Mofeed : activiste traditionaliste

Entre la tente, les études supérieures et le militantisme, Mofeed ne veut pas choisir.

By YOHAV OREMIATZKI
August 27, 2013 15:59
3 minute read.
Mofeed Abu Swelim, éducateur à Segev Shalom.

P12 JFR 370. (photo credit: Eva Tapiero)

 
X

Dear Reader,
As you can imagine, more people are reading The Jerusalem Post than ever before. Nevertheless, traditional business models are no longer sustainable and high-quality publications, like ours, are being forced to look for new ways to keep going. Unlike many other news organizations, we have not put up a paywall. We want to keep our journalism open and accessible and be able to keep providing you with news and analyses from the frontlines of Israel, the Middle East and the Jewish World.

As one of our loyal readers, we ask you to be our partner.

For $5 a month you will receive access to the following:

  • A user uxperience almost completely free of ads
  • Access to our Premium Section and our monthly magazine to learn Hebrew, Ivrit
  • Content from the award-winning Jerusalem Repor
  • A brand new ePaper featuring the daily newspaper as it appears in print in Israel

Help us grow and continue telling Israel’s story to the world.

Thank you,

Ronit Hasin-Hochman, CEO, Jerusalem Post Group
Yaakov Katz, Editor-in-Chief

UPGRADE YOUR JPOST EXPERIENCE FOR 5$ PER MONTH Show me later Don't show it again


« Si je vivais encore à Wadi Na’am, je vous recevrais dans ma tente. » Les mythes entourant les Bédouins ont la peau dure, mais la vie urbaine ne semble pas avoir altéré leur sens de l’hospitalité. Après avoir rencontré Mofeed Abu Swelim au centre éducatif de Segev-Shalom, au sud-est de Beersheva, où il travaille, le jeune homme de 29 ans paie sa tournée dans une salle de billard flambant neuve, autour d’une chicha.

Entre le centre éducatif et le bar, on longe des rues désertes, bordées d’affiches électorales. Quelques minarets se détachent au-dessus de rangées de maisons plus ou moins bâties. Le soleil souffle à travers une couverture terreuse qui vous gifle le visage. Pas âme qui vive à première vue.

Devant le Prince Coffee, 5 voitures blanches sont garées en ligne dans un parking où une fumée toxique s’échappe d’une benne à ordures. Situation à la napolitaine, et signe d’un défaut de services publics.

« Quitter Wadi Na’am pour habiter avec ma mère à Segev-Shalom m’a brisé de l’intérieur », confie celui dont les ancêtres sont venus d’Arabie Saoudite en Palestine il y a près d’un siècle. « Un représentant de l’autorité pour le transfert des Bédouins venait de temps en temps pour convaincre ma mère d’abandonner sa maison sur laquelle planait un avis de démolition, contre un accord de compensation. Sans soutien, elle a fini par signer il y a 6 ans, mais la plupart de ma famille et de mes amis y sont restés. »

Après cette déchirure du début de l’âge adulte ravivant des scènes de frayeur enfantine liée à la venue de bulldozers, Mofeed est témoin d’une scène qui le convainc de se lancer dans l’activisme. « Mes amis et moi avons visité le village de Rahma, près de Yeroham. On y a vu une femme seule avec 9 enfants. Sa maison avait été démolie. Nous avons collecté des dons, ouvert une page Facebook, et la communauté a réagi massivement. »

« Nous sommes de moins en moins Bédouins »

Le jeune homme utilise les réseaux sociaux pour la contagion virale de la cause des Bédouins du Néguev. Attaché aux racines et à la mémoire, il se plaît aussi à mettre par écrit les recettes médicinales des anciens qui « se perdent avec l’urbanisation ». « Contrairement aux anciennes générations, nous n’avons pas peur », assure-t-il. « Nous avons une conscience politique, et nous voulons créer une nouvelle forme de contestation pour nous faire entendre ». L’activiste donne ainsi le sentiment de vouloir suivre l’exemple de la médiatisation internationale palestinienne.

Habitué des manifestations contre le projet de loi Prawer-Begin, qui se déroulent régulièrement sur la route de Lehavim, il a été arrêté le 1er août avec 13 autres personnes pour « manifestation illégale, blocage d’une route et agression d’un agent ».

Le programme qualifié de « plus ambitieux pour les Bédouins de toute l’histoire d’Israël » par son responsable Doron Almog, il n’y croit pas un instant. « Comment l’Etat va-t-il nous aider s’il nous concentre dans si peu d’espace ? En tant que résident de Segev-Shalom, je n’arrive déjà pas à trouver une maison. Alors s’ils font venir 10 000 Bédouins des environs… » « Ces idées sont dignes des Mille et une nuits », répond Ami Tesler, de l’équipe de Doron Almog. « Nous allons multiplier Segev-Shalom par 3. »

Mofeed se bat aussi contre les stéréotypes « institutionnalisés » qui entourent les Bédouins dans la société israélienne. Il défie l’Etat tout en exerçant des missions éducatives : « On nous traite de dealers, de voleurs, de gens violents. Personnellement, j’ai fait un service civil national au mouvement de jeunesse Tsofim, pour un projet éducatif entre Juifs et Arabes. J’ai rencontré les mêmes clichés à Omer comme à Beersheva. »

Pour autant, la plupart des amis juifs de Mofeed le soutiennent, mais craignent de venir aux manifestations. « Peut-être ont-ils peur d’être identifiés à ce combat, ou ne connaissent-ils pas la loi dans le détail ? » Une loi qui lui fait comparer le sort des siens à celui des Indiens d’Amérique. L’analogie est pour le moins disproportionnée ? Contrairement aux Indiens, les Bédouins n’ont jamais été décimés par la diffusion de maladies ou les travaux forcés. « C’était peut-être plus facile de les massacrer, mais ici ils nous déracinent et effacent notre culture. On nous appelle Bédouins, mais nous le sommes de moins en moins. »

 


Related Content

February 11, 2018
Les nouveaux « judaïsants »

By DAN HUMMEL