Mettre fin à la faim

Le ministre des Affaires Sociales présentera bientôt un rapport sur la pauvreté en Israël et les moyens de la combattre

By YAACOV BAR ON
January 14, 2014 16:36
Meir Cohen

P11 JFR 370. (photo credit: MARC ISRAEL SELLEM/THE JERUSALEM POST)

 
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Le social dans la peau. Meïr Cohen a 58 ans. Arrivé du Maroc avec sa famille dans son jeune âge, il a grandi dans un camp de transit pour immigrants (maabara) à Yeroham, avant de s’installer à Dimona avec ses parents et ses 5 frères et sœurs. L’une de celles-ci, Ruti, est aujourd’hui l’épouse du député Hatnoua Meïr Chétrit.
Cohen a fait son service militaire dans une unité de parachutistes de Tsahal, avant d’obtenir une licence d’histoire du peuple juif et un master de pensée juive. Il travaillera 26 ans dans l’éducation et deviendra directeur du lycée Zinman, à Dimona.
De 2003 à 2013, il officie comme maire de la ville avec une efficacité qui lui vaut des louanges. Il développe la culture en instituant un théâtre et un cinéma, met en place des programmes de protection de l’environnement, fait construire un centre médical d’urgence et améliore le réseau de transports publics.
Quand Yaïr Lapid lance Yesh Atid, Meïr Cohen s’associe à l’aventure. Numéro 4 sur la liste du parti, il entre à la Knesset en compagnie, entre autres, de Shaï Piron et Yaël Guerman, qui deviendront respectivement ministre de l’Education et ministre de la Santé. Entretien

Aviez-vous rêvé d’obtenir le ministère des Affaires Sociales, ou espériez-vous plutôt celui du développement du Néguev et de la Galilée ?

J’ai été ravi que l’on m’attribue ce ministère, car c’est un domaine dans lequel j’ai acquis une expérience considérable en tant que maire. Il a été trop négligé pendant de nombreuses années. Il faut dire que ce n’est pas un travail de tout repos. Le ministre des Affaires Sociales doit affronter les aspects les moins reluisants de la société israélienne : les pauvres et les personnes âgées. Je travaille avec des spécialistes du social qui s’investissent corps et âme pour aider les personnes et les communautés dont ils ont la charge.

Cet entretien avec Meïr Cohen a été réalisé le lendemain de la publication des chiffres sur la pauvreté par Latet, une ONG qui vient en aide aux populations défavorisées d’Israël. Des statistiques qui font froid dans le dos. Par exemple, 50 % des parents de famille recevant de l’aide ont avoué qu’il est arrivé plus d’une fois à leurs enfants de passer une journée entière sans manger.

Cette donnée ne vous a-t-elle pas choquée ?

Si, bien sûr, et j’aurais été tout aussi choqué s’il avait été, non pas de 50 %, mais de 10 %.
La pauvreté est devenue un problème national qui doit concerner l’ensemble de la population, et pas seulement les plus misérables. Pour combattre ce fléau, j’ai créé un comité indépendant dirigé par Elie Alalouf, lauréat du Prix Israël, que j’ai chargé d’élaborer un plan d’action. Nous présenterons ses recommandations au gouvernement, même si ces dures réalités ne vont pas faire plaisir à tout le monde.

Qu’est-ce que cela vous fait de savoir que des gens ont faim en Israël ?
J’ai vu des enfants bédouins affamés près de chez moi, à Dimona. Je leur ai demandé de quand datait leur dernier repas et ils m’ont répondu qu’ils n’avaient rien mangé depuis le déjeuner de la veille. J’ai ensuite demandé aux services sociaux de ma municipalité de me dresser une liste de 120 familles bédouines dont les enfants ne mangeaient pas à leur faim et j’ai pris ces familles en charge. En tant que ministre des Affaires sociales, je ne peux pas permettre qu’il y ait tant d’enfants sous-alimentés en Israël.

Vous vous êtes engagé à allouer 60 millions de shekels à des ONG qui distribuent de la nourriture aux nécessiteux. Ne croyez-vous pas que l’Etat devrait plutôt aider directement ces personnes défavorisées ?

Mon objectif, c’est que le gouvernement prenne les choses en main et endosse cette responsabilité, sans pour autant arrêter ses subventions aux ONG.
Quand j’étais maire de Dimona, j’ai fait très souvent appel à ces merveilleuses organisations. Je me suis appuyé sur elles pour aider certains habitants de ma ville.
Quand j’ai été nommé ministre, j’ai officiellement annoncé que ces organisations ne cesseraient pas de recevoir ces subsides et que je les considérais comme des partenaires à part entière. Ce qui ne veut pas dire que je ne prends pas mes responsabilités vis-à-vis du problème de la pauvreté. Les bénévoles de ces organismes sont très dévoués, mais cela ne devrait pas être à eux de faire tout le travail.

