Magistral coup de filet

Il aura fallu l’intervention d’un détective druze, de prélèvements d’ADN, de la police et des services de renseignements pour arrêter le violeur de la femme de 83 ans, à Tel-Aviv.

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February 6, 2013 14:59
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CH.-SUPT. MIRI PELED, head of the Intelligence and Investigations branch of the Yiftach sub-district

CH.-SUPT. MIRI PELED 300. (photo credit: Ben Hartman)


Ce 21 décembre, la police de Tel-Aviv reçoit un coup de fil inquiétant : un homme déclare que sa soeur a été violée dans son jardin, à proximité de la gare centrale. Le violeur vient de s’enfuir dans une des multiples ruelles de la zone. La police arrive sur les lieux en quelques minutes pour découvrir une femme israélienne de 83 ans, en état de choc.

Miri Peled, chef du service des renseignements et des investigations, raconte que les forces de l’ordre ont tenté d’en savoir plus sur l’identité de l’agresseur, avant l’arrivée de l’ambulance. Sa description ? Un jeune homme noir, vêtu d’un jean et d’un t-shirt. Un début, certes, mais bien insuffisant pour les enquêteurs.

En effet, dans ce sud de Tel-Aviv, majoritairement habité par des centaines de réfugiés venus d’Afrique de l’est – d’Erythrée ou du Soudan –, le type africain n’est pas ce qui manque.

« Les policiers ont interrogé les proches de la vieille dame, pour tenter de savoir s’ils pouvaient identifier l’individu lors d’une confrontation. Très vite, ils se sont rendus compte qu’ils ne le trouveraient pas de cette manière », rapporte Peled, mercredi 30 janvier.

Pendant ce temps, une brigade spéciale est mise en place avec pour mission d’interroger les résidents du quartier, et d’établir un portait du jeune homme. Deux jours plus tard, première étape de l’enquête : on prévient Peled que l’ADN prélevé sur la victime a été isolé, prêt à être analysé. Le prélèvement est envoyé au laboratoire de Jérusalem où il est placé en tête des analyses à effectuer.

Le mardi suivant, à 16 heures, les résultats tombent.

Et établissent le lien avec l’ADN de Rubal Fadul, réfugié érythréen de 19 ans, vivant à Tel-Aviv. Le jeune avait déjà été arrêté l’été dernier, alors qu’il tentait de voler des sacs sur les plages de la Ville Blanche. La police avait alors prélevé son ADN et l’avait photographié.

Une enquête dernier cri 

La photo de Fadul est alors téléchargée sur le WhatsApp (une application de messagerie pour Smartphones) des forces de l’ordre de Tel-Aviv qui peuvent patrouiller avec le visage de l’agresseur sur leurs téléphones.

Peled se souvient : « Nous étions des centaines de policiers du quartier accompagnés de la police des frontières et de détectives. Nous faisions du porte à porte dans la zone de l’agression. » Et d’ajouter : « Les prostitués et les drogués du quartier n’avaient aucune idée de ce qui se passait. » C’est à ce moment-là qu’interviennent les services de renseignements. Nizar Saruf, détective druze arabophone, spécialisé dans la communauté des réfugiés africains, envoie ses équipes collaborer avec la police. Ensemble, ils vont interroger les habitants dans les bars, cafés et parcs des alentours.

Les témoignages des réfugiés se révéleront un atout inestimable pour l’enquête. « Ils ont un intérêt à évincer les individus tels que lui de leur communauté. Quand il se passe quelque chose de grave, ils coopèrent beaucoup avec nous, ils ne veulent pas de ces gens-là non plus ! », se félicite Peled.

Quelques heures plus tard, à 22 h 15, la police reçoit un indice d’un membre de la communauté. Fadul serait sur une plage de Tel-Aviv. Les équipes se mettent en route et l’arrestation du violeur se déroule sans incident. Un échantillon d’ADN est à nouveau prélevé pour confirmer l’exactitude des résultats.

Quatre jours plus tard, plus d’une semaine après les faits, le terrible fait divers est enfin relayé par les médias israéliens L’interdiction de publication avait été décrétée en accord avec les journalistes pour éviter une montée des tensions entre les vétérans israéliens et les réfugiés africains du sud de Tel-Aviv.

« Si je cherche quelqu’un, chaque article paru dans la presse va le faire fuir encore plus. Nous voulions qu’il baisse sa garde, qu’il ne se sente pas traqué », explique Peled. Avant d’ajouter : « Les gens savaient globalement ce qui se passait, ils n’avaient pas besoin que la presse le leur confirme… ».

Une arrestation peut en cacher une autre

Cette haut gradée affirme également que les équipes supplémentaires de police ont permis de mettre la main sur un individu de 21 ans, David Gaberzagir, lui aussi érythréen.

Il avait été arrêté une première fois, il y a un an et demi, pour coups et tentative de viol sur une femme de 50 ans dans son appartement de Tel-Aviv.

Il avait toutefois été déclaré « irresponsable » pour motifs psychologiques, épargné de procès et envoyé au Centre psychiatrique Abarbanel de Bat-Yam pour traitement. En novembre dernier, l’hôpital le libère pour bonne conduite, sans en avertir la police.

Deux jours plus tard, les enquêteurs déposent une nouvelle mise en accusation et apprennent avec stupeur que nul ne sait désormais où se trouve le suspect. L’opération pour retrouver Fadul a permis de faire d’une pierre deux coups.

Le 22 janvier, un proche de la victime de 83 ans est assis dans le jardin de celle-ci, et parle au téléphone. Lentement, il se dirige vers l’endroit de l’agression, les mains tremblantes.
Il raconte que depuis un mois, la victime vit chez sa soeur, trop terrifiée pour rentrer chez elle. L’arrestation du coupable pourra peut-être lui permettre de réinvestir son lieu de vie.


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