Personnel tout terrain

L’unité de sauvetage Golan, qui vient de célébrer ses 30 ans d’activité, compte 70 volontaires.

By OSHRAT NAGAR LEVIT
June 25, 2013 12:38
La plupart des sauvetages se font en terrain difficile.

P14 JFR 370. (photo credit: DR)

« Il y a plus de gens qui proposent bénévolement leurs services que nous ne pouvons en recruter », explique Itzik Barak. « Mais ils ne se rendent pas compte à quel point il est difficile d’aller secourir une personne à midi sous un soleil brûlant. » Le mois dernier, alors que le thermomètre atteignait des sommets, l’unité de sauvetage Golan a été appelée au secours d’une randonneuse à Banyas. La jeune femme s’était cassé la jambe et ne pouvait pas sortir seule du canyon.

Dans les minutes qui ont suivi l’appel, 20 volontaires ont abandonné la tâche qu’ils étaient en train d’accomplir pour courir remplir la mission. Ils ont quitté leur bureau ou trouvé quelqu’un pour garder leurs enfants et ont volé au secours d’une femme qu’ils n’avaient jamais vue.

« C’est ça, la réalité. Ces volontaires ont l’impression d’avoir été envoyés par Dieu pour sauver la vie de telle ou telle personne. Cela a plus de sens que tout le reste. C’est un privilège considérable ! » affirme Arik Ben-Haïm, 38 ans, l’un des 70 bénévoles de l’unité Golan, qui vient de fêter 30 ans d’activité.

Ben-Haïm habite Bnei Yehouda. Il est manager pour la région nord chez le géant de l’alimentation Strauss. Malgré son emploi du temps surchargé, il a toujours dans sa voiture son équipement de secouriste. « Il y a 13 ans, j’ai vécu une expérience que je n’oublierai jamais : c’était Shabbat, j’avais invité des amis à déjeuner à la maison. Tout à coup, ils ont reçu un message : on avait besoin d’eux pour une mission de sauvetage. Ils sont partis sur-le-champ, presque sans dire au revoir. C’est ce jour-là que j’ai décidé de devenir moi aussi bénévole. » « Au début, je n’ai pas compris pourquoi ils partaient. J’ai même été un peu vexé. Mais quand je les ai vus changer d’expression, quand j’ai senti leur énergie et que j’ai remarqué les étincelles dans leurs yeux, je les ai enviés. J’avais envie de participer moi aussi. Depuis ce jour, je fais partie de l’unité.

La fatigue, les muscles endoloris, le mal de dos, rien de tout cela ne peut gâcher la satisfaction que l’on ressent quand on sauve une vie. » 

Moments inoubliables… 

Liat Neeman, 44 ans, abonde dans son sens. Mère célibataire, cette infirmière est l’une des cinq femmes de l’équipe, membre de l’unité Golan depuis 4 ans et demi. « Il est très gratifiant de secourir des blessés graves dans des lieux difficiles d’accès », assure-t-elle. « On ne regrette pas les efforts que cela réclame ! » Yerouham Kantman, 64 ans, qui vit dans le moshav Keshet, est bénévole dans l’unité depuis sa création. Il est religieux, mais cela ne l’empêche pas de répondre aux appels au secours le Shabbat. « Rien n’interdit de transporter une personne sur une civière le Shabbat en cas d’urgence. Quel plaisir de lire la reconnaissance sur les visages quand les gens voient arriver des inconnus prêts à prendre des risques pour eux, à consacrer du temps et de l’énergie pour les aider ! Je me souviens d’une femme enceinte qui marchait sur le sentier de randonnée inférieur de Zavitan et qui s’était déshydratée. Nous étions les seuls à pouvoir la sortir de là.

