Le jardin botanique du mont Scopus

Quand les défis écologiques croisent les récits talmudiques et l’histoire du sionisme. Visite guidée

By NICOLE PEREZ
January 14, 2014 16:57
Le jardin botanique

P13 JFR 370. (photo credit: Nicole Perez)

 
X

Dear Reader,
As you can imagine, more people are reading The Jerusalem Post than ever before. Nevertheless, traditional business models are no longer sustainable and high-quality publications, like ours, are being forced to look for new ways to keep going. Unlike many other news organizations, we have not put up a paywall. We want to keep our journalism open and accessible and be able to keep providing you with news and analyses from the frontlines of Israel, the Middle East and the Jewish World.

As one of our loyal readers, we ask you to be our partner.

For $5 a month you will receive access to the following:

  • A user uxperience almost completely free of ads
  • Access to our Premium Section and our monthly magazine to learn Hebrew, Ivrit
  • Content from the award-winning Jerusalem Repor
  • A brand new ePaper featuring the daily newspaper as it appears in print in Israel

Help us grow and continue telling Israel’s story to the world.

Thank you,

Ronit Hasin-Hochman, CEO, Jerusalem Post Group
Yaakov Katz, Editor-in-Chief

UPGRADE YOUR JPOST EXPERIENCE FOR 5$ PER MONTH Show me later Don't show it again

Le campus de l’Université hébraïque de Jérusalem au mont Scopus héberge un jardin botanique dont l’histoire mêle archéologie, sionisme et protection de la nature.
En 1890, Sir John Gray Hill, riche britannique qui avait beaucoup voyagé en Palestine, achète un terrain désertique sur une colline proche de Jérusalem avec une vue imprenable sur la Vieille Ville dans une direction et sur la mer Morte dans l’autre.
En 1902, il décide d’y bâtir un atelier pour son épouse artiste. Lors des travaux de construction, les ouvriers découvrent un ossuaire datant de l’époque du Second Temple. Les archéologues, fascinés par cette découverte, l’identifient facilement grâce à l’inscription gravée : « Les os de Nicanor d’Alexandrie qui a fait la porte ».

Du Talmud…

Selon le Talmud Yoma (38a), Nicanor, qui vit en Eretz Israël, veut participer à la mitsva d’embellissement du Temple et décide d’offrir de magnifiques portes en bronze au mishcan. Il les fait confectionner à Alexandrie. Il les ramène sur un bateau qui est pris dans une tempête. Le capitaine décide alors d’alléger le navire en jetant une des portes malgré les supplications de Nicanor. Cette manœuvre n’améliore pas la situation et le capitaine veut aussi jeter l’autre porte. Nicanor refuse, menaçant de se jeter à l’eau. Finalement, l’embarcation arrive à Acco avec Nicanor partagé entre la joie d’apporter une porte et la tristesse d’avoir perdu la seconde. Un miracle se produit : la porte immergée réapparaît dans l’eau à côté du bateau…
Les portes de Nicanor ont brillé face à l’entrée du sanctuaire jusqu’à la destruction du Temple.

Le terrain de Sir John Gray Hill est racheté en 1914 par l’Organisation sioniste mondiale avec l’aide du Fonds national juif (KKL) en vue de la construction de l’Université hébraïque de Jérusalem dont la première pierre est posée en 1918.
Le 1er avril 1925 (7 Nissan) a lieu la cérémonie d’inauguration officielle (immortalisée dans un tableau d’un disciple de Boris Schatz, fondateur de l’école d’art Betsalel) rassemblant, dans un grand enthousiasme, les militants sionistes de premier plan, des intellectuels, des artistes, le Rav Kook, les autorités britanniques, des officiels arabes, de nombreux invités de diaspora, le grand public… au total 20 000 personnes, soit 10 % de la population locale, alors qu’il y a peu de routes et quasiment pas de voitures !

