Les nouveaux gardiens

L’Hashomer Hahadash s’efforce de promouvoir le sionisme et vient en aide aux fermes aux prises avec le vol et l’absence d’application de la loi.

By ITSHAK BESSER
July 23, 2013 15:08
Des bénévoles de l'organisation Hashomer Hahadash dans un vignoble près de Mitspe Ramon

P18 JFR 370. (photo credit: Hashomer Hahadash)

 
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Un groupe de pionniers se rassemble pour lutter contre les bandes de hors-la-loi qui menacent leurs petites communautés agricoles. Ensemble, ils deviennent les défenseurs de la frontière juive. Cela fait penser à un scénario de western spaghetti, mais comme c’est souvent le cas dans l’histoire d’Israël, la vérité est plus étrange encore que la fiction.

Tels ont été les humbles débuts de l’Hashomer (« Le Gardien »), un organisme créé en 1909 pour protéger les fermes juives en Palestine, alors sous le contrôle des Turcs. Car, à l’époque, le mouvement du Yishouv cherche à s’implanter en Terre d’Israël. Mais l’Hashomer a conscience qu’il existe une seconde moitié à cette équation : protéger ce que l’on a créé.

Les Israéliens actuels et leurs aïeux d’avant la fondation de l’État ne sont pas étrangers à tout ce qui touche à la défense. Ils ont reçu cela en héritage, au moins en partie, de l’Hashomer. En 1913, le mouvement compte environ 400 membres, qui opèrent dans treize moshavim.

Après onze ans de service passés à garder les récoltes et les troupeaux des fermes juives naissantes, l’organisation est dissoute en 1920. Ses membres décident d’unir leurs forces avec la Haganah, afin de présenter un front uni dans la défense des communautés juives régionales. Mais l’esprit du mouvement perdure, et va servir d’inspiration à un autre groupe de sionistes près d’un siècle après sa création.

Aider son père 

En 2007, Yoel Zilberman et On Rifman fondent Hashomer Hahadash (« Le nouveau Gardien »), en grande partie pour les mêmes raisons que leurs prédécesseurs : aider éleveurs et agriculteurs des zones reculées de la périphérie d’Israël.

Comme bien souvent, la nécessité est la mère de l’invention de l’Hashomer Hahadash.

Bien qu’il ait mûrement réfléchi à son identité personnelle d’Israélien, au rôle du gouvernement dans la société et au bien-être général de la nation pendant un certain nombre d’années, en grande partie en raison de son service militaire lors de la seconde guerre du Liban, il faudra l’attaque contre la ferme de sa famille à Tsipori pour que Zilberman réagisse.

Quand des vandales bédouins menacent de tuer son père, incendient ses champs, détruisent ses biens et tuent ou volent une partie de son bétail.

Des dizaines de plaintes auprès de la police s’avèrent totalement inefficaces pour arrêter les criminels. Le coup porté à l’entreprise familiale est énorme, à tel point que l’éleveur assailli songe à abandonner sa propriété. Mais Zilberman, fraîchement libéré de Tsahal, vole au secours de son père et insiste pour que ce dernier ne baisse pas les bras.

Avec un groupe d’amis de l’armée, il met en place un poste de commandement improvisé sur la propriété, pour défendre la ferme. Si les autorités se montrent réticentes ou incapables de résoudre le problème, il estime que ses amis et lui peuvent s’y atteler eux-mêmes.

Des appels à l’aide arrivent bientôt d’autres agriculteurs en butte aux mêmes difficultés dans la région, et le réseau de gardes civils voit le jour.

Aujourd’hui, l’organisation compte 700 bénévoles répartis dans une vingtaine d’endroits. Ils passent généralement une nuit de garde par mois sur une ferme, même si certains effectuent cela plus souvent. Ils réparent également les clôtures, cueillent les légumes, marquent les terrains et nourrissent le bétail.

Sionisme et amour de la Terre 

Créé au départ sur la base du volontariat, Hashomer Hahadash a évolué et inclut aujourd’hui des programmes pour unir ses membres autour des « valeurs sur lesquelles l’État d’Israël a été fondé ». Il cherche à favoriser le sionisme, le bénévolat, le militantisme et le sens du leadership civique chez les jeunes.

« Un de nos objectifs principaux est de leur transmettre l’importance de maintenir un lien avec la terre et d’encourager le dialogue au sujet de nos racines », explique Zilberman.