C’est un moment que je n’oublierai jamais. » L’unité Golan fait partie de la Garde civile, qui couvre le coût des équipements et la formation de l’équipe. Le reste est financé par le Conseil régional du Golan et par les victimes secourues, qui expriment leur gratitude par des dons. Depuis sa création, l’unité a organisé 2 500 missions et secouru 5 000 personnes. Ces dernières années, le nombre de victimes secourues s’est élevé à une centaine par an, avec un taux de réussite de 98 %.

…et souvenirs difficiles 

Le terrain unique que constituent le Golan et la Galilée, avec ses falaises, ses sommets et ses torrents, rend le travail extrêmement difficile. Les randonneurs tombent, se font des fractures ou se perdent sur des pistes non balisées. « Nous avons besoin de brancards pour la plupart des sauvetages », raconte Itzik Barak, 52 ans, bénévole depuis 22 ans. « Nous nous rendons dans des zones très difficiles d’accès et transportons ensuite le blessé ou le malade jusqu’à un lieu accessible pour une ambulance ou un hélicoptère. » L’unité compte plusieurs équipes spécialisées : certaines en cours d’eau violents, d’autres en escalade… Le nombre de personnes qui se portent volontaires augmente chaque année.

Hélas, certaines missions se terminent mal. « En 1991, une petite fille de 13 ans s’était baignée dans une zone du Jourdain remplie de rochers », se souvient-il. « Elle a été emportée par le courant.

Le moment où nous avons dû extraire son corps des eaux tumultueuses restera gravé à jamais dans ma mémoire.

Et aujourd’hui, quand je vois des gens mourir, je ne peux pas m’empêcher de penser aux familles qui sont chez elles et qui ne se doutent pas que, dans quelques minutes, elles vont recevoir un coup de téléphone qui détruira leur vie… » « On n’oublie jamais ceux qui sont morts dans nos bras », renchérit Kantman, « alors qu’on tentait de les sauver. C’est la pire sensation que l’on puisse éprouver : savoir que l’on n’est pas arrivé à temps, que l’on n’a pas réussi. » Ainsi, Ben-Haïm n’oubliera pas la petite fille de 2 ans qui s’est noyée à Banyas, il y a 4 ans. « Nous l’avons cherchée 48 heures dans les eaux déchaînées. C’est l’une des expériences les plus éprouvantes que j’aie vécues dans ma vie. Trouver le corps d’une ravissante petite fille de 2 ans quand on a soi-même un enfant de 2 ans, c’est affreux », affirme-t-il. 

Repousser la mort 

Outre les difficultés, les membres de l’équipe ont des raisons d’être fiers de leurs nombreux succès, comme la localisation du corps d’Ira Gorvitz, du kibboutz Ginossar, disparue à l’âge de 20 ans. Au bout de 3 années de recherches infructueuses, le dossier avait été transmis à l’unité de sauvetage Golan, qui a mené son enquête pendant 6 mois, examinant les détails dont on disposait, enquêtant, posant des questions, revérifiant chaque information. En fin de compte, l’unité a retrouvé le corps au bord d’une falaise dans le sud du Golan.

Il a été très difficile de parvenir jusqu’à lui, car le terrain était miné et ne pouvait être atteint que par des alpinistes.

« Nous n’avons pas sauvé Ira, mais au moins, sa famille a pu l’enterrer et faire son deuil », dit Barak. « Il était tombé dans une zone où seule une équipe comme la nôtre pouvait le retrouver et apporter un peu de paix à ses proches. » Il y a quelques années, une jeune fille de 17 ans a été mordue par une vipère sur le sentier de randonnée Zavitan.

« Il était clair que, si nous ne réussissions pas à parvenir près d’elle à temps, elle succomberait. Nous sommes partis en courant sur le terrain accidenté », raconte Golan. « Quand nous sommes arrivés, elle présentait tous les signes d’une morsure de serpent très grave et nous avons craint pour sa vie. Nous l’avons sauvée, mais c’était moins une ! Il est impossible de décrire le sentiment que l’on éprouve quand on comprend que l’on vient de repousser la mort. » Un autre incident s’est déroulé il y a quelques semaines.

