Pourim : l’histoire qui se répète… inexorablement

Chaque année, nous lisons la Meguila, le livre d’Esther. Forts de notre réputation de peuple sage et intelligent, avons-nous retenu les leçons des événements qui se sont déroulés ?

By RAV CLAUDE DAVID ZAFFRAN
March 11, 2014 16:57
P.25 JFR 150

Esther devant Ahasuerus par Giovanni Andrea Sirani. (photo credit: DR)

 
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Avons-nous toujours tiré les conclusions qui s’imposaient ? Tournons nos regards vers l’Histoire et voyons. Au lendemain de la fin de l’empire babylonien, Cyrus, roi de Perse, a pris le pouvoir et donné la possibilité aux Juifs en 538 avant l’ère ordinaire de retourner en Israël et de bâtir le Temple. Il s’adresse à eux et leur dit :  « Celui qui parmi vous veut monter, que l’Eternel son Dieu soit avec lui ». Ce sont les derniers mots de la Bible (II Chroniques XXXVI, 23).

Cet encouragement au retour est marqué par le fait que Cyrus va jusqu’à utiliser le mot « veyaal », qu’il monte, net appel à l’Aliya. Il propose également une aide économique substantielle, l’Agence juive avant la lettre, si l’on peut dire. Hélas, peu de Juifs ont répondu à l’appel : 12 000 la première année et 30 000 l’année  suivante, sous la direction de Zerobavel ben Shaltiel. La grande majorité a préféré rester en exil, psalmodier « Si je t’oublie Jérusalem, que ma main droite m’oublie, que ma langue se colle à mon palais, si je ne me souviens pas de toi » (Psaumes CXXXVII, 5-6) et proclamer « L’an prochain à Jérusalem » à la fin du Seder de  Pessah. Il en a été ainsi pendant des siècles. Certains Juifs ne font pas le pas si on ne les pousse pas, délicatement ou brutalement.

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Le roi Assuérus avait organisé un festin. Les Juifs de Suze la capitale ont été invités. Non seulement ils s’y sont rendus. Politesse et noblesse obligent. Non seulement ils se sont servis pour la forme, mais bien au-delà. Ils ont amplement profité du repas non casher, insiste le Midrash. Pour l’instant, ils vivent en exil, heureux, ils ne  sentent aucun antisémitisme, du moins pas officiellement. Il est vrai que parmi les hautes personnalités du royaume se trouve un certain Memoukhan, qui n’est autre qu’Aman, qu’Assuérus va plus tard nommer Premier ministre.

Cela n’a pas ému outre mesure les Juifs : ils étaient persuadés de n’avoir rien à craindre de cet  antisémite qui ne pourrait de toute manière pas leur nuire, puisque les 127 provinces du royaume étaient, croyaient-ils, plus tolérantes les unes que les autres. Ils ne pouvaient imaginer qu’un antisémite puisse en cacher un autre, des milliers d’autres, comme cela a été avéré à nos dépens dernièrement à Nantes, où des milliers  de billets furent vendus pour donner accès au spectacle d’un bouffon dégoulinant de la haine du Juif. Les Juifs de Perse s’étaient dit qu’un Premier ministre ne peut rien faire sans l’aval du roi. Erreur à nouveau. Lorsque Aman se présente à Assuérus, il va verser une importante somme d’argent dans les trésors du roi afin que  celui-ci ordonne l’anéantissement des Juifs. Réaction surprenante du roi qui