Le clergé chrétien d’Israël s’exprime

Des dirigeants de différentes obédiences chrétiennes se sont rencontrés le mois dernier. Au programme : enjeux de l’Eglise et processus de paix

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September 16, 2013 14:22
Fouad Twal (au centre) en compagnie du patriarche latin de Jerusalem, le jour de Noel 2012.

P18 JFR 370. (photo credit: Mohamad Torokman/Reuters)

 
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Des sommités des Eglises luthérienne, latine, grecque orthodoxe et évangélique ont rencontré des journalistes de la scène internationale dans la Vieille Ville de Jérusalem pour discuter de la situation actuelle de la communauté chrétienne en Terre Sainte. Une rencontre sous les auspices du Bureau de presse du gouvernement israélien.

Selon une étude menée par le Bureau central des statistiques israélien (CBS), ils sont 158 000 chrétiens à vivre dans le pays à ce jour et représentent 2 % de la population. A peu près 80 % d’entre eux sont arabes, les autres, étant majoritairement issus des vagues d’immigrations en provenance de l’ex-Union soviétique, ont bénéficié de la loi du retour.

Le mois dernier, au centre Notre-Dame à Jérusalem, le père Pietro Felet, de l’Assemblée des fidèles catholiques en Terre Sainte a exprimé la difficulté de la communauté chrétienne d’Israël à se définir au vu de ses multiples obédiences. « Nous avons des difficultés à nous identifier nous-mêmes », a confié Felet. « Notre Eglise n’est pas nationale, nous sommes un mélange d’Arabes chrétiens, de chrétiens hébraïsants et de chrétiens issus de l’ex-Union soviétique ».

En outre, 45 % sont catholiques, 40 % orthodoxes et 20 % entrent dans la catégorie « autres ». Et la plupart des Arabes chrétiens vivent dans le nord d’Israël, stipule le rapport de CBS. Parmi les villes à forte densité chrétienne, il faut noter Nazareth où ils sont 22 400, Haïfa (14 400), Jérusalem (11 700) et Shfaram (9 400).

Quant à la croissance démographique de la population chrétienne, elle n’est que de 1,3 % par an, loin derrière celle des juifs et des musulmans, respectivement de 1,8 % et 2,5 %, selon ce même rapport.

En raison de la nature plurielle de l’Eglise et des fractures engendrées, Felet a mis l’accent sur l’importance d’instaurer une meilleure compréhension quant à la présence chrétienne en Israël. « Avant tout il faut garder à l’esprit que nous vivons dans un pays de pèlerinage, car c’est ici que tout a commencé », rappelle-t-il. « La compréhension des uns et des autres est à la base de notre coexistence et notre but est de promouvoir une compréhension plus grande de la raison de la présence chrétienne en Terre Sainte ».

Une communauté éduquée


Le père Pierbattista Pizzaballa, du monastère franciscain Saint-Sauveur dans la Vieille Ville, a rappelé les relations historiquement ténues entre chrétiens et juifs, tout en soulignant leur très nette amélioration ces 50 dernières années. « L’histoire entre l’Eglise et le Judaïsme est connue », explique Pizzaballa. « Ces 50 dernières années les relations ont changé radicalement en mieux, mais on ne peut pas effacer le passé aussi facilement. Bien sûr les problèmes sont toujours là, parce qu’il est impossible d’effacer 2 000 ans de problèmes en 50 ans », ajoute-t-il.

Tout en admettant que « beaucoup doit encore être fait », il fait observer que la présence de l’Eglise catholique en Israël, depuis 800 ans, devrait lui conférer une plus grande légitimité. « Les catholiques ne sont pas des étrangers ici, ce sont des citoyens israéliens », note-t-il. « Nous voulons des relations culturelles pour améliorer nos vies sous tous ses aspects. Nous savons que ce qui se passe en Israël compte aux yeux de l’Eglise catholique du monde entier. » Pizzaballa relève ainsi la nécessité de renforcer les relations entre l’Eglise et les autorités locales en matière de logement, de débouchés professionnels et d’éducation pour améliorer les conditions de vie des catholiques.

Bien que le niveau d’éducation des chrétiens soit élevé, nombre d’entre eux avouent rencontrer des difficultés à trouver un emploi durable. Pour autant, selon les estimations du Bureau des statistiques, l’emploi des chrétiens tourne autour de 54 % : 63,8 % pour les hommes et 45,3 % pour les femmes. Parmi les Arabes chrétiens le taux est de 48 % : avec 59,5 % pour les hommes et 37,7 % pour les femmes.

Un des problèmes majeurs que rencontre l’Eglise catholique à Jérusalem est celui de la propriété et du logement dont les prix sont très élevés », dit-il. « Plus de terre signifie plus d’argent, mais pour une famille moyenne, les prix sont pratiquement inaccessibles ».

Vers un accord ?


