Munich, toujours à l’esprit

Quarante ans après le drame, un Israélien se souvient précisément de ces Jeux de Munich 1972

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August 1, 2012 13:53
4 minute read.
Minute de silence par la délégation israélienne

Massacre de Munich . (photo credit: Reuters)

 
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Comme des milliards de  spectateurs du monde entier, j’étais devant mon poste de télévision pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques à Londres. Et comme la grande majorité des Israéliens, je bouillonnais devant la décision des organisateurs d’ignorer l’assassinat de 11 de nos sportifs aux Jeux de Munich, en 1972. En signe de protestation, j’ai éteint mon écran pendant une minute, où je me suis remémoré l’attentat d’il y a maintenant 40 ans. En observant la parade de la délégation israélienne - Shahar Zubari en tête, portant notre drapeau - je me suis souvenu du membre de sa famille, le lutteur Gad Zubari, le seul qui avait réussi à s’échapper de la pièce prise d’assaut par les terroristes, dans le village olympique de Munich. A ce moment, deux images ont défilé devant mes yeux. L’une, la délégation israélienne à Munich, en uniforme bleu et blanc, paradant joyeuse et souriante pour la cérémonie d’ouverture. L’autre, les 11 véhicules de Tsahal, contenant chacun d’eux un cercueil avec les restes des corps de nos athlètes assassinés.

J’étais alors marié depuis un an, ma femme était au début de sa grossesse de notre premier fils, et nous vivions dans un petit appartement dans le quartier de Yad Eliyahou à Tel-Aviv. Devant notre poste noir et blanc, qui diffusait principalement des images enneigées, nous devions régler l’antenne pour obtenir une meilleure réception. Des morceaux choisis des Jeux olympiques étaient diffusés de temps à autre, en noir et blanc, et le principal moyen de se tenir informé des derniers événements restait notre imposant et vieux poste de radio, placé dans la demi-pièce qui nous servait de chambre à coucher.

Une affaire personnelle 

A la télé, j’entrevoyais la course de Shachamorov pour la finale du 100 mètres et les merveilleuses performances du nageur juif, Mark Spitz, que j’avais pu voir de mes yeux évoluer comme un dauphin dans la piscine de Yad Eliyahou, lors des précédentes Maccabiades. J’avais une émotion particulière pour ces Jeux. L’expert en tir, Kehat Shorr, entraînait mes élèves de la Gadna, à proximité du stade Ramat-Gan, alors que j’étais professeur au lycée Ironi Hey à Tel-Aviv. C’est ainsi que nous bavardions souvent. Shorr connaissait aussi ma femme, qui était instructrice à la Gadna à cette même époque. Deux des entraîneurs olympiques des Jeux - Amitzour Shapira et Mooney Weinberg - étaient les professeurs de mon épouse lorsqu’elle étudiait à l’Institut d’éducation physique Wingate, deux ans plus tôt. Elle connaissait l’épouse de Weinberg, et l’entraîneur d’Amitzour, Esther Shachamorov.

Ainsi, nous, jeunes mariés, étions émotionnellement impliqués dans ces Jeux-là, bien audelà de notre passion pour le sport. Dans la matinée du 5 septembre, nous avons entendu pour la première fois à la radio l’attaque des athlètes israéliens par des terroristes. Dès ce moment, nous n’avons pas quitté la chambre à coucher. Collés au poste, nous nous accrochions aux fragments de nouvelles, venues de Munich. Au début, nous avons appris que Mooney Weinberg, l’entraîneur de lutte, qui avait essayé de bloquer la porte aux terroristes avec son corps, l’avait payé de sa vie. Puis tombèrent les nouvelles de l’assassinat de Yossef Romano, l’haltérophile qui avait tenté d’arrêter les tueurs au moyen d’un petit couteau qui se trouvait dans sa chambre, et qui a été tué d’une balle.

Toutes les quelques minutes, les ravisseurs diffusaient un nouvel ultimatum. Des informations, vraies et fausses, perçaient sur la volonté de négocier des Allemands et les exigences des terroristes. Ma femme, en début de grossesse, ne pouvant supporter la tension et la pression, s’était endormie tard dans la nuit. Pour ma part, j’étais resté scotché à la radio.

Assassinés parce qu’Israéliens 

Au petit matin, une dépêche annonçait que les athlètes israéliens avaient été conduits à l’aéroport, et embarqués à bord d’hélicoptères. Les forces de commando allemandes avaient réussi à sauver les otages restés en vie ! Heureux de ce retournement de situation, et pensant à la mort tragique de Weinberg et Romano, je me suis endormi, avec un sentiment de soulagement mêlé à une intense douleur. Dans la matinée, à notre habitude, nous nous sommes réveillés autour de sept heures. Dès qu’elle a ouvert les yeux, ma femme m’a interrogé sur les athlètes. Je lui ai répondu que selon les dernières informations, la plupart d’entre eux avaient été secourus et rentreraient vivants. Nous avons allumé le poste pour entendre les détails, et là, nous avons été exposés à l’horrible vérité. L’opération de sauvetage avait échoué et tous nos athlètes avaient été abattus. Assassinés aux Jeux olympiques - symbole de paix et de fraternité entre les nations. Assassinés parce qu’Israéliens.

Nous nous sommes rendus à l’aéroport de Ben Gourion pour accueillir les cercueils. De l’esplanade des visiteurs (qui existait autrefois), nous avons regardé l’avion atterrir lentement, avec à son bord 11 cercueils drapés du drapeau national. Onze cercueils d’entraîneurs, d’arbitres, d’haltérophiles et de lutteurs qui s’étaient rendus en Allemagne pour représenter fièrement leur pays et sont revenus dans des boîtes. Ces victimes, auxquelles le Comité olympique a refusé de rendre hommage durant ces 40 dernières années. Ces athlètes que le Comité d’organisation britannique, dirigé par Sir Sebastian Coe, n’a pas jugé utile de mentionner lors de la cérémonie d’ouverture, à Londres. Une cérémonie qui a glorifié en longueur l’histoire britannique, mais n’a pu consacrer une seule phrase à des athlètes assassinés pendant des Jeux. Beaucoup d’excuses ont été prononcées. L’assassinat de nos 11 athlètes à Munich est ancré dans l’histoire olympique. Il doit rester dans les mémoires pour montrer au monde que nous sommes, tous, totalement engagés, dans un accord mutuel, pour qu’une telle horreur ne se reproduise plus jamais.


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