Plaider coupable ou non coupable ?

Moshé se prosterna jusqu’à terre et dit à l’Eternel : « Oui ce peuple est indocile mais Tu pardonneras notre iniquité et nos péchés et Tu resteras notre patrimoine à tout jamais » (Exode XXXIV, 8-9)

By RAV CLAUDE DAVID ZAFFRAN
February 11, 2014 18:38
P 25 150

Moshe brise les tables de la loi. (photo credit: Wikimedia Commons)

 
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Notre Parasha Ki Tissa nous livre sans nul doute un épisode des plus dramatiques de la Torah : l’adoration du veau d’or. Cette malheureuse histoire a décontenancé les talmudistes et autres commentateurs qui, à travers les siècles, se sont penchés dessus pour déceler exactement de quelle folie fut atteint, en pleine période de grâce, un peuple qui a entendu la parole divine sur le mont Sinaï, qui a presque vu Dieu face à face. C’est au sujet de ce peuple en pleine extase que le Roi David s’exclame : « Tu l’as fait pourtant presque l’égal des êtres divins : Tu l’as couronné de gloire et de magnificence » (Psaume VIII, 6).

On peut effectivement se demander comment les Hébreux, qui furent témoins de si nombreux miracles, qui étaient parvenus au suprême degré de sainteté, ont pu choir aussi rapidement et aussi brutalement. Ils ont apporté la preuve que la chute est d’autant plus dure qu’elle arrive de plus haut. Le léger retard de Moshé, seulement 6 heures sur un total de 576 pour revenir vers son peuple du mont Sinaï, ne justifie en rien que ce dernier, qui a entendu de la bouche même de Dieu « Tu n’auras point d’autres dieux que Moi », interpelle Aaron et lui commande d’une seule voix : « Fabrique-nous un dieu qui marche à notre tête » (Exode XXXII, 1).

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Voilà le problème, pour ne pas dire le casse-tête, auquel étaient confrontés les commentateurs qui se mirent non pas à expliquer, mais plutôt à chercher des excuses au peuple élu. Aucun n’a admis clairement que les Hébreux s’étaient rendus coupables d’idolâtrie. Il est impensable qu’ils aient eu l’affront de commettre une telle ignominie.

Nos ancêtres étaient idolâtres

Et pourtant nous voyons comment Moshé brise les Tables de la Loi à la face du veau d’or. Un acte volontairement spectaculaire. Peut-on imaginer en effet qu’un rabbin à la synagogue jette à terre un Sefer Torah devant les membres récalcitrants et retors de sa communauté ? Par sa réaction, Moshé voulait signifier à son peuple qu’il n’était pas digne de recevoir les Dix commandements, parmi lesquels il avait entendu directement de Dieu, et non par l’intermédiaire de Moshé : « Tu n’auras pas d’autres dieux que moi », seul commandement qui en compte en réalité plusieurs, puisque Dieu ajoute : « Tu ne feras point d’idoles, ni d’images quelconques, tu ne te prosterneras pas devant elles, tu ne les adoreras pas ». Cela n’a pas empêché les commentateurs de livrer leurs interprétations personnelles. Pour l’un, l’épisode du veau d’or illustre l’éternelle lutte que se livrent impitoyablement le bien et le mal, et la victoire qui change de camp en fonction des circonstances. Les forces du mal s’acharnent à jeter la confusion et réduire à néant la bonne volonté des hommes qui ne parviennent pas à faire aboutir leurs projets qu’ils ont accompagnés avec enthousiasme et résolution. Voilà tout un peuple qui s’apprête à contracter une alliance avec Dieu pour son avenir, et comme le prédisent nos prophètes, c’est à ce moment-là que les forces du mal s’interposent et font tout échouer.

D’autres commentateurs disent que si cette faute nous paraît aujourd’hui aussi impensable qu’impardonnable, il nous faut la replacer dans le contexte de l’époque. Nous en déduirons alors que dans le monde de l’Antiquité, où le polythéisme prédominait, les Hébreux avaient toutes les difficultés à ne pas se laisser influencer par le milieu ambiant.
« Mitehila ovdé avoda zara hayou avotenou », lisons-nous dans la Hagada de Pessah chaque année pour nous souvenir qu’au commencement, nos ancêtres étaient idolâtres. Le midrash sait nous raconter comment Avraham, premier monothéiste de l’Histoire, détruisit les idoles que son père vénérait et adorait.