Tout en admettant que l’Eglise a construit des centaines de logements pour les chrétiens, y compris 400 dans le quartier chrétien de la vieille ville, et que des projets sont en cours de réalisation à Jaffa et Nazareth, Pizzaballa regrette qu’il soit difficile d’en construire davantage en raison de restrictions fiscales. Mais il espère que les négociations en cours entre l’Eglise et Israël aboutiront et conduiront rapidement à l’amélioration des conditions de vie des chrétiens. « Des négociations sont en cours sur la vie de l’Eglise en Israël concernant des aspects économiques et fiscaux », dit-il. « C’est un accord indispensable pour améliorer tous les aspects de la vie des chrétiens et nous sommes sur le point d’y parvenir. Donc je suis confiant. » Pour ce qui est des crimes racistes à l’encontre des chrétiens, dont le vandalisme des lieux saints, Pizzaballa reconnaît avoir reçu le soutien de la police israélienne et des Autorités, mais ajoute que davantage doit être fait. « Si on ne dénonce pas ces actes quand ils se produisent, cela encourage à en commettre d’autres », déclare-t-il. « Nous avons besoin de travailler là-dessus. » Pour Fouad Twal, patriarche latin de Jérusalem, une communauté chrétienne prospère passe par l’éducation. « Je crois en l’éducation, parce que tous les enfants devraient étudier et jouer ensemble pour former une nouvelle génération qui évolue dans le respect mutuel », dit-il. « Je dis souvent que Jérusalem n’appartient à personne, nous appartenons tous à Jérusalem. » Pour ce qui est des défis que rencontrent les chrétiens en Israël, Twal affirme que le meilleur outil pour améliorer les relations reste le dialogue. « Le premier à avoir entamé le dialogue c’est Dieu lui-même, avec les grands prophètes de l’humanité. »


« Ne parlez pas de persécutions »


Mais selon lui, ce sont les politiciens qui entravent les bonnes relations entre les communautés pour fréquemment fermer la Porte de Jaffa et la Nouvelle Porte de la Vieille Ville à cause de l’afflux de touristes et des événements sportifs. « Tout ce que nous arrivons à obtenir par le dialogue est réduit à néant dès que les politiques s’en mêlent », dit-il en ajoutant, « je ne suis pas très content de cela parce que Jérusalem est sacrée pour tout le monde. Les politiciens doivent cesser de fermer ces Portes qui empêchent les pèlerins de visiter les lieux saints. » « Nous n’avons pas besoin de tous ces événements touristiques. Je me réjouis qu’on m’ouvre les Portes, mais elles devraient s’ouvrir pour tous ».

Pour ce qui est du processus de paix, Twal se dit satisfait d’entendre que les négociations progressent entre Palestiniens et Israéliens, et que la communauté internationale s’investit davantage pour améliorer la coexistence sur le terrain. « Si nous pensons à nos enfants dans 20 ans, il faut absolument que les choses changent dès aujourd’hui. Nous aspirons à la paix pour tout le monde et on ne peut la souhaiter à un camp et pas à l’autre. » L’évêque Dr Mounib A. Younan, président de la Fédération mondiale luthérienne et premier Palestinien élu à la tête d’une Eglise universelle, pointe le degré alarmant d’ignorance qui règne en Israël sur la chrétienté et en accuse les médias et les généralisations qu’ils diffusent. « Quand j’entends parler des chrétiens dans les médias israéliens, je me demande si je suis l’un d’eux », souligne-t-il. « L’une des idées fausses les plus répandues, c’est que les chrétiens sont persécutés en Israël et en Palestine. Il existe certes des points de désaccord entre nous et ces différents gouvernements, mais de grâce ne parlez pas de persécutions. »


Reconnaître l’humanité de l’autre


Younan fait écho au ressentiment exprimé par Pizzaballa en ce qui concerne les prix prohibitifs en matière de logement et le manque d’opportunités sur le plan de l’emploi, des difficultés qui entravent une vie stable et sécurisée et l’enracinement des chrétiens. « Il est important de pouvoir habiter Jérusalem qui est centrale dans nos vies, mais c’est impossible si c’est trop cher ». Et il ajoute : « La situation économique est très difficile, même si la majorité des membres de la communauté est d’un niveau d’éducation élevé. L’Eglise essaie d’y remédier, mais nous ne sommes pas une entreprise, nous sommes une Eglise. » En ce qui concerne les négociations de paix, Younan regrette que la politique de construction dans les implantations se poursuive. « Nous croyons qu’il faut négocier à partir des frontières de 1967 et pensons que le retour des réfugiés doit être acquis », avance-t-il. « Nous doutons du sérieux des pourparlers. Nous ne voulons pas de pression de la part des Américains. Nous voulons montrer notre volonté de faire la paix ». Quant à Jérusalem, elle doit être partagée, insiste Younan, mais sans que l’armée en vienne à diviser la ville. « Je voyage beaucoup à travers le monde et on m’interroge sur Jérusalem », dit-il. « De l’avis de tous, sans solution juste, pas de viabilité. Il faut qu’il y ait deux gagnants, et ne pas craindre de s’attaquer aux difficultés maintenant. L’extrémisme s’effondrera de lui-même dès qu’une solution juste sera trouvée. Il n’y a pas d’alternative. La guerre n’est pas une solution. » Et Younan de conclure que chacune des parties en conflit doit reconnaître l’humanité de l’autre. Selon lui, il s’agit là de la première étape du processus de paix. « Ce n’est qu’après que ce pays sera vraiment celui où coulent le lait et le miel ».




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