Le prix de l’histoire

Jadis quartier pour les résidents pauvres de la Vieille Ville, Yemin Moshé est devenu un secteur de « luxe ».

By JOHN BENZAQUEN
December 11, 2012 13:30
Yemin

Yemin Moshe. (photo credit: Courtesy Anglo Saxon)

 
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Yemin Moshé est un des premiers quartiers à avoir été construit hors de la Vieille Ville de Jérusalem.

Dans l’Antiquité, il y avait une vie au-delà des murs, mais elle s’est éteinte après la destruction du Temple et la chute de Jérusalem en 70 de l’ère commune. La cité n’a revu le jour qu’en 1839, lors de la construction de Yemin Moshé.

Le nom du quartier, en français « la main droite de Moshé », fait référence à Moshé Montefiore, un des Juifs britanniques les plus influents du 19e siècle, mais aussi un pilier des établissements commerciaux et financiers anglais.

Outre son statut d’homme richissime en Angleterre, Montefiore se distingue aussi pour sa philanthropie très poussée dans tout l’Empire, qui comprenait à l’époque un quart du globe. Il offre de grosses sommes d’argent pour enrayer la pauvreté dans son pays d’origine et ses colonies outre-mer, et s’implique dans la cause « juive ». Le Tsar le reçoit en personne lorsqu’il lui fait une demande au nom des Juifs de Russie.

Montefiore visite la Terre sainte plusieurs fois au cours de son existence et ses dons permettent de soutenir les projets juifs en Palestine – dont l’achat du terrain de Yemin Moshé et la construction de ses habitations.

Le projet commence en 1837. Dès 1839, les premiers logements sont achevés. Il s’agit de 28 habitations modestes composées d’une chambre assez petite et d’une autre plus grande, ce que les agents immobiliers appellent aujourd’hui « une pièce et demie ».

En Palestine, pendant la première moitié du 19e siècle, le brigandage était une routine. Les portes de la Vieille Ville étaient donc fermées au coucher du soleil, et ceux qui devaient passer la nuit en dehors avaient de la chance de se trouver vivants au petit matin. Par conséquent, le quartier de Yemin Moshé était entouré d’un haut mur, et protégé par une grille que l’on fermait à la tombée de la nuit.

Le charme de Yemin Moshé 

Malgré ces mesures de sécurité, il n’était pas aisé de convaincre la population de la Vieille Ville de quitter son château, insalubre et gravement détérioré, mais protégé de remparts. Le nouveau quartier bénéficiait notamment d’une citerne d’eau, munie d’une pompe en fonte, tout droit importée des îles britanniques, et qui constituait alors une nouveauté. Ainsi qu’un mikvé (bain rituel) et un four public.

Le nouveau quartier s’étend en 1866, après une épidémie de choléra sévère qui se déclare dans la Vieille Ville. Auparavant, peu d’habitants y résidaient. On y craignait la criminalité.

Pourtant après l’épidémie, le quartier décolle. La sécurité est accrue dans les environs, et la peur de vivre hors les murs tend à disparaître.

Yemin Moshé se distingue, parmi tous les quartiers, par son haut moulin du même nom. Si ce moulin paraissait être une idée prometteuse à l’époque, il n’a jamais été véritablement utilisé, peut-être par manque de vent pour le faire tourner.

Yemin Moshé a traversé des temps difficiles pendant la guerre d’Indépendance. Les forces ennemies l’ont encerclé pendant des mois en 1948. Après le cessez-le-feu avec la Jordanie, la zone se trouvait trop près des lignes de cessezle- feu pour véritablement respirer. Elle était surtout à portée des armes de la Légion arabe de Jordanie, placée sous la Vieille Ville.

Pendant les 19 ans qui ont suivi, et ce jusqu’à la guerre des Six-Jours, le quartier est complètement abandonné. A la veille de 1967, avec Jérusalem entièrement sous contrôle israélien, l’historique Yemin Moshé subit des rénovations importantes.

Depuis 40 ans, le secteur est devenu un centre pour les artistes, écrivains et résidents étrangers attirés par son histoire et ses plans architecturaux exceptionnels. Ses beaux jardins, ses allées pavées et sa vue imprenable sur la Vieille Ville font les charmes de Yemin Moshé.

Vivre dans un quartier historique : un symbole L’architecture du quartier reste, esthétiquement parlant, la même qu’au début du siècle. Les codes de construction sont très stricts. Des régulations architecturales et des permis sont exigés pour toute rénovation, afin de préserver le caractère historique du quartier.

Les maisons « haut de gamme » font partie des plus chères sur le marché actuel de l’immobilier.

La population est passée de la plus pauvre de la Vieille Ville, à la plus riche de Jérusalem, avec un pourcentage significatif de propriétaires étrangers qui utilisent ces logements comme des résidences secondaires et permanentes à la fois.

Selon Moshé Bavani, un agent immobilier à Jérusalem, ces achats immobiliers à Yemin Moshé proviennent « généralement des acheteurs étrangers qui sont à la recherche de quelque chose de spécial, d’extraordinaire, de maisons-musées, de pièces historiques de Jérusalem avec l’intention de satisfaire leurs caprices. » Ces clients, continue-t-il, « sont prêts à payer très cher et à supporter les inconvénients de la vie dans un quartier historique. Mais la plupart des acheteurs, qui n’hésitent pas à débourser des millions de dollars pour loger dans le secteur, souhaitent généralement adapter leur habitation à leurs besoins. Une adaptation qui peut devenir un cauchemar, étant donné les lois très strictes de constructions et de régulations. Ceux qui achètent à Yemin Moshé désirent aussi que les zones de parking ne soient pas trop éloignées à pied ».

Bavani explique que vivre dans un quartier historique est un « symbole » en général. Et à Yemin Moshé en particulier, la vue est inégalable, précise-t-il.

L’architecte restaurateur Kobi Kantor précise que tout projet de rénovation doit recevoir l’autorisation de la municipalité.

« Il est strictement interdit de procéder à toute altération de la façade des bâtiments, du toit, de l’extérieur. Les autorités sont moins sévères concernant l’intérieur, mais il est interdit de détruire les plans historiques des maisons, comme les plafonds en arche, les fenêtres, les portes. » Les prix vont de 10 000 dollars le mètre carré et peuvent atteindre 15 000 dollars pour les demeures les plus belles et entièrement rénovées. Les maisons ont été construites en rang, plusieurs rues ont donc l’avantage de compter des habitations avec des fenêtres sur trois orientations, soit plus de lumière et d’air.

Yémin Moshé contient en tout et pour tout une centaine d’appartements. La rotation est donc limitée. Ainsi, quand une nouvelle propriété arrive sur le marché, elle ne manque pas d’acheteurs, même pour une grande bâtisse rénovée, proposée à 3 millions de dollars.

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