Autre argument qui pourrait plaider en faveur des accusés : Moshé était parti vers le mont Sinaï sans avoir emporté avec lui, ni nourriture ni boisson. Les Hébreux étaient loin d’imaginer qu’il eut pu survivre aussi longtemps sans provision. D’ailleurs, Moshé ne le leur apprend que beaucoup plus tard, dans la dernière année de sa vie, quand il leur dit : « Je restais sur la montagne 40 jours et 40 nuits ne mangeant pas de pain, ne buvant point d’eau » (Deutéronome IX, 9). Il les avait quittés comme s’il allait revenir le jour même, voire le lendemain. Attendant impatiemment, pensant que Moshé était mort, seuls dans le désert, ne sachant où ni comment se diriger, ils n’eurent de choix que de lui chercher un remplaçant et dirent : « Faisons-nous un dieu qui marche devant nous pour nous guider, puisque celui-là Moshé, l’homme qui nous a fait sortir d’Egypte, nous ne savons pas ce qu’il est devenu » (Exode XXXII, 1).



Leur intention n’était pas de remplacer Dieu mais uniquement Moshé. En fabriquant une idole, ils ne reniaient pas le Dieu qui les avaient libérés de l’esclavage, ils voulaient simplement un nouveau chef qui serait à même de les mener jusqu’à la Terre promise.
Certains commentateurs ne manquent pas de faire remarquer que sur une population de près de 3 millions, le nombre d’adorateurs n’a pas dépassé les 3 000 (Exode XXXII, 28). Une infime minorité.

Veau d’or vs Tabernacle

Autre circonstance atténuante et de taille avancée par les avocats de la défense. Jusque là sous la conduite de Moshé, les Hébreux menaient une existence relevant du surnaturel. Les miracles se succédaient. Bien qu’évoluant dans un milieu désertique, ils ne manquaient de rien, grâce à Dieu. Il suffisait à Moshé de prier pour que tombe la manne du ciel et qu’ils aient à manger, ou de frapper de son bâton un rocher pour qu’ils aient à boire. N’oublions pas la colonne de nuée qui les guidait le jour et la colonne de feu la nuit. Après le départ de Moshé, il n’y eut ni miracles, ni colonnes, ni guide. Redevenus comme les autres peuples, ils se conduisirent comme eux, jetant leur dévotion sur une idole.

L’épisode du veau d’or a malgré tout renforcé notre conscience collective dans l’attachement indéfectible à l’idée d’un Dieu unique. Depuis 2 000 ans, des milliers de Juifs ont sacrifié leur vie au nom de cette idée Al Kiddoush Hashem. Que ce soit en Espagne pour ne pas renier leur judaïsme, au pied des bûchers de l’Inquisition, ou en Allemagne et en Pologne, à la porte des chambres à gaz. Par leur geste, tous ces Juifs ont proclamé à la face du monde que l’héritage spirituel que nous ont laissé nos ancêtres n’était pas « Voici ton dieu Israël » en désignant le veau d’or mais « L’Eternel Ton Dieu est Un ». Ce Shema Israël, cette phrase était sur leurs lèvres
avant de rendre l’âme.

Notre Parasha se situe entre Terouma et Tetsavé, dans lesquelles Dieu donne les instructions concernant la fabrication du Tabernacle et Vayakel et Pekoudé qui font part de la mise en œuvre et de la réalisation concrète du Tabernacle. Tout se passe comme si l’ordre de Dieu et la concrétisation de l’érection du Tabernacle viennent contrebalancer l’ordre donné par les Hébreux à Aaron de fabriquer un veau d’or, et son exécution. Parmi les objets du Tabernacle, nous ne manquerons pas de mettre en exergue la Menora, ce chandelier à 7 branches que l’Etat d’Israël a choisi comme emblème national. Les 6 branches, 3 de chaque côté, symbolisent les deux plateaux de la balance, avec au milieu la branche centrale marquant l’équilibre, stabilité indispensable à la bonne marche de toute société qui se veut juste.

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