Le combat pour la reconnaissance

Les sports non olympiques ne reçoivent aucune attention médiatique en Israël.Le kickboxeur Itay Guershon explique sa frustration.

By ALLON SINAÏ
February 26, 2013 14:11

Il a empoché une médaille de bronze aux championnats d’Europe cette année. Et il est aussi un ancien champion européen dans la catégorie junior. Pourtant, c’est sans doute la première fois que vous entendez parler d’Itay Guershon. Pourquoi ? Parce qu’à 19 ans, ce jeune habitant de Har Homa accumule les succès, certes, mais dans des disciplines non olympiques ; celles du kickboxing et du kickboxing thaïlandais, plutôt que dans les arts martiaux traditionnels comme le judo et le taekwondo, qui figurent, eux, au programme olympique.

Guershon s’entraîne sous la houlette de Benny Kogan, à Jérusalem. C’est en regardant des films de Bruce Lee et Jean- Claude Van Damme, à l’adolescence, qu’il tombe amoureux de ce sport. Il se lance donc à l’âge de 15 ans et remporte presque immédiatement ses premiers combats. En 2011, il est couronné champion européen de kickboxing. L’année dernière, il a occupé la 3e place du championnat d’Europe de kickboxing thaïlandais.

La Fédération de sports compétitifs non olympiques d’Israël, Ayelet, lui fournit tout le soutien nécessaire. En dehors de l’absence de reconnaissance publique, le jeune homme ne se plaint pas. « Je ne suis pas dans la course au respect. Je ne me soucie pas de ce que les gens disent ou pensent de moi », tient-il à souligner.

Guershon accomplit actuellement son service militaire en tant qu’instructeur sportif, ce qui lui permet de continuer à s’entraîner lui-même en parallèle. « Bien sûr que je voudrais voir mon sport se développer en Israël, mais je veux avant tout atteindre mes propres objectifs. Evidemment, l’argent est important parce qu’il faut bien gagner sa vie d’une façon ou d’une autre. Mais si je courais après la manne financière, je ne continuerais pas à faire ce que je fais. Ce n’est pas une question d’argent. Ce que je veux, c’est atteindre mes objectifs, profiter et vivre la vie dont j’ai envie ».

Traitement de défaveur

Si Guershon se soucie moins du monde extérieur, Arik Kaplan, président d’Ayelet, monte lui au créneau avec passion pour les 30 sportives et sportifs sous sa protection.

Objectif : leur obtenir la reconnaissance qui leur revient et le soutien financier qui va avec. « Certains de nos sports n’ont rien à envier aux disciplines olympiques. Mais les médias influencent les sponsors qui en deviennent populistes dans leurs choix. Tout ce qui les intéresse, c’est de savoir si l’événement sera aux JO ».

Et de s’enflammer : « Ce n’est pas juste qu’un sport soit mieux traité que les autres, uniquement parce qu’il figure au programme des épreuves olympiques ». Il en est convaincu : si « ses » sports recevaient plus d’attention médiatique, les choses changeraient indubitablement.

« L’un de nos athlètes a remporté le championnat mondial de ski nautique et j’ai dû littéralement supplier la presse pour que cela soit mentionné dans quelques articles », s’agace-t-il. « Si l’un de mes sportifs avait volé quelque chose au Duty free de l’aéroport, on en aurait fait les gros titres.

Mais qu’il remporte un championnat mondial, tout le monde s’en fiche. Il n’y a aucune différence entre un drapeau israélien dressé lors d’une compétition de ski nautique ou lors d’une compétition de judo, l’honneur est le même. Mais l’approche médiatique au sport reste bêtement basée sur l’angle olympique. Les journalistes ne cherchent pas à savoir combien d’athlètes il y a dans chaque discipline, quels sont les succès remportés et de quelle façon ce sport contribue à la société. Ils vérifient uniquement si cela figure au calendrier des JO. C’est inacceptable ».

Selon Kaplan, des sports olympiques tels que le waterpolo ou le handball sont bien plus subventionnés que d’autres disciplines nationales, alors qu’Israël n’a jamais envoyé de sportifs dans ces catégories aux Jeux. « Il y a tant d’hypocrisie ! Et cela cause vraiment du tort à nos athlètes », se désole-t-il. « Ils s’entraînent tous les jours, mènent une existence de sportifs et sont tout aussi capables et doués que les athlètes olympiques. Un athlète devrait recevoir tout ce dont il a besoin, qu’il soit olympique ou pas », martèle-t-il.

Problème d’éducation

A 47 ans, Kaplan est néanmoins fier des progrès réalisés depuis 8 ans qu’il est à la barre de la Fédération. « Je pense que les choses vont continuer à s’améliorer », veut-il croire.

« Le problème, c’est qu’en Israël il n’y a pas de sensibilisation au sport et pas d’éducation au sport. Le pourcentage d’athlètes actifs dans l’Etat hébreu est l’un des plus bas au monde, en particulier par rapport au monde occidental. Il faut avant tout faire en sorte qu’il y ait davantage de sportifs en Israël, quelle que soit la discipline. C’est pourquoi nous organisons des formations d’entraîneurs et nous travaillons avec différentes associations pour augmenter le nombre de participants. En parallèle, nous travaillons à conférer à l’élite les conditions nécessaires pour atteindre des résultats ».

Guershon attribue une bonne partie de son succès au soutien d’Ayelet. Et rêve d’une carrière longue et prospère.

« Je me vois continuer dans ce sport, mais ce n’est pas facile. C’est très difficile de progresser en Israël, car il faut beaucoup d’argent. Il faut atteindre un très haut niveau pour vivre décemment de sa discipline, et c’est difficile d’y arriver ici ».

Alors qu’il grimpe les marches du succès dans le monde du kickboxing, Guershon est également devenu plus religieux.

Il voit une corrélation entre l’observation des mitzvot et les sports de combat. « Les gens ont besoin de s’appuyer sur quelque chose, qu’ils soient juifs, musulmans ou chrétiens. Parfois, on aspire à quelque chose de plus grand que soi », dit-il simplement. « Dans un sport de combat, on se retrouve parfois dans une confrontation effrayante et on cherche alors des forces supérieures à soi ou à son opposant ».


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