Faut-il s’attendre à voir de plus en plus de gens fouiller dans les poubelles à la fin des marchés ?

Non, ce phénomène va cesser d’exister, mais pas du jour au lendemain. Pour en venir à bout, nous devons d’abord comprendre qu’il y a plus de souci à se faire pour nos problèmes sociaux que pour la menace iranienne.
Autre problème crucial : la récente vague de licenciements. Les entreprises ont été trop promptes à dégraisser. Elles auraient dû plutôt accepter de réduire leurs profits. A 40 ou 50 ans, il est très difficile de retrouver un emploi quand on a été licencié.

Interrogé sur son parti Yesh Atid Meïr Cohen fait l’éloge du ministre de l’Education Shaï Piron, qui a rallongé la journée d’école, et de la ministre de la Santé Yaël Guerman, qui a amélioré les prestations de santé.

Avant Yaïr Lapid, aucun ministre n’avait réussi à accroître le budget du ministre des Affaires sociales d’un milliard de shekels, et cela sans compter les aides versées aux survivants de la Shoah. Notre objectif, à court terme, est de réduire la pauvreté de 10 %, et nous savons que c’est réalisable. On ne peut pas accepter qu’un pays qui produit le plus de prix Nobel au nombre d’habitants soit incapable de prendre le problème de la pauvreté à bras-le-corps.

Mais nombreux sont ceux, aujourd’hui, qui estiment que Yaïr Lapid n’a pas tenu sa promesse de venir en aide aux classes moyennes…

Les Israéliens ont la mauvaise habitude de toujours chercher quelqu’un à blâmer. Au plus fort de la tempête de neige, quand les employés de la compagnie d’électricité grimpaient aux poteaux électriques par un froid polaire pour essayer de réparer les dégâts, le Premier ministre s’est empressé de critiquer publiquement la compagnie d’électricité.
Les gens cherchent toujours quelqu’un à blâmer, et ils sont prompts à calomnier la classe politique. En ce qui concerne la pauvreté, il faut savoir que Yaïr Lapid a endossé la responsabilité du problème et qu’il se démène pour venir en aide aux populations les plus faibles. Ainsi, quand je lui ai décrit la situation dramatique des survivants de la Shoah, il leur a aussitôt alloué un budget de 500 millions de shekels.

95 % des personnes âgées affirment que leur retraite ne leur permet pas de vivre dignement. Comptez-vous engager des réformes dans ce domaine ?

Oui, tout à fait. Toutes les personnes âgées qui ne sont pas en état de travailler devraient toucher des retraites plus importantes. C’est impératif. Je suis convaincu que l’une des premières conclusions du comité sera qu’il faut augmenter les allocations destinées au troisième âge.
Le président Shimon Peres a récemment déclaré : « Pour ma part, bien sûr, je suis jeune, mais j’estime que toutes les personnes âgées d’Israël devraient recevoir immédiatement une prime de 1 000 shekels ». En fait, je ne suis pas tout à fait d’accord avec lui : je ne crois pas qu’une prime isolée puisse régler quoi que ce soit. Ce sont leurs allocations mensuelles qu’il faut augmenter.

Mais il y a 5 mois, les allocations familiales ont été réduites de 30 %.

Et cela n’a rien d’une coïncidence. J’ai moi-même grandi dans une maabara dans les années 1960. Nous étions 9 dans la famille et, à l’époque, il n’y avait pas d’allocations familiales en fonction du nombre d’enfants. Il faut veiller à ne pas sacraliser ces allocations familiales. Pendant des années, elles ont représenté une façon pour le gouvernement de se dégager du problème. L’Etat offrait aux familles une petite obole au lieu de veiller à ce que l’éducation et les services de santé en périphérie soient acceptables. Personne ne me fera croire qu’une allocation de 300 ou 400 shekels par mois pourra aider quiconque à sortir du cycle de la pauvreté. Mais cela suffit en revanche à dissuader les gens de sortir chercher du travail. Quand j’étais maire, cela me révoltait de voir tant d’adultes venir demander des allocations après en avoir reçu durant toute leur enfance ; ces gens-là préféraient vivre avec cet argent plutôt que de chercher du travail.
Je suis très heureux que le ministre de l’Economie Naftali Bennett ait entrepris de créer de nouvelles zones industrielles et commerciales au nord et au sud ; il a proposé des réductions d’impôts et des primes afin d’inciter les entreprises à aller s’implanter en périphérie et à fournir ainsi du travail aux populations locales. 

 


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