Les deux autres grandes priorités de l’organisation sont d’aider les agriculteurs dans le besoin et de promouvoir les valeurs sionistes auprès des jeunes d’aujourd’hui. « Nous voulons les voir devenir des leaders actifs sur le plan familial, communal et national », explique le fondateur de l’Hashomer Hahadash. L’organisation vise aussi à sensibiliser le public sur les difficultés des communautés agricoles dans le Néguev, la Galilée et le Golan. Elle oeuvre à l’instauration d’un climat d’unité nationale où les membres de secteurs très divergents de la société peuvent se rassembler autour d’un objectif commun : la sécurité des personnes face à l’anarchie qui règne aux nouvelles frontières de notre monde moderne.

Cet accent mis sur la Terre d’Israël se base davantage sur des critères nationaux, plutôt que religieux, souligne Zilberman. L’organisation compte à la fois des ultraorthodoxes et des laïques parmi ses membres.

« Nous sommes pour le principe de la responsabilité mutuelle. Nous voulons voir un Israël où chacun peut aller où il veut en toute sécurité, même au milieu de nulle part. Et si un Israélien a besoin d’aide, même au milieu de nulle part, qu’il y ait toujours quelqu’un pour lui donner un coup de main », explique-t-il.

Le bon côté d’Israël 

À la base, Hashomer Hahadash représente un idéal universel : aider ceux qui ne peuvent pas le faire eux-mêmes.

Yehouda Marmor est de ceux-là. À 50 ans, agriculteur au moshav de Yavniel, Marmor se voyait déjà contraint d’avoir à abandonner la ferme d’élevage créée par son grand-père, après avoir fait face à des problèmes croissants de vol, incendie criminel et vandalisme du fait de la communauté bédouine locale.

Cela se passait en 2009. Marmor s’était fait agresser à plusieurs reprises. On lui avait même tiré dessus plusieurs fois. Alors qu’il avait déjà entamé le processus de mise en vente de sa propriété, il a été contacté par Zilberman, qui lui a demandé de se rétracter et lui a promis qu’Hashomer Hahadash veillerait à le protéger, lui, ses biens et ses moyens de subsistance.

Quatre ans plus tard, cette relation est toujours aussi solide.

Les bénévoles et les jeunes qui participent à des programmes de service national viennent à la ferme plusieurs fois par semaine pour monter la garde de 10 heures à 17 heures.

« Je n’aurais pas pu survivre sans eux », insiste Marmor.

« Les bénévoles et ceux qui effectuent leur service national montrent le bon côté d’Israël. Il n’y a rien de comparable ! Ils sont la prochaine génération de leaders de notre pays. Je n’ai vraiment pas de mots pour exprimer à quel point je les apprécie. » Moshé Har-Shemesh a pris un chemin différent avant de devenir éleveur. Né aux États-Unis, il a fait son aliya de Californie voilà 30 ans. Après son service dans la brigade du Nahal, il travaille dans un kibboutz du plateau du Golan.

Sept ans après son arrivée au pays, il monte sa propre ferme d’élevage de moutons près de la forêt de Lahav entre Kiryat- Gat et Beersheva.

Comme de nombreuses communautés juives agricoles isolées, Har-Shemesh est victime de vols et de violence. Il est attaqué à plusieurs reprises. Cependant il reconnaît qu’il est difficile de savoir si ces incidents sont motivés par des mobiles criminels ou nationalistes. Des troupeaux de moutons entiers disparaissent. Des clôtures sont détruites ou volées. Ces pertes ont eu un effet dévastateur, surtout quand cela s’ajoute aux autres problèmes auxquels les agriculteurs sont confrontés, comme les intempéries, les maladies et les problèmes bureaucratiques.

Un véritable réseau 

D’autres éleveurs font face aux mêmes difficultés, et du fait de l’anarchie régnante, le nombre de fermes a diminué dans le pays.

Har-Shemesh se souvient d’avoir été « agréablement surpris » quand Hashomer Hahadash s’est adressé à lui.

Maintenant, deux ou trois fois par semaine, des bénévoles viennent garder sa terre et ses brebis.

Hashomer Hahadash apporte une aide sur le plan pratique, mais aussi sur le plan symbolique, psychologique et local.

Ainsi, explique-t-il, « on est présence d’un véritable réseau ici » et les éleveurs ne sont plus seuls à devoir repousser les criminels. L’organisation sensibilise également le public aux difficultés que rencontre la communauté agricole.

Elle favorise l’éclosion d’un sentiment d’unité nationale et contribue « à renforcer le lien entre Juifs et Israéliens ».

Gil Glaser, un bénévole qui travaille fréquemment avec Har- Shemesh, a également fait son aliya depuis les États-Unis, quand il était encore enfant. A 47 ans, il sert dans la marine israélienne pendant vingt ans, avant de prendre sa retraite il y a six ans. Il étudie aujourd’hui pour être enseignant.

