Les plus Français des Juifs du Maghreb

Il y a 50 ans, l’Algérie devenait indépendante. Un épisode de l’Histoire abondamment relaté ces derniers mois.

By AMANDINE SAFFAR
December 4, 2012 16:33
Débarquement

P16 0512 521. (photo credit: DR)

 
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En cette année 2012, l’Algérie fête ses 50 ans d’Indépendance. Un anniversaire qui ravive les projecteurs sur les Juifs d’Algérie, réfugiés dans leur propre pays. Cette communauté se distingue de ses consoeurs de Tunisie et du Maroc, en ceci qu’elle a montré un attachement à la France, plus grand qu’au pays où elle résidait depuis des siècles.

Cet anniversaire constitue aussi l’occasion de rétablir une vérité oubliée : une résistance juive a existé. Là où la mémoire collective fait défaut, de petites associations prennent le relais de la transmission. Comme Moriel (Mémoire et traditions des Juifs d’Algérie), qui avait organisé le mois dernier, à Netanya, une journée de conférences et de débats autour de l’opération Torch, un événement peu connu du grand public, mais ô combien héroïque.

L’Algérie est successivement conquise par les Phéniciens, les Romains, Byzance, les Arabes et l’Empire ottoman, avant l’heure de la colonisation française, en 1830. La période ottomane, avec le statut de dhimmi (protégé) accordé aux non-Musulmans, reste une ère d’ancrage des coutumes et de l’identité juive.

Jusqu’en 1930, les Juifs s’habillent à l’orientale, et arborent des vêtements issus des Contes des mille et une nuit. Ils sont appelés « les vieux turbans », en référence à leur coiffure d’étoffe. Et constituent une « mosaïque » pour se mélanger aux riches Livournais, aux Maltais et bien entendu aux Espagnols qui ont fui les pogroms de la péninsule, dès 1391 jusqu’à l’Inquisition en 1492.

Aujourd’hui, les descendants des Juifs d’Algérie savent rarement quelle est leur origine ethnique. Certains se disent même descendants de Berbères, d’autres de Marranes.

De l’assimilation à la destitution 

La colonisation française en 1830 déclenche des complications juives : identitaires, déjà, religieuses, ensuite, et sociales, surtout. La Monarchie de Juillet, le Second Empire, la IIIe République : autant de bouleversements politiques français qui ont leurs répercussions en Algérie. L’instabilité rend l’intégration des communautés difficile. Le point d’orgue restera, paradoxalement, l’amélioration du statut et de la condition des Juifs qui font naître, outre une jalousie exacerbée venant des Musulmans, un antisémitisme nouveau, celui de Drumont, et de la France de Dreyfus.

Le décret promulgué par Adolphe Crémieux en 1870 confère aux Juifs la citoyenneté française.

L’émancipation, regardée avec inquiétude par les autorités rabbiniques, mènera à « l’Israélite » algérien qui se dit descendant de « nos ancêtres les Gaulois », parle un français parfait, récite La Fontaine, abandonne la mode orientale pour se vêtir à l’occidentale, et oublie peu à peu l’étude de la Torah.

Pourtant, rapporte le Constantinois Eléazar Touitou, ces Juifs ont inventé un judaïsme. Ils se rendaient à l’office du samedi matin avant de partir travailler, envoyaient leurs enfants à l’école publique française le Shabbat, mais blâmaient l’abandon de la cacherout. Ils appelaient la bar-mitsva le baptême, un jour de jeûne le carême, et la brit-mila, la circoncision.

La synagogue, devenue « temple », restait très fréquentée, pour être le lieu de rassemblements festifs et joyeux. Musulmans, Juifs et Chrétiens étaient bien souvent de bons camarades à l’école, on leur enseignait à tous le patriotisme français.

Mais tout change quand Drumont est élu député d’Alger en 1898. L’antisémitisme prend alors de l’ampleur et devient étouffant.

Il est local, circonstanciel, électoral. Le Juif, minoritaire par rapport aux autres religions, est détesté, à la fois des Musulmans pour ses privilèges, et par les Chrétiens, pour n’être pas si soumis. L’antisémitisme culmine lors de la crise de 1929. Puis, le 12 juillet 1940, le gouvernement de Pétain installe l’Etat français en Algérie, plaçant Pierre Laval à sa tête. Dès octobre, on y applique les lois sur le statut des Juifs. Et on leur retire la nationalité française, en abrogeant le décret Crémieux.

« Franklin arrive »

Il y a des événements historiques qui, malgré leur importance majeure, ne sont pas relayés.

L’opération Torch fait partie de cette catégorie d’épisodes oubliés de l’Histoire. Elle illustre, pourtant, la résistance juive algérienne.

Le 8 novembre 1942, le débarquement allié anglais et américain mené par Dwight Eisenhower va mettre fin au gouvernement de Vichy en place. Une opération rendue possible par la résistance locale, juive à 80 %.

