Les problèmes des grands de ce monde sont aussi les nôtres

Les difficultés financières des magnats menacent la stabilité des plus grandes banques israéliennes et l’économie du pays.

By SHLOMO MAITAL
December 25, 2012 13:26
Fortunes d'Israel

2612JFR18 521. (photo credit: Ronen Zvulun/Reuters)

 
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Récemment encore, une vingtaine d’hommes d’affaires israéliens richissimes possédaient 60 pour cent de la richesse brute du pays et touchaient un tiers des revenus des 500 plus grandes compagnies.

Aujourd’hui, la majorité d’entre eux accusent de sérieux problèmes financiers. Ils se sont enrichis grâce à d’énormes emprunts de banque et autres fonds de pension, qu’ils ont utilisés pour contrôler des entreprises et investir dans l’immobilier.

Aujourd’hui très endettés, ils luttent pour rembourser leurs prêts et intérêts bancaires, arrivés à date d’échéance, alors que nombre de leurs investissements ont perdu de leur valeur dans la récession globale.

Si la fortune des magnats peut susciter notre curiosité, leurs problèmes, par-contre, nous concernent au premier chef. Le fait qu’ils doivent de l’argent aux fonds de pension menace la stabilité des plus grandes banques d’Israël, et même l’économie du pays. C’est ce que montre le rapport de l’agence internationale de notation financière Moody, qui, au mois de mai dernier, a abaissé la perspective pour la dette publique d’Israël de «stable» à «négative» parce qu’elle prévoyait une chute économique. Or, l’une des causes de celle-ci est certainement reliée aux emprunts de banque effectués par les magnats, puisqu’une partie de ces prêts ne sera sans doute jamais remboursée.

Les dangers de l’effet de levier


Ces familles richissimes sont peu nombreuses, on en compte 19 en Israël : les Dankner, Ofer, Tshuva, Weissman, Arison, Bino, Federmann, Borovich, Leviev, Hamburger, Azrieli, Fishman, Strauss, Wertheimer, Alovich, Zisapel, Shahar, Kass et Schmelzer. Tous se sont enrichis grâce à l’effet de levier, c’est-à-dire qu’ils ont emprunté avec un minimum de fonds propres. Avec cet argent, ils ont acheté un assortiment de compagnies financières et industrielles.

Quelques-uns, néanmoins, comme Zisapel, Wertheimer ou Strauss, ont patiemment bâti leur empire. S’ils ont réussi, c’est uniquement grâce à leur savoir-faire industriel, leur dynamisme et leur esprit d’entreprise. Mais c’est l’exception.

La majorité a fait fortune sans toucher à leur propre capital et grâce à leurs relations.

L’un d’eux, Nochi Dankner, fait maintenant la une des journaux. Sa compagnie IDB est débitrice de 4,2 milliards de shekels aux porteurs de bons et 2,2 milliards de shekels aux banques et institutions financières. Soit un total de 6,4 milliards de shekels, dont 750 milliards à la banque Hapoalim. L’établissement semble d’ailleurs avoir fait le deuil d’une large partie de l’emprunt.

Dankner se bat avec les porteurs de bons sur un prochain remboursement, après publication du rapport financier d’IDB du second trimestre et l’avertissement des commissaires aux comptes, sur la capacité de la compagnie à fonctionner.

Fin octobre dernier, les avoirs d’IDB valaient moins que ses dettes, et ses actions avaient chuté de 1 500 dollars en novembre 2011 à 571 dollars, soit une baisse de presque deux-tiers.

D’autres hommes d’affaires opulents luttent pour rembourser l’argent emprunté. Parmi eux, Lev Leviev (Africa-Israel Corp.), Itzhak Tshuva (Immobilier Delek), Ilan Ben-Dov (Partner), Shaoul Alovitz (Bezeq) et Eliezer Fishman (Industrial Buildings Corp.). Ce dernier a déjà connu des problèmes financiers après avoir perdu beaucoup dans la spéculation monétaire.

Si Tshuva et Leviev ont utilisé leur richesse personnelle pour éponger leur dette, Danker pourrait ne pas être capable d’agir de même.

Mais qui est Nochi Dankner ? 


Ce multimillionnaire de 58 ans est le neveu de Shmuel Danker, le patriarche de la famille.

A la tête du groupe IDB, il est plutôt connu pour ses activités philanthropiques. A travers ses compagnies, il contribue financièrement aux universités et hôpitaux. Commandant dans les unités de réserves de l’armée, il est diplômé en droit et en sciences politiques de l’université de Tel-Aviv.

En 2003, il devient un magnat lorsqu’il contracte un emprunt pour acquérir IDB. Le prêt principal vient d’Amitim, une union des anciens fonds de pension de la Histadrout, mis en commun pour consolider et améliorer leur efficacité.

Ironiquement, c’est donc l’argent de la retraite des travailleurs, membres du syndicat Histadrout, et donc pas particulièrement proches des magnats, qui a rendu possible l’accession de Dankner au statut de grosse fortune.

Mais comment lui et d’autres en sont-ils arrivés là ? Comment ont-ils fait pour accéder à une telle richesse ? En fait, c’est assez simple. Au temps de l’inflation, des emprunts et des achats de biens, si vous aviez de bonnes relations, il était facile d’obtenir des crédits. Les banques voulaient prêter de l’argent et les fonds de pension achetaient des obligations avec jubilation. Ensuite vous remboursiez votre dette aisément : l’argent du prêt avait entretemps été dévalué et votre compagnie avait prospéré. En fait, vous rachetiez votre compagnie avec l’argent que celle-ci avait fait.

Pour les hommes d’affaires, le timing est essentiel. Il s’agit de rembourser la dette avant que les temps difficiles n’arrivent.

Il faut savoir anticiper et sortir du jeu avant d’en être la victime. Mais même si on le sait, on n’y arrive pas toujours.

Tout d’abord, certains biens ne sont pas transférables en argent liquide, il faut donc vendre et ce n’est pas toujours aisé.

Mais surtout, personne n’a vraiment envie d’arrêter : c’est comme si, sachant qu’une fête va mal se terminer, on la quittait alors qu’elle bat son plein. Quelques hommes d’affaires y sont arrivés, mais Danker, non, comme beaucoup d’autres.

Quel est le problème d’IDBH ? 


IDB Holdings (ou IDBH) est un ensemble de compagnies de différents domaines : assurances, portables, bio-tech, commerces de vêtements, ciment, immobilier, services financiers et produits chimiques. Mais IDB Holdings tient plus de l’inventaire de Prévert que d’un groupe solide et homogène. D’ailleurs, le principe du conglomérat ne se fait plus aux Etats-Unis et ce, depuis 30 ans.

Quoi qu’il en soit, si les compagnies d’IDB font de l’argent, elles peuvent payer leurs dettes. Mais si elles n’en font pas, elles ne peuvent les rembourser. Or, dernièrement, Cellcom, Super-Sol, Clal Insurance ou Nesher Cement, jusque-là prospères, ont dû faire face à une concurrence de plus en plus importante et ont réduit leurs profits de manière significative.

Le problème actuel d’IDB est lié à trois décisions fatales que Danker a lui-même prises. Premièrement, il a acheté de nombreuses valeurs boursières de la banque du Crédit Suisse global. Au début, on a salué son génie puisque le prix de l’action est monté de 20 dollars en 2008 à presque 60 en 2009.

Mais depuis, les actions du Crédit Suisse ont plongé de nouveau et sont retombées à 21 dollars. Le conglomérat de Dankner a donc subi de lourdes pertes.

Deuxièmement, Dankner s’est associé à Tshuva, autre grand magnat, pour acheter des terrains à Las Vegas au prix faramineux de 1,24 milliard de dollars. Le paiement s’est fait grâce à des prêts. Et aujourd’hui, les terrains valent bien moins que la somme empruntée.

Enfin, en mars 2011, Dankner IDB, par l’intermédiaire de Discount Investments, a acheté le quotidien Maariv avec un nombre exagéré de 2 000 employés et des pertes accumulées depuis 2000 d’un montant de 800 millions de shekels. Une transaction qui a provoqué en 2011 une chute des actions de Discount Investments de 60 %. En septembre 2012, Maariv a été revendu à l’éditeur Shlomo Ben-Zvi, mais IDB est encore tenu responsable de ses dettes.

Bien que Maariv l’ait défendu contre les médias de la presse et de la télévision les plus hostiles, il est clair que Dankner a voulu se faire plaisir, à un prix fort coûteux. Deux porteurs de bons minoritaires de Discount Investments ont ainsi poursuivi IDBH et Dankner en justice. Pour eux, acheter Maariv c’était «manquer de logique du point de vue des affaires et de l’économie». Comme l’a noté Stella Korin- Lieber, «Dankner n’a pas prêté attention aux changements qui se passaient dans le monde des affaires. Très arrogant, il avait la conviction que ‘tout irait bien’».

Nul ne sait comment le conflit entre Dankner et ses créanciers se résoudra. L’homme semble miser sur le temps, il espère que son investissement s’améliorera pour générer des liquidités qui lui permettront de s’acquitter de ses dettes.

Mais justement, comme le temps presse et que l’échéance se rapproche, il se pourrait que d’ici peu, Dankner ne soit plus un magnat.

Alors, quelle est la morale de l’histoire ? Ou à qui la faute ? Il y a assez de reproches à distribuer pour tout le monde.

Dankner, lui-même, a commis de terribles erreurs. De son côté, le conseil d’administration d’IDBH ne l’a pas assez contrôlé. Les régulateurs de la Banque d’Israël, eux, ont été laxistes. Sans compter la négligence des banques et des fonds de pension qui lui ont prêté de l’argent sans précaution.

Enfin, nous, citoyens ordinaires, sommes certainement à blâmer. Il faut ne nous en prendre qu’à nous-mêmes et à notre passivité. Nous n’avons pas exigé l’interdiction de ce genre de pyramides financières qui ont permis à la petite compagnie de Dankner, Genden Holdings, de contrôler une grande part de l’économie israélienne. Nous avons permis à ces hommes d’affaires d’emprunter de manière irresponsable de grandes sommes. Nous méritons donc d’être dans le pétrin où les magnats nous ont entraînés.

Un groupe de protestation sociale appelé Israël Yekara Lanou (Israël nous est cher) a ainsi déclaré : «Les banques ont profité des milliards de dollars que nous, citoyens israéliens, avons déposé pour fournir des prêts aux magnats afin qu’ils puissent monopoliser le marché. Puis, ceux-ci ont augmenté le prix de leurs produits pour rembourser leurs dettes.» Il y a du vrai là-dedans.

Notre seule consolation, bien qu’elle soit modeste, est que la récession globale qui a maintenant un impact sur Israël et frappe tout le monde pourrait réduire l’énorme puissance économique exercée par les magnats.

L’auteur est un chercheur vétéran à l’Institut S. Neaman du Technion, Institut de technologie d’Israël.


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