Un groupe de 70 adolescents qui se promenaient le long de la rivière Sion s’est perdu. La nuit, les températures sont glaciales ; il faisait nuit noire, de sorte qu’il leur était impossible de sortir du canyon. D’autant qu’ils étaient tout près de la frontière libanaise et qu’ils craignaient de la franchir sans s’en rendre compte.

« Nous avons mis du temps à les localiser. Une fois que nous les avons ramenés à bon port, je leur ai fait la leçon, je leur ai expliqué qu’ils avaient été inconscients. L’une des adolescentes m’a alors raconté que, durant ces heures difficiles où ils souffraient du froid et craignaient pour leur vie, ils se serraient les uns contre les autres et priaient pour que quelqu’un vienne les secourir. Elle m’a dit : “Quand votre équipe nous a trouvés et que vous nous avez dit, ‘Bonsoir les amis !’ j’ai compris, l’espace d’un instant, ce qu’ont dû ressentir les otages d’Entebbé au moment où ils ont été secourus”. Je sais que tout cela paraît un peu mélodramatique, mais quand on a froid, faim et peur, l’émotion est immense quand on vient vous chercher. C’est quelque chose de très fort. » 

Mi-anges, mi-gazelles 

Le général de réserve Zvika Fogel dirige l’unité Golan depuis quatre ans. « Ce type de volontariat est inconditionnel », explique-t-il. « On peut être appelé 365 jours par an, 24 heures/24. Quand on reçoit un avis nous informant qu’il y a des blessés à secourir, tous les bénévoles disponibles s’empressent d’intervenir. Si les réactions au premier message sont insuffisantes, on en expédie un deuxième et là, les membres de l’équipe font des efforts considérables pour se libérer. Les habitués des randonnées dans le Golan ou la Galilée savent qu’il existe une équipe sur laquelle ils peuvent compter en cas de problème. Ils savent que l’unité de secours Golan pourra les atteindre, même dans les zones les plus difficiles d’accès. » Au fil des ans, l’unité Golan est devenue une grande famille. Une fois sur le terrain, ses bénévoles travaillent en harmonie. Quand ils ne trouvent personne pour les garder, il n’est pas rare qu’ils emmènent leurs enfants avec eux en mission. Ceux-ci restent généralement dans le centre de commandement, mais dès qu’ils ont l’âge, ils sont ravis de participer et d’aider à porter le brancard.

« Il y a une vie avant et une vie après », affirme Efrat Ofek, professeure de 38 ans, secourue alors qu’elle était en randonnée avec ses élèves sur le mont Arbel. « Pendant la promenade, j’ai commencé à me sentir mal. Tout à coup, je me suis mise à vomir, à vomir sans arrêt. Apparemment, je faisais une crise cardiaque. J’avais les yeux et le cerveau en feu et je ne maîtrisais plus mon corps, je ne pouvais même pas me redresser. Et en plus, je me trouvais au bord d’une falaise. Je me disais qu’il serait impossible de sortir d’une telle situation. Cela a été le pire moment de ma vie. Je mourais de douleur, j’étais au bord d’une falaise, l’endroit le plus terrible pour se retrouver coincé, d’un point de vue topographique. Et puis, tout à coup, je les ai vus arriver. Ils escaladaient la falaise comme des gazelles. Ils étaient 15. Ils m’ont posée sur un brancard et m’ont transportée sous un soleil de plomb. C’était extrêmement difficile pour eux, mais ils étaient très professionnels. Ils ont fait ça vite et avec le sourire, sans rien attendre en retour ! » « Je ne savais pas qu’il existait des gens comme ça… Des personnes que je ne connaissais même pas ont quitté leur travail au beau milieu de la journée pour voler à mon secours ! Cela peut paraître inconcevable. Ce sont des anges.

Il ne se passe pas un jour sans que je pense à eux. Cette expérience a transformé ma vie. Elle m’a aidée à relativiser les choses et m’a donné beaucoup de force. »


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