Les nouveaux pionniers ?

Des juifs pratiquants de toutes tendances font revivre un moshav du Néguev

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April 30, 2013 14:40
Les membres du "noyau" assument centres de jour, ateliers extra-scolaires.

p12 JFR 370. (photo credit: DR)


Les nouveaux pionniers ? Des juifs pratiquants de toutes tendances font revivre un moshav du Néguev Ariel Zilber Daniel Fuks plante du maïs devant sa caravane. Le lien particulier qui le rattache à ce petit lopin de terre est né durant son service militaire dans une unité de parachutistes. « J’étais basé à côté d’ici », racontet- il. « Une semaine après mon mariage, on m’a rappelé pour participer à l’opération Plomb fondu qui débutait. » Fuks a 28 ans, il est né à Miami et porte une kippa crochetée.

Ex-membre du kibboutz Sa’ad, situé non loin de là, il s’est mis en quête, une fois libéré de l’armée, d’un cadre pour fonder sa famille. Il a alors entendu parler d’un mouvement de pionniers rassemblant tous les courants du judaïsme religieux et qui souhaitait relancer l’esprit du sionisme pionnier dans le Néguev et en Galilée.

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Et c’est bien cet esprit pionnier que l’on retrouve ici, sur ce terrain assez quelconque cultivé par ce jeune membre du moshav Shouva. Nous sommes à moins d’une heure de route de la frénésie citadine du centre d’Israël.

Il n’y a pas si longtemps, Shouva était un moshav rustique à la population vieillissante et connaissait un net déclin, surtout comparé à ses voisins, des kibboutzim et des villages qui réussissaient à attirer le tourisme et dégageaient de beaux profits. Aujourd’hui, 20 familles juives pratiquantes sont venues former un noyau (garine, en hébreu) dans ce moshav créé dans les années 1950 par des juifs orientaux. Si la demande était faible au départ, 90 familles sont aujourd’hui en liste d’attente pour s’y installer. En effet, cette expérience, qui s’inscrit dans un mouvement plus large visant à attirer de jeunes familles religieuses dans des zones encore sousdéveloppées à l’intérieur de la Ligne verte, remporte un franc succès.

« Je me suis toujours intéressé à l’agriculture et à la terre d’Israël », explique Fuks. « J’ai appris l’existence d’un garine ici, à Shouva. En le rejoignant, je pouvais combiner mes deux passions. Ce qui m’attirait, ce n’était pas seulement la perspective de vivre ici : c’était aussi l’idée de faire partie d’une communauté qui travaillerait à améliorer le monde ! » 


Se rendre utile à sa communauté


Pour Aharon Ariel Levi, Shouva est une « communauté intentionnelle », un groupe qui s’est donné une mission, et non un assemblage de familles de toutes sortes qui vivraient là par hasard.

Après une enfance laïque à Kiryat Tivon, Levi découvre la religion vers l’âge de vingt ans. Lorsqu’il fonde le garine de Shouva avec d’autres jeunes, il n’imagine pas que son idée suscitera un tel engouement. Aujourd’hui, 13 communautés similaires ont également vu le jour dans le Néguev et en Galilée, attirant des juifs pratiquants résolus à améliorer les choses.

« Nous voulions intégrer la Torah à la vie de tous les jours », explique-t-il. « Nous ne nous intéressons pas tellement à la politique, mais nous cherchons à retrouver ce que l’on pourrait appeler “l’israélisme”, c’est-à-dire l’intégration du monde de la Torah et de la Halacha avec tous les autres aspects de la vie. » Après l’opération Plomb fondu, Levi et son ami Itaï Yossef Lachman cherchent ensemble un lieu pour non seulement vivre avec leurs familles respectives et gagner leur vie, mais aussi se rendre utiles à la communauté. A leur grand étonnement, ce qui débute comme un projet réunissant 3 familles va soudain fructifier dans des proportions inattendues.

« Si nous étions parvenus à réunir ne serait-ce que 15 familles, nous aurions considéré cela comme une belle réussite », affirme Levi.

Ainsi est né Nettiot, vaste réseau fondé sur le modèle du noyau de Shouva et qui réunit des centaines de familles religieuses réparties dans 14 communautés du Néguev et de Galilée. Chacun de ses membres a deux ambitions : gagner sa vie et contribuer au développement du pays.

« En venant nous installer ici, nous savions qu’il y avait une manque d’activités informelles dans les petites localités proches de Gaza », raconte Levi. « Nous avons donc décidé de leur en apporter. » Pour les jeunes et les moins jeunes Aujourd’hui, les membres du garine ont ouvert des crèches et des ateliers de loisirs pour les enfants après l’école ; ils organisent en outre des activités pour les personnes âgées et du soutien scolaire. Ils ont créé un « centre communautaire mobile » ; le projet Hitzim, itinérant, propose aux enfants des cours de kung-fu, d’arts plastiques, de yoga ou de danse.

Durant les périodes de tension, ils se chargent de distraire les enfants contraints de passer de longs moments dans les abris.

Ils mettent par ailleurs l’accent sur la protection de la nature et préconisent un mode de vie allant dans ce sens. Un thème qu’ils ont puisé dans la Torah, qui commande de respecter la terre et de la préserver. Leurs maisons et caravanes sont d’ailleurs, pour la plupart, construites sur un mode écologique : ce sont des habitations à base de matériaux non polluants.

