Le vintage automobile israélien fait du chemin

L’industrie automobile du pays a soulevé de grands espoirs à ses débuts. Mais qu’en reste-t-il aujourd’hui, à part quelques lots de roues, et une grappe d’inconditionnels qui persistent à circuler à bords de leurs voitures « made in Israël », auxquelles ils demeurent très attachés.

By ABRA COHEN
August 6, 2013 14:17
Autocars et Carmel ont produit des voitures nomées selon des régions montagneuses israéliennes.

P22 JFR 370. (photo credit: DR)

 
X

Dear Reader,
As you can imagine, more people are reading The Jerusalem Post than ever before. Nevertheless, traditional business models are no longer sustainable and high-quality publications, like ours, are being forced to look for new ways to keep going. Unlike many other news organizations, we have not put up a paywall. We want to keep our journalism open and accessible and be able to keep providing you with news and analyses from the frontlines of Israel, the Middle East and the Jewish World.

As one of our loyal readers, we ask you to be our partner.

For $5 a month you will receive access to the following:

  • A user experience almost completely free of ads
  • Access to our Premium Section
  • Content from the award-winning Jerusalem Report and our monthly magazine to learn Hebrew - Ivrit
  • A brand new ePaper featuring the daily newspaper as it appears in print in Israel

Help us grow and continue telling Israel’s story to the world.

Thank you,

Ronit Hasin-Hochman, CEO, Jerusalem Post Group
Yaakov Katz, Editor-in-Chief

UPGRADE YOUR JPOST EXPERIENCE FOR 5$ PER MONTH Show me later Don't show it again

Vendredi dernier, tard dans l’après-midi, une poignée d’aficionados se sont retrouvés dans une station-service, à Ga’ash, une localité située entre Tel-Aviv et Netanya. Objectif : exposer leurs reliques vintage et parler boutique pendant quelques heures.



C’est exactement le type d’événement qu’on imaginerait voir se dérouler en Caroline du Sud ou au sud de la Floride, autour d’une sélection de voitures américaines.

Nous sommes pourtant en Israël. Et parmi ces amoureux de modèles anciens, un cercle d’une trentaine de membres a créé un petit groupe, surnommé le Club des irréductibles, qui réunit des passionnés de voitures israéliennes, dont la plupart n’avaient jusqu’alors aucune dévotion particulière pour les véhicules.

La nostalgie prend le volant

Ni clinquantes ni rutilantes, ces voitures ne possèdent pas de moteurs puissants, mais font partie de l’histoire d’Israël et d’une industrie qui s’est avérée florissante durant des décennies, à la fois dans le pays et au-delà de ses frontières. « On ne faisait pas grand cas du design à l’époque », se souvient Moty Haimovitch. Ses enfants lui ont offert une Sussita 1966, surnommée kubia, le cube, après avoir découvert son intérêt pour les voitures anciennes, alors que la famille résidait aux Etats-Unis. Après une recherche intensive sur le net, ils lui ont dégoté un modèle sur mesure, qu’ils lui ont offert à leur retour au pays en octobre dernier.



De la même manière que la nostalgie pousse de nombreux férus de voitures à investir dans les voitures anciennes qu’ils admiraient alors qu’ils étaient enfants ou jeunes adultes, une grande majorité des propriétaires de voitures israéliennes date de l’époque où Israël avait sa propre production automobile.

Produites essentiellement à partir du milieu des années 1950 jusqu’en 1981, la plupart des voitures, de forme cubique, comme les breaks de fabrication américaine, étaient extrêmement rudimentaires. « Elles sont très faciles d’utilisation : pas de GPS, pas de ceinture de sécurité et aucun clignotant », fait remarquer Haimovitch. Il est interdit de circuler à bord de ces véhicules sur les autoroutes entre 7 et 9 heures, afin de décourager les usagers d’en faire un moyen de locomotion courant. D’autant plus que ces modèles israéliens sont majoritairement composés de fibre de verre, et ne peuvent être équipés de ceinture de sécurité.

Haimovitch, qui affirme ne prendre sa voiture que sporadiquement, uniquement pour le plaisir de la conduire, précise qu’il s’y sent en sécurité dans la mesure où il conduit lentement. « Vu la vitesse à laquelle je roule, il est évident qu’il s’agit d’un loisir. » « Parfois des automobilistes nous saluent de la main, essayent de nous suivre et de rester à notre vitesse, mais je ne tiens pas les y encourager », dit-il, ajoutant que ces voitures n’ont que 34 chevaux, à peu près autant qu’un scooter.