Il ne s’agit pas d’une résistance spontanée et massive, mais d’une formation progressive née de deux hommes : Roger Carcassonne et José Aboulker, jeune étudiant en médecine de 22 ans.

Après « les carottes sont cuites », le code de signal du débarquement est : « Franklin arrive ». Deux généraux français font circuler secrètement la date de l’opération : dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942. 107 000 hommes débarquent en Afrique du Nord, assistés par la résistance locale d’Alger. Une fois le signal reçu, les résistants occupent les points stratégiques afin de paralyser le gouvernement Vichy avant sa réaction sanglante : l’Amirauté, la Préfecture, la Grande Poste, le XIXe Corps d’Armée, la Radio, le Palais d’Eté, résidence du gouverneur général, le Palais d’hiver (résidence de l’état-major et du général Juin). Histoire de donner du fil à retordre aux 11 000 soldats et 20 000 hommes que comptent les adeptes de Vichy et les fascistes français.

400 hommes rassemblés neutralisent pendant une journée entière, tous les points de pouvoir du pays. Le fer de lance de l’opération est l’effet de surprise. Le putsch militaire renversera le gouvernement de Vichy à Alger et Casablanca.

Selon les récits de l’opération, ce qui les a menés vers la victoire sont l’hermétisme et la détermination du « lekh lekha » biblique : ne t’arrête pas et va de l’avant. Bilan : seulement deux morts chez les résistants.

Mais les Juifs restent les « dindons » de l’opération car les lois de Vichy sont toujours en vigueur. En mai 1943, le général de Gaulle rejoint Alger et prend la tête du CFLN (Comité français de libération nationale). En bon politicien, et pour s’attirer les faveurs des Américains, il restitue nationalité française aux Juifs en octobre.

Le dilemme des Juifs d’Algérie 

De son côté, le nationalisme algérien prend de l’ampleur et atteint son apogée en 1954, lors de l’éclatement de la guerre et la création du FLN (Front de Libération nationale). Un grand dilemme entre la terre d’origine et l’attachement aux valeurs françaises naît alors chez les Juifs. S’ils ont maintenu leurs liens avec les Arabes, ils sont dans l’ensemble convaincus qu’une Algérie sans la France ne sera pas de bon augure pour eux.

Puis en 1956, le FLN demande officiellement aux Juifs de choisir un camp. Aucune prise de position collective n’est déclarée.

Certains s’engagent dans les rangs de l’OAS (l’Organisation de l’armée secrète), et se soulèvent contre l’Indépendance algérienne.

Leur divorce avec l’Algérie est scellé. Les relations entre Juifs et Musulmans ne sont plus de l’ordre de l’entente cordiale, mais de la guerre ouverte. En décembre, la synagogue de la Casbah d’Alger est saccagée, garnie de croix gammées et de « mort aux Juifs ». Puis, pendant les fêtes de Rosh Hashana, le cimetière d’Oran est la cible des vandales. En pleine rue, des Juifs sont assassinés. Le FLN déclare qu’il ne peut y avoir qu’un seul peuple, arabe, en Algérie.

Le 18 mars 1962, les accords d’Evian sont signés. Un accord entre la France et le gouvernement provisoire algérien qui se matérialise par un cessez-le-feu. Puis, après 132 ans de colonisation française, l’Algérie obtient son Indépendance le 5 juillet 1962 par le référendum d’autodétermination du 1er juillet.
Retour sur un passé dont certains pans ont été oubliés...

Les Français sont rapatriés avec, à leurs côtés, les descendants d’immigrants : Espagnols, Italiens… Juifs. Un million de Pieds-Noirs quittent l’Algérie, dont 130 000 Juifs. La panique causée par les enlèvements et les pillages conduit à l’émigration drastique de la quasitotalité des Juifs d’Algérie.

Seulement 11 % vont s’installer en Israël après l’Indépendance. Car dans sa grande majorité, la communauté algérienne considérait l’aliya comme une « action de grâce » qui ne viendrait que sous l’ère du Messie. Une attitude que l’élite juive sioniste interprétera comme une négation d’Israël.

Le makroud, le knidlet et Enrico Macias : voilà ce qu’on retient généralement des Juifs d’Algérie. Mais il y a aussi le Grand Rabbin Léon Ashkénazi, Jean-Pierre Elkabbach, Julien Dray, Bernard-Henri Levy, Eric Zemmour, Marc Saffar, Jacques Derrida, le prix Nobel Claude Cohen Tanoudji, Roger Hanin, ou Jacques Attali : tous ont en commun leur patriotisme français. Si certains se sont souvent engagés politiquement pour Israël, pour autant, aucun, hormis Manitou, n’a encore décidé de traverser la Méditerranée.

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