Glaser souligne qu’avec son expérience dans la marine, il avait « les yeux tournés vers la mer et ne voyait pas les problèmes sur terre ». Pourtant, ces dernières années, Lehavim, la petite ville aux abords de Beersheva où il réside, doit faire face à de nombreux problèmes liés à l’absence d’ordre public. Des histoires de cambriolages et de vols de voitures répétés. Les gens « se sentent moins en sécurité dans la région, tant sur le plan personnel qu’en termes de propriété ».

« Bien que je possède la double nationalité, je ne considère pas mon côté israélien pour acquis. Je voulais apporter ma contribution », explique Glaser pour justifier sa réponse aux ennuis rencontrés par la communauté. Par un heureux hasard, il découvre, sur YouTube, une vidéo de Zilberman qui présente l’Hashomer Hahadash. Et décide alors de s’engager comme bénévole.

Votre corps, votre voix et le téléphone 

Au cours de la formation qu’il reçoit, le nouveau membre pénètre les rouages de l’organisation et s’initie aux conditions de la garde mensuelle – dans les granges ou dans les champs. Il prend également connaissance de la loi « Shaï Dromi ». Celle-ci doit son nom au fermier du Néguev qui avait mortellement touché Khaled el-Atrash, après l’irruption de ce dernier dans sa ferme avec un groupe de pillards pour lui voler son bétail. La loi donne aux propriétaires fonciers une plus grande liberté de recourir à la force meurtrière contre les maraudeurs.

Il se familiarise aussi aux techniques du langage corporel et au ton de voix à utiliser face à des voleurs ou vandales présumés.

« C’est tout ce dont vous disposez sur le terrain – votre corps, votre voix et le téléphone », explique Glaser, qui souligne que les volontaires ne portent pas d’armes à feu, afin d’éviter toute utilisation abusive. « Quand on porte un marteau, tout problème ressemble à un clou. Donc on évite de porter le marteau. » Glaser met l’accent sur le caractère positif de l’organisation, qui défend une idée, plutôt que de chercher à se battre contre une entité quelconque. L’Hashomer Hahadash est uniquement et explicitement « anticriminel », et non pas tourné contre un groupe d’individus en particulier, affirmet- il. « Cela n’a aucune importance de savoir si l’assaillant est juif, arabe ou martien. Nous voulons juste nous assurer que les animaux de l’éleveur sont en sécurité. » Un autre aspect louable du travail de l’Hashomer Hahadash recouvre sa dimension sociale, poursuit Glaser, en ce qu’il rassemble des gens d’horizons très différents. Des habitants de Judée-Samarie côtoient ceux du centre du pays. Des agriculteurs de la Arava donnent de leur temps pour défendre les terres appartenant aux éleveurs de Beersheva. L’organisation, explique-t-il, facilite le dialogue et la rencontre, et permet d’échanger des idées.

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« Nous passons la nuit à discuter [pendant notre tour de garde] sur différents points de vue. C’est cent fois mieux qu’une année d’université », déclare-t-il.

Au bon endroit Lorsqu’on l’interroge sur l’origine de l’organisation, Glaser s’empresse d’exprimer le profond respect que lui inspirent les premiers gardiens du Yishouv. Il a l’impression de marcher sur leurs traces dans la continuité de leur attachement au sionisme.

« Je pense souvent à eux, et j’espère être digne de représenter leur nom, » déclare-t-il avec révérence. Le volontariat est pour lui une façon d’exprimer le point de vue sioniste et l’amour de la terre qu’il partage avec ceux qui défendaient les communautés juives dans les premiers jours du Yishouv.

Ce même état d’esprit anime également une autre volontaire : Miri Bohbot, 38 ans, de la région de Nahariya. Celle-ci travaille comme thérapeute animalière avec des jeunes à risque de la ville de Talbiye. Bohbot estime que le volontariat s’inscrit parfaitement avec d’autres pans de sa vie. Elle a entendu parler de l’organisation à travers les médias et l’a rejointe en juin, l’année dernière. Depuis, elle donne de son temps deux fois par semaine, généralement dans une ferme de Lakish.

« Je suis quelqu’un de nostalgique. Je repense à la période d’avant la création de l’Etat à laquelle j’aurais aimé participer.



Je recherchais ce contact, avec cette période de notre histoire, avec la Terre d’Israël, la nature. Il est bon de voir que les valeurs du sionisme d’antan ne sont pas complètement parties en fumée. » Pour ce qui est du présent, Bohbot porte son attention sur ses collègues de l’organisation, avec qui elle partage ses tours de garde. « C’est vraiment sympa de rencontrer d’autres volontaires et de discuter avec eux, surtout les anciens. Ceux qui ont entre soixante et soixante-dix ans. Ils sont formidables et très impressionnants », affirme-t-elle. « J’ai l’impression d’être arrivée au bon endroit, je me sens ici tout à fait chez moi ! »

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