« Quand nous sommes devenus religieux, nous avions deux options », explique Levi : « soit oublier tout ce qui nous passionnait quand nous étions laïcs et nous enfermer dans une yeshiva à Bné Brak ou à Jérusalem, soit prendre les choses qui nous tenaient à coeur, comme l’écologie et la protection de la nature, et les fusionner avec le monde de la Torah. » Le garine est composé de familles d’horizons si variés qu’il est difficile de les ranger dans une catégorie déterminée. Il y a des harédim, des sionistes du courant national-religieux venus des implantations et des hassidim des mouvements Breslev et Habad.

A la périphérie 


« C’est bien ce qui fait la particularité de ce noyau », se félicite Mikey Linial, ancien habitant laïc de Ramat Hasharon.

« Il y a ceux qui ont grandi dans la laïcité et sont devenus des sionistes religieux, il y a ceux qui ont aussi grandi dans la laïcité, mais sont aujourd’hui orthodoxes ou hassidim. La population est très variée ici ! Pour ma part, je suis venu il y a 18 mois pour faire plaisir à ma femme. Elle avait beaucoup d’amis ici. Elle est très douée en matière d’éducation, en particulier auprès des très jeunes enfants. Elle travaillait dans une crèche, où elle avait introduit des méthodes qui ont été acceptées par la communauté religieuse. Pour grandir et se développer, le noyau avait besoin d’éducateurs, alors nous sommes venus. Il y a beaucoup à faire ici. Nous sommes à la périphérie dans le sens plein du terme, et nous souhaitons transformer cette périphérie en centre. Il n’y a pas de meilleur endroit pour le faire qu’ici. » Les merveilles de la technologie moderne permettent à Linial de continuer à exercer son métier d’informaticien spécialiste de l’animation et de la programmation internet. Linial a le parfait profil du jeune cadre supérieur moderne appelé à faire revivre un Israël rural sur le déclin après le départ de ses jeunes, attirés par l’herbe plus verte du centre du pays.

« Notre idée, c’est de renforcer la périphérie », expliquet- il. « Il ne s’agit pas de faire venir les gens du centre ici pour qu’ils fassent partie de la périphérie, mais pour que la périphérie fasse un peu partie du centre. Il s’agit de mettre deux mondes en relation. Nous ne sommes pas venus ici pour réaliser un fantasme de “petite maison dans la prairie”, avec une belle maison et un jardin. Ce n’est pas cela que cet endroit a à nous offrir. C’est une série de grands défis, et il y a beaucoup à faire ! » 


En Judée-Samarie, les prix sont bas


Aussi prospère que ce soit révélée cette initiative, elle ne s’est pas vue épargner les douleurs de l’enfantement : l’arrivée de jeunes juifs religieux dans un vieux moshav a créé d’inévitables tensions, que Linial qualifie de « générationnelles, culturelles et religieuses ». Des divergences existent aussi dans le domaine de l’éducation.

Aucun membre du comité du moshav n’a d’ailleurs accepté de parler des apports du garine et de son impact sur Shouva.

« Les gens d’ici n’ont pas la même mentalité que ceux qui viennent du centre », explique Linial. « Ils se comportent différemment, n’ont pas les mêmes codes. Cela transparaît à tous les niveaux. Nous devons en tenir compte les uns et les autres, et nous efforcer de nous adapter. Cela prendra plusieurs années, mais on finira tôt ou tard par oublier ces tensions. » Levi prend donc bien soin de ne pas jeter d’huile sur le feu. Il se garde de proclamer que son noyau a « sauvé » le moshav, malgré les résultats sur le terrain. « Il est certain que, depuis notre arrivée, beaucoup de jeunes nous ont imités en venant vivre au moshav », dit-il. « Et de nombreuses autres familles sont en liste d’attente. » « Pendant 15 ans, le moshav a cherché à vendre ses terrains à des prix dérisoires », rappelle Lachman. « On pouvait en obtenir pour 60 000 shekels. Il n’y a qu’en Judée-Samarie que les prix sont aussi bas. A l’intérieur de la Ligne verte, ça ne se trouve pas. Et pourtant, personne ne voulait les acheter, même les enfants des familles qui habitent là, parce que ce moshav avait mauvaise réputation. Mais quand le bruit a couru que nous commencions à arriver, ces jeunes qui étaient partis se sont tous mis à acheter des terrains.

Maintenant, tout s’est inversé : il y a beaucoup de demande et très peu d’offre. Deux autres garinim se sont créés dans la région et depuis, les prix ont monté. » Lachman et sa femme Esther sont des graines d’entrepreneur.

Ils ont créé une petite société de produits cosmétiques naturels et s’occupent en outre de promouvoir le travail des femmes des communautés voisines de Gaza. Lachman espère qu’une intense campagne publicitaire via internet permettra d’engranger des profits et de faire démarrer l’économie de cette région traditionnellement pauvre.

« Jusque-là, les moshavim se consacraient exclusivement à l’agriculture », indique Esther Lachman. « Aujourd’hui, avec l’arrivée des jeunes couples, les femmes montent des entreprises et il est très important de les aider à prendre leur essor. » « Nous sommes venus nous installer dans la périphérie du pays afin de créer un pôle d’attraction », conclut Itaï Yossef Lachman. « Nous voulons que les touristes viennent nous voir et nous voulons faire fructifier l’économie, afin de consolider ces régions de la terre d’Israël. »



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