Un nationalisme à rebours

La plupart des ceux qui participent à nos réunions du vendredi soir sont des hommes. Mais il arrive que leurs épouses ou leurs filles se joignent à eux occasionnellement, quand les voitures sont exposées à la curiosité de tous et que, garées capot ouverts pour permettre aux visiteurs d’admirer améliorations, nouveautés et ajouts apportés, elles donnent l’occasion de rassemblements conviviaux, où congratuler les heureux collectionneurs est de mise.

Ce qui singularise les membres de ce club, en marge des classiques amoureux de voitures en général, c’est leur nationalisme et leur attachement à l’industrie automobile locale, laquelle, bien qu’ayant échoué à se maintenir à flots, n’en reste pas moins avoir été une industrie nationale florissante. « Ces voitures étaient made in Israël », insistent certains membres du club ; ils expliquent qu’elles sont chargées d’histoire, et que leur réhabilitation est importante parce qu’elles font partie de notre patrimoine national.

L’industrie automobile qui a pratiquement l’âge de l’Etat d’Israël lui-même, a connu son heure de gloire avec une usine près du port de Haïfa, qui employait nombre de nouveaux immigrants en travail à la chaîne, à l’assemblage des pièces. En 1951, Ben Gourion, alors Premier ministre, avait même honoré de sa présence l’inauguration de l’usine, qui, sans prétendre devenir un « Detroit » israélien, n’en caressait pas moins le rêve de parvenir à une production automobile nationale viable.

Yohay Shinar, un historien de l’histoire automobile, qui s’est intéressé à cette odyssée israélienne dès son plus jeune âge, a fait des recherches sur ce secteur d’activités pendant des années avec le but de révéler les raisons de son infortune à la connaissance du public. Il regrette que des pans entiers de son histoire restent obscurs, en partie parce qu’Israël est un petit pays et que des informations d’une valeur historique n’ont pas été archivées correctement.


Shinar est le premier à admettre que le marché automobile n’a pas eu le destin attendu car il ne s’est pas développé comme il aurait fallu. « Cette exploitation a été un échec », reconnaît-il.

Des reliques du passé chargées d’histoire

Pendant toute la durée de son exploitation, l’usine a sorti un certain nombre de modèles qui ont sillonné le pays, conduits par des usagers très divers, allant de militaires aux familles de kibboutzim, et c’est pourquoi ce sont justement ces voitures boîtes que les membres du club, dans leur grande majorité, souhaitent voir réhabiliter.

L’attention des membres du club se focalise sur les fabrications des constructeurs Autocars et Rom Carmel, qui ont produit des véhicules aux noms de montagnes : la Sussita, Carmel et Gilboa, ainsi que la Sabra, une version destinée à l’export vers le marché américain dans les années 1960.


En plus de leurs réunions du vendredi et d’autres événements, au cours desquels les membres du club travaillent à la restauration des voitures, le groupe a créé un réseau d’aficionados qui s’échangent des conseils d’entretien et des pièces détachées. Avec une consigne : pour toute pièce obtenue gratuitement par un des membres, un don est versé à une association caritative dédiée aux enfants israéliens atteints du cancer. « Une manière de rendre ce qu’ils ont reçu gratuitement », explique On Jacobson, un des fondateurs du club. « Au lieu de mettre notre argent dans un plein d’essence, on le place dans des opérations caritatives », confie-t-il, « ce qui semble encourager les gens à nous donner davantage de pièces détachées très rares, pour les voitures que nous cherchons à restaurer ».

En cultivant à la fois l’amitié, la passion pour l’industrie automobile israélienne en particulier et celle des voitures en général, le Club fait avancer l’histoire d’Israël sur ses quatre roues. Bien que les Sussita, Carmel et Gilboa ne soient pas connues pour avoir été de belles voitures, mais plus prosaïquement pour avoir été de simples moyens de locomotion pour vous transporter d’un point A à un point B, les propriétaires de ces modèles vintage travaillent avec assiduité à convaincre qu’ils ne sont pas seulement de simples reliques du passé.

Related Content

February 11, 2018
Les nouveaux « judaïsants »

By DAN HUMMEL