Moins d’unités, plus de flexibilité

Tsahal n’échappe pas à l’effort de restriction budgétaire. Face à ces changements imposés, l’armée évolue.

By YAAKOV LAPIN
July 23, 2013 16:04
Un char à la frontière de Gaza.

P6 JFR 370. (photo credit: Yannis Behrakis / Reuters)

 
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L’heure est à la restructuration. Dans le cadre des restrictions budgétaires imposées par le ministère des Finances, Tsahal réduit tous azimuts : aviation, artillerie, blindés mécanisés et marine. Entre 3 000 et 5 000 soldats de carrière seront congédiés cette année. Tous les entraînements pour réservistes sont annulés d’ici fin 2013.

Deux mois après l’approbation par le gouvernement d’une coupe de 3 milliards de shekels dans le budget de la Défense nationale, les effets s’en ressentent à tous les échelons de l’armée israélienne. Ce qui n’a pas manqué de provoquer un débat chez les hauts gradés. Tsahal peut-il vraiment se le permettre en ce début de XXIe siècle marqué par un chaos régional, la menace continue et massive de roquettes sur le front intérieur, des voisins nord et sud des plus turbulents et surtout, un Iran qui continue son programme nucléaire ? Le chef d’état-major Benny Gantz a présenté son plan de réforme au Premier ministre Binyamin Netanyahou à la mi-juillet. Alors qu’il doit encore être approuvé par le gouvernement, il se murmure dans les couloirs de la Knesset qu’il est surtout destiné à faire peur aux ministres. Mais le ministère de la Défense répète sa bonne foi sur tous les tons et déclare vouloir jouer son rôle dans l’effort de restriction national.

Reste que l’on peut se demander pourquoi ces coupes s’attaquent à certaines unités en particulier. Des unités qui seraient moins importantes que d’autres ? Réponse : Tsahal saisit l’opportunité de cette réforme pour s’adapter à un nouvel environnement, où c’est moins la taille qui compte que la précision de frappe, les renseignements, les nouvelles technologies et les unités de combat mieux préparées que jamais.

L’époque où des armées arabes organisées et hiérarchisées menaçaient la souveraineté d’Israël est en effet révolue.

L’armée syrienne (où ce qu’il en reste) est aujourd’hui au bord de la rupture et se bat pour la survie du régime de Bashar Assad. L’armée égyptienne, une alliée qui ne dit pas son nom mais cherche à maintenir la stabilité du traité de paix, sera occupée à assurer la sécurité sur son front intérieur pour les années à venir.

Une seule certitude : pas de certitude 

Ainsi, une armée plus petite et plus technologique devrait suffire à défendre l’Etat hébreu à l’aube de cette nouvelle ère. Reste que cette école de pensée ne peut prétendre à l’exhaustivité. Les événements qui agitent le Proche-Orient depuis plus de deux ans le prouvent : dans la région, les prédictions ne valent pas grand-chose. Tout peut changer du tout au tout. Et la menace d’une armée arabe hiérarchisée et organisée peut encore surgir à l’avenir, même si cela semble peu probable actuellement.

C’est pourquoi ces restructurations militaires tiennent malgré tout d’une certaine prise de risque. Ce que les hauts gradés reconnaissent ouvertement. Car d’une part, Tsahal se doit de continuer à croître sur la durée, avec des acquisitions stratégiques telles que les Joint Strike Fighter F-35 (destinés à remplacer les avions de chasse F-16), les investissements dans les chars Merkava IV et dans les véhicules de combat d’infanterie Namer. Mais d’autre part, l’armée israélienne ne peut se permettre d’ignorer les changements régionaux et doit prendre en considération les contraintes budgétaires.

Un équilibre difficile à trouver 

Pour le colonel Meir Finkel, les choses ne sont pas si simples. Docteur et directeur du département de la doctrine et de la stratégie des Forces terrestres, il est l’auteur d’une superbe étude, On Flexibility, publiée en 2007 aux éditions Stanford Press University (De la Flexibilité, non traduit). L’ouvrage offre un aperçu de la pensée à l’oeuvre au sein de Tsahal. Selon Finkel, les indicateurs dont il faut tenir compte pour préparer l’avenir militaire sont les suivants : « une aire géographique limitée, une myriade d’ennemis et de fronts, une société réduite mais développée et équipée technologiquement et des ressources économiques limitées, excluant un conflit prolongé ».

De ces facteurs découle une doctrine militaire qui « aspire à la dissuasion, aux avertissements stratégiques fondés sur la collecte de renseignements, aux victoires éclair en terrain ennemi, à la planification fondée sur une armée de carrière limitée, des troupes de réserve importantes en nombre et bien entraînées, un dispositif de renseignements et des branches offensives telles que les forces aériennes et blindées ».

Toujours supposer que la guerre surgira 

Le chercheur explique que la plupart des armées planifient leur avenir en se fondant sur une évaluation réaliste des besoins de sécurité, des stratégies et des tendances technologiques, tout en tenant compte des contraintes budgétaires. De plus, les corps de défense tiennent à maintenir à jour le niveau de leurs équipements.

Une vision qui a fait long feu selon Finkel. Ce dernier réfute en effet l’argument selon lequel il faudrait prévoir les guerres à venir en prédisant la nature des futurs champs de bataille. « L’incertitude est un des éléments fondamentaux de la guerre. Elle est inhérente à toute situation de combat et prend souvent la forme de la surprise », théorise-t-il. Et de préciser que tirer des leçons des guerres passées pour prévoir les batailles à venir conduit souvent à l’échec. « Il faut toujours planifier en supposant que la surprise surgira », martèle-t-il. Et, de fait, ne pas tenter de l’éviter en se basant sur la collecte de renseignements ou la prédiction du champ de bataille. Car la principale cause de l’incertitude émerge directement de la nature humaine, affirme Finkel. Ainsi, alors que la guerre est compliquée par son aspect toujours plus technologique, il faut enseigner aux militaires à réagir rapidement face aux surprises. C’est-à-dire se reprendre le plus vite possible.

C’est pourquoi, conclut-il, tenter de préparer l’avenir en réajustant la doctrine, la technologie ou l’armement est « une pensée à la valeur douteuse ». Ce qu’il faut, c’est créer une « atmosphère d’ouverture aux nouvelles idées et un état d’esprit constructif pour gérer l’incertitude ».

La doctrine qui en découlera évitera le dogmatisme et accordera la même importance à toutes les stratégies militaires : « l’offensive comme la défensive, l’avancement comme le retrait ».

Objectif : créer une culture de la flexibilité, ainsi que des commandants capables de gérer les surprises en plein terrain. Un état d’esprit qui, selon Finkel, sera la clef des victoires à venir, tout autant sinon plus que le nombre de chars ou d’unité d’artilleries dont disposera l’armée de défense d’Israël.

 


 


 


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