Le repentir et le salut

La parasha Bo s’ouvre en mettant l’accent sur l’essentiel dans la confrontation entre Dieu et le Pharaon.

By RABBIN CLAUDE BRAHAMI
December 31, 2013 18:25
La sortie d'Egypte des Hébreux

P23 JFR 370. (photo credit: Wilhelm Kotarbinski)

Dieu va « durcir le cœur du Pharaon » afin d’accomplir ses prodiges et qu’Israël raconte aux générations successives comment il s’est « joué » de l’Egypte.


L’entêtement du Pharaon est légendaire ; il a quelque chose d’inéluctable en ce sens qu’il résulte d’une composante majeure de la pensée égyptienne, selon laquelle le Pharaon n’est rien moins qu’un dieu. Le prophète Ezéchiel, dans la haftara lue shabbat Vaera, signale très clairement : « Ainsi parle le Seigneur Dieu : me voici contre toi, Pharaon, roi d’Egypte, ô, grand crocodile, accroupi au milieu de ses fleuves, qui a dit : il est à moi, mon fleuve, je me suis fait moi-même » (Ez. XXIX, 3). Le Pharaon est donc un dieu qui s’est créé lui-même ! Il ne peut donc pas se soumettre à une quelconque autorité et conçoit obligatoirement un sentiment d’invulnérabilité. Il refusera donc toujours d’obéir à l’injonction du Dieu d’Israël : « laisse partir mon peuple ».


L’entêtement du Pharaon est exemplaire aussi si l’on prend en compte le midrash : il nous apprend, que sur le point d’être englouti dans la mer Rouge, le Pharaon se repent et reconnaît la toute-puissance de Dieu. Cela veut dire que la téchouva est accessible à tout un chacun, à tout moment, quelle que soit la gravité des fautes commises, intentionnelles ou involontaires. Citons cette fois Jérémie, dans la haftara (rite ashkénaze) de cette semaine. Il s’agit d’une prophétie à l’adresse de l’Egypte sur laquelle le royaume de Juda, sous le règne de Sédécias, s’est appuyé dans l’espoir illusoire de repousser Nabuchodonosor et d’empêcher la destruction du Temple.


Jér. XLVI, 25-26 : « …Voici que je vais châtier Amon de No, sur Pharaon et sur l’Egypte sur ses divinités et sur ses rois ; sur Pharaon et sur tous ceux qui s’appuient sur lui. Je les livrerai aux mains de ceux qui en veulent à leur personne, aux mains de Nabuchodonosor… »


Ezéchiel (XIX, 22), enfin, dans la haftara (rite tunisien et babylonien) de conclure : « L’Eternel frappera l’Egypte ; il la frappera puis la guérira. Ils reviendront jusqu’à l’Eternel qui les exaucera et les guérira »1.



Dieu et Israël


Certes, Dieu ne saurait s’abaisser en se mesurant à un homme, fut-il roi d’Egypte ! Mais l’objectif reste l’histoire d’Israël et, avec elle, celle de l’humanité entière. Et c’est le deuxième verset de notre parasha : « Afin que tu racontes aux oreilles de ton fils et du fils de ton fils comment je me suis joué de l’Egypte et comment j’ai accompli mes prodiges contre eux. Et vous saurez que c’est moi, l’Eternel ! »


Trois des dix plaies, les bêtes sauvages, la peste et la mort des premiers-nés, sont caractérisées par le fait qu’elles séparèrent les Egyptiens des Hébreux. Dans chacune d’elles la même expression est employée : והפליתי, je distinguerai, והפלה ה׳, Dieu distinguera, et אשר יפלה ה׳, que Dieu distinguera. Pour les autres plaies aussi, les Hébreux ne furent pas touchés parce qu’elles s’attachaient à un territoire bien déterminé de l’Egypte ; et comme les Hébreux étaient concentrés dans la région de Goshen, ils n’étaient pas touchés ; et cela pouvait laisser croire à un pur hasard. Les trois derniers fléaux pouvaient se propager et donc contaminer aussi le secteur de Goshen2.


On sait que les fléaux qui ont frappé l’Egypte avaient pour objectif la libération d’Israël. Pour que la démonstration publique destinée au Egyptiens et à l’humanité soit complète, encore fallait-il qu’Israël lui-même entre en scène.


C’est dans le chapitre XII que nous trouvons, décrit avec force détails, le rituel de l’agneau pascal, nommé Pessah mitsrayim, la célébration de la fête en Egypte, avant même l’exode.


Car cette célébration est la condition sine qua non de l’intervention divine. Il fallait que le peuple ait le courage d’affronter son oppresseur dans ce qu’il a d’essentiel, dans ce qui fait son identité, en affirmant sa propre foi en un Dieu unique.


Le premier sens est celui de la téchouva. L’expression


משכו וקחו לכם צאן signifie : « écartez-vous de l’idolâtrie » selon R. Yossi Hagalili (midrach Mekhilta sur XII, 21). Malgré l’esclavage, les Hébreux n’avaient pas manqué d’être profondément influencés par le culte des idoles, les mœurs et les conceptions égyptiennes. En traînant le mouton, l’une de leurs nombreuses divinités, puis en le réservant durant quatre jours au pied de leurs demeures en attendant de l’égorger et de marquer de son sang le linteau de leurs maisons, les enfants d’Israël montraient clairement qu’ils avaient rompu définitivement avec le paganisme. Le courage nécessaire à ce comportement frisait la témérité, car c’est au péril de leur vie qu’ils agissaient, bravant la colère et l’indignation des Egyptiens blessés dans leurs croyances les plus importantes. Ce courage est le signe d’une volonté incontestable de résipiscence totale. Il implique aussi une libération mentale de l’état d’esclave. Libre dans sa tête, l’Hébreu est fin prêt pour la libération physique. Il se défait de cette humiliation qu’il a subie durant des siècles. Sans cette libération intérieure, il n’est point d’homme libre. Par opposition à l’entêtement du Pharaon, pour qui la téchouva est quasiment impossible, comme si c’était Dieu lui-même qui avait endurci son cœur, les Hébreux deviennent libres par la téchouva.


Le sang sur les poteaux et les linteaux des maisons signifie que le sacrifice de l’agneau a été effectivement accompli. Le dieu de l’Egypte n’est qu’un animal de chair et de sang, sans aucun pouvoir, à la merci de l’homme. L’agneau sera consommé en famille, au vu et au su de tous, durant toute une nuit, « de la tête aux pieds », ligoté sur un gril. Imaginons l’odeur dégagée par tous ces feux sur lesquels brûlent dans les rues de l’Egypte et sa campagne, l’animal adoré ! Tous les Egyptiens avaient dû la humer après avoir entendu les bêlements de l’animal-dieu que les Hébreux avaient égorgé auparavant.


Par ce rituel, le peuple d’Israël méprisé et avili par des siècles d’esclavage relève la tête et toise ses oppresseurs. Il est sur le point de quitter le pays, à minuit, à l’heure où un deuil terrible frappera le pays, dans chaque maison où se trouvera un premier-né. Il est fin prêt pour la délivrance parachevée par Dieu lui-même.


1. Traduction du Rabbin Cl. Brahami dans Péroch Qatan, Ed. Sine-Chine.


2. Explication de Ramban, cité par Jocobson dans Bina Bamiqra, p.71.



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