Aux débuts de l’université, seules la microbiologie, la chimie et les études juives étaient enseignées. D’autres départements se sont développés d’année en année, et, à la création de l’Etat d’Israël, la faculté avait acquis un statut reconnu dans tous les domaines. Mais il a fallu beaucoup de temps et d’énergie pour que la botanique, demeurée longtemps « parent pauvre » des disciplines universitaires, ne s’impose.
En 1927, Salomon Lamport, mécène juif new-yorkais sioniste, offre à l’établissement une parcelle de terrain adjacente pour y établir un jardin botanique dédié à la mémoire de son fils. Quatre ans plus tard, le Dr Judah Magnes, doyen de l’université, approuve ce projet, le Pr Eig prépare les plans et le jardin ouvre officiellement.
Le Pr Alexander Eig, ainsi que ses disciples Michaël Zohari et Naomi Feinbrun ont été les pionniers de la botanique en Israël.
La botanique fut enseignée sur place à Jérusalem ; le département d’agronomie fut créé 1934, mais il fut délocalisé à Rehovot, car le climat désertique du mont Scopus (pluviométrie 20 % plus faible que celle du centre-ville de Jérusalem) ne permettait pas d’y envisager de l’agriculture.

A l’ouverture du département de botanique, il n’existait pas encore de recensement exhaustif de la flore palestinienne (depuis la fin du XIXe siècle, les flores de Syrie et du Sinaï avaient été publiées). Eig décide de constituer une flore d’Eretz Israël et d’en rassembler à partir de 1931 tous les spécimens dans le jardin botanique où chaque région serait représentée (zones désertiques, méditerranéennes, Galilée etc.). Soit, au total, 38 parcelles. Une section contient même des cèdres du Liban apportés en 1936. Ce jardin – un mini-Israël végétal – est planté autour de l’ossuaire de Nicanor. C’est le jardin botanique actuel du campus du mont Scopus. On y trouve, entre autres, diverses plantes citées dans la Bible et le Talmud. Malgré l’aridité, il se développe et s’enrichit régulièrement de nouvelles espèces, grâce à la ténacité des botanistes.

… A la place du « Panthéon »

Menahem Ussishkin, président du KKL de 1923 à 1941, décide de faire de ce lieu une sorte de « Panthéon » pour les grandes figures du sionisme. Ainsi, Léon Pinsker, mort à Odessa en 1891, y est transféré en 1934. Menahem Ussishkin meurt en 1941 et est enterré à ses côtés ; pour ses chelochim (un mois après) a lieu une cérémonie émouvante dont se souvient Sarah : « Les délégués de toutes les implantations du pays ont chacun déposé un sac de sa terre agricole sur la tombe d’Ussishkin, car il avait œuvré pendant 18 ans à la tête du KKL pour développer l’agriculture. Et moi, petite fille douée en couture, j’ai reçu la mission de coudre le tissu pour fabriquer le sac de la terre de mon moshav ! »
Après la guerre d’Indépendance, l’université devient en 1949 une enclave israélienne isolée du territoire national et accessible uniquement par convoi militaire tous les 15 jours, les réservistes s’y relayent pour garder le terrain vidé de ses étudiants. Cette situation perdure jusqu’à la réunification de Jérusalem en 1967.

Les années 1950 voient la création d’un nouveau campus universitaire à Guivat Ram avec plantation d’un nouveau jardin botanique adjacent en 1962. (Ce récent jardin abrite des espèces du monde entier)
Après la guerre des Six Jours, le campus du mont Scopus est rouvert. Pendant les 19 ans où Jérusalem était divisée, le jardin botanique abandonné a perdu de nombreuses plantes fragiles. Certaines parties du jardin, devenues méconnaissables, sont utilisées comme parking par les professeurs ! Par la volonté des responsables du département de botanique, il est cependant réhabilité. Lors de ces travaux, une nouvelle découverte archéologique de l’époque du Second Temple est faite : une cave contenant les ossuaires de Chananiah ben Yonatan, le Nazir (ascète), et de sa famille.
Après Pinsker et Ussishkin, il n’y a plus eu d’enterrement dans ce jardin, les grands leaders israéliens reposant désormais au mont Herzl.

Le jardin botanique est à nouveau inauguré en 1988, et devient librement accessible aux étudiants et aux visiteurs. Ses 25 000 m2 font désormais face à un certain nombre de défis écologiques : la mise en œuvre du compostage ; la lutte contre les insectes nuisibles à l’aide d’une mite développée par le laboratoire Bio-Bee, sans utiliser de pesticides ; le recyclage d’une ressource rare, l’eau de pluie ; le recueil, par des professionnels et des bénévoles, dans tout le pays, de plantes sauvages, avant que l’agriculture intensive, la pollution et l’urbanisation ne les détruisent complètement. Véritable conservatoire des espèces végétales israéliennes en voie de disparition, il mérite notre attention et notre respect. 


© Jerusalem Post Edition Française – Reproduction interdite

Related Content

February 11, 2018
Les nouveaux « judaïsants »

By DAN HUMMEL