Les vrais ressorts du conflit israélo-palestinien

Pour Lucien-Samir Oulahbib, le refus des Arabes de perdre la face dans les affaires domestiques et internationales est une donnée récurrente qu’il faut prendre en compte dans les négociations

By KATHIE KRIEGEL
July 1, 2014 13:03
4 minute read.
Checkpoint à Hébron

Checkpoint à Hébron. (photo credit: MARC ISRAEL SELLEM/THE JERUSALEM POST)

Quels sont les facteurs qui sous-tendent cette peur de perdre la face dans le monde arabo-musulman ?

J’y vois deux raisons ; l’une est théologique et intrinsèquement liée à l’islam, avec, entre autres, l’absence de libre arbitre. L’autre est nourrie par le nationalisme arabe et la prééminence des Arabes sur les autres musulmans. Et les deux sont en constante interaction. Selon le Coran, les chrétiens et les juifs sont déviants (5.51) et de ce fait sont destinés à être dominés. S’ils ne l’avaient pas été, Allah n’aurait pas eu besoin d’envoyer son prophète, et c’est pourquoi leur comportement doit être rectifié (2.40).

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La Bible serait un livre falsifié. Les plus modérés n’en lisent que certaines parties seulement. Par conséquent, il est impossible de donner une patrie aux juifs, peuple déviant, puisque cela s’oppose fondamentalement au dogme dont les Arabes ont la charge.

Le nationalisme arabe et l’islam sont les deux faces de la même pièce. Mahomet c’est l’expansionnisme, c’est l’honneur universel. Sans oublier que le monde arabo-musulman est atteint du syndrome du peuple élu. « Arabe » veut dire « élu ». Le terme est né avec Mahomet, car il veut dire aussi « le meilleur des musulmans », d’où le nom d’arabe donné à la tribu du prophète et de ses descendants.

Il est indispensable de s’accorder sur la vérité historique. Ni les Philistins, ni les Amonites, ni le peuple Basan n’étaient des Arabes. On observe un mimétisme par rapport au peuple juif ; on est le peuple élu quand on descend directement de Mahomet.

De plus, côté occidental, la seule structure, c’est la nation, qui s’appuie sur le système républicain et démocratique. Or dans le monde arabo-musulman, la loi humaine peut servir de jurisprudence, mais elle ne peut se substituer à la loi divine, la seule valable et légitime.

Comment expliquez-vous la difficulté qu’ont les Occidentaux et, au tout premier plan, la gauche  à comprendre les vrais ressorts du conflit israélo-palestinien ?

Le prolétariat, dans l’imaginaire plutôt marxiste que les Russes ont construit, est cette image de l’ouvrier souffrant et parce qu’il souffre est un rédempteur. C’est lui, à l’intérieur de sa souffrance, qui sait comment juguler le mal et construire une société meilleure. Quand cela a dépéri avec le léninisme et le stalinisme, on l’a retrouvé dans la symbolique du tiers-mondisme, puisqu’on considérait que c’est par son soi-disant pillage que l’occident en était responsable.

L’émigré est un être humain, avec son sens de l’honneur, qui veut défendre son espace, sa culture, et si on ne lui met pas de limites, il a tendance à vouloir recréer le monde qu’il a quitté. Mais si on veut « être » ensemble, c’est-à-dire « faire des choses ensemble », il y a des limites qu’il faut indiquer.

Or, cela apparaît comme raciste en raison de la vision théologique de l’émigré comme porteur d’une révélation qui est celle de l’humanité en souffrance et cela s’est substitué au prolétariat. Le conflit israélo-palestinien présente aussi un miroir pour toute une fraction d’Occidentaux à la recherche d’un prolétariat imaginaire.

Comment expliquez-vous le « palestinisme » exacerbé des Occidentaux ?

Les pays du tiers-monde ont remplacé ce mythe du prolétaire, sauveur de l’humanité et on doit à Jean Genet d’avoir déplacé le curseur sur les Palestiniens. Le « palestinisme » procède de cette substitution. Qui occulte les autres souffrances, car la gauche se croit devoir protéger les pauvres, les orphelins et les dominés. Et comme les Palestiniens sont dominés et qu’on a l’impression que c’est à cause d’Israël et les Américains, il y a identification et on considère que leur problème vient uniquement de la présence israélienne.

D’ailleurs il faut se souvenir que les Américains étaient contre l’indépendance d’Israël au départ et les Soviétiques y étaient favorables. De plus, l’extrême gauche et la gauche sont orphelines de « patries » du socialisme (la dernière en date étant Cuba), d’où ce besoin exacerbé de « Palestine ».

Dans la psyché occidentale, le peuple déicide a été remplacé par le peuple « palestinocide » qui opprime après avoir été opprimé etc. C’est une des raisons pour lesquelles les chrétiens collaborent complètement à cette idée-là et soutiennent le narratif palestinien.

Pourquoi la laïcité ne trouve pas sa place dans ces populations ?

Regardons la Tunisie par exemple. L’universalisme né en occident qui leur a été apporté, a été perverti par le courant tiers-mondiste. Ce qui fait que les couches sociales urbanisées, liées au processus de production industrielle, n’ont pas été élevées dans une culture séculière et laïque où l’individu est considéré dans sa spécificité, avec une culture appropriée. Et comme ils n’ont pas eu cela, ils sont tombés d’un extrême à l’autre ; c’est-à-dire dans un nihilisme alimenté pas les courants critiques, qui ont annoncé les courants antiproductivistes, écologiques et autres.

La seule éthique admissible étant d’identifier l’émigrant au prolétaire. Et il ne faut pas toucher aux enfants. Mais tout le reste n’a pas été remis en cause ; cela a donné le libéralisme sauvage d’un côté et la diabolisation du patron de l’autre.

Dans les mœurs de cette génération arabisée et orientalisée, il n’y a pas de structure intermédiaire, que nous avons avec la poésie et la littérature par exemple, qui évite d’en passer par la religion. Donc du fait de cette absence, ils n’ont pas été assez forts pour construire des structures alternatives, ils ont laissé l’éducation aux islamistes. En France, ceux qui étaient ouverts sont allés dans les affaires et ont laissé l’université à l’extrême gauche et à une génération déconstructionniste, et ils sont prêts à toutes les compromissions qui vont jusqu’à tolérer l’oppression des homosexuels dans les pays arabes par exemple.

Propos recueillis
par Kathie Kriegel

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