son carnet de bord. En URSS, plusieurs divisions aériennes sont en état d’alerte. Selon les informations de la CIA, les livraisons d’armes russes par cargo, en direction de l’Egypte et de la Syrie, cessent abruptement ce matin-là. Ce qui pourrait signifier que l’arsenal est désormais dispatché sur d’autres troupes.

La tension atteint son apogée à Washington, lorsqu’au terme d’une réunion qui dure toute la nuit avec la Maison Blanche, le Pentagone lance Defcon 3 - le plus au niveau d’alerte militaire en temps de paix - au plan mondial. C’est une réponse à l’avertissement de Brejnev.

Une division aérienne est prête à partir pour le Proche Orient et plus de 50 bombardiers stratégiques B-52 sont rappelés de Guam en direction des Etats- Unis. L’amiral Murphy apprend que le John. F Kennedy entrera en Méditerranée et reçoit l’autorisation de faire amarrer le Roosevelt près de l’Independence au large de la Crète. Murphy les maintient à environ 150 kilomètres de distance l’un de l’autre, assez proches pour se porter mutuellement assistance, mais assez loin pour être capables de déterminer lequel des deux est visé par les missiles soviétiques. Un bâtiment transportant les marins rejoint les deux transporteurs au sud de la Crète, près de la zone de conflit.

Israël veut en découdre avec l’Egypte 

L’escadron soviétique est maintenant fort de 97 vaisseaux, dont 23 sous-marins. La Sixième flotte est passée à 60 navires, dont 9 sous-marins. Murphy estime que si les Russes attaquent en premier, ils tireront 40 missiles et 250 torpilles. Les “commères” soviétiques incluent désormais en première ligne des bateaux lance-missiles et des navires capables de guider à mi-chemin des projectiles tirés au lieu.

Pour les deux camps, si la guerre semble tout à coup imminente, il n’y a plus d’autre choix que de lancer une attaque préventive totale afin de survivre.

Le 30 octobre, Semenov note dans son journal que les missiles de la flotte seraient dirigés vers 5 cibles américaines, seulement en cas d’une première offensive : les trois porte-avions et les deux porte-hélicoptères. “Toutes les autres cibles sont secondaires. Tout le monde attend un signal. La tension a atteint son apogée”. Quelques missiles devaient être conservés pour les vaisseaux transportant les sous-marins.

Murphy écrit de son côté que les deux flottes “stationnent dans les eaux à proximité l’une de l’autre tandis que le scénario pour une guerre maritime, qui paraissait jusqu’à présent impossible, est désormais établi”.

Le destin de la Troisième armée assiégée devient lié, sans que personne en Israël ou en Egypte ne le sache, au sort des deux superpuissances qui s’affrontent en mer pour des raisons qui leur sont propres.

Moscou, dont la crédibilité est en jeu, est prête à tout pour éviter à ses clients l’humiliation d’une capitulation.

Pour Israël, le siège des forces égyptiennes est un carburant psychologique, un besoin désespéré de réaffirmer son pouvoir après l’une des plus sévères épreuves de son histoire. L’Etat hébreu n’a donc que peu envie de se plier à la demande américaine de ne pas détruire la Troisième armée ou la forcer à se rendre.

Le ministre de la Défense Moshé Dayan se dit néanmoins prêt à la laisser battre en retraite, mais sans ses armes, et ses officiers qui pourraient être échangés contre les prisonniers de guerre israéliens. A la réflexion, il est même d’accord pour laisser l’armée plier bagage avec son arsenal, tant qu’elle abandonne les implantations conquises dans le Sinaï, en signe de défaite.

Les jours passent et les réserves d’eau égyptiennes diminuent.

Un haut gradé du département de la Défense américain s’en prend sèchement à l’attaché militaire israélien de Washington, le général Motta Gour : “J’espère que vous savez que vous êtes en train de jouer avec une confrontation des superpuissances”.

Jeux de pouvoir 

En fin de compte, l’emprisonnement de la Troisième armée s’avère être un cadeau pour la diplomatie américaine.

Car Sadate, prêt à tout pour éviter la capitulation ou l’annihilation de ses troupes, se trouve soudain sous la coupe des Américains. La Seconde armée tient toujours le coup dans au nord du canal de Suez. Mais le général de division israélien, Avraham Adan, est certain de pouvoir écraser la Troisième armée en une seule nuit de combats.

Le secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger exploite habilement la situation pour préserver la Troisième armée et l’honneur de l’Egypte. Et permet ainsi le dialogue entre les belligérants, ce qu’un Caire vaincu aurait pu rejeter. Kissinger ouvre également la voie au remplacement de l’influence soviétique en Egypte par celle de l’Amérique. Il convoque l’ambassadeur israélien Simha Dinitz dans son bureau à minuit pour lui signifier que la destruction de la Troisième armée “n’est pas une option envisageable”. Le diplomate met en garde, au nom du président Nixon, qu’à moins qu’un convoi d’eau et de nourriture vers l’armée encerclée ne soit autorisé, les Etats-Unis soutiendront la demande de l’ONU pour un repli israélien. Et d’exiger une réponse à 8h du matin le lendemain.

Quelques heures avant la fin de l’ultimatum, un message arrive du Caire, adressé à la chef du gouvernement, Golda Méir. L’élue avait proposé une rencontre entre officiers israéliens et égyptiens pour discuter du sort de la Troisième armée et d’un échange de prisonniers. En retour, les Egyptiens demandent un cessez-le-feu complet et le transfert immédiat d’une aide non militaire, en particulier de l’eau, aux troupes. Méir accepte les deux conditions.

Alors que le cessez-le-feu prend effet, la Sixième flotte et l’escadron méditerranéen se désengagent lentement des côtes et disparaissent à l’horizon. Sur terre, les belligérants ne remarquent quasiment pas les navires qui en sont presque arrivés à la guerre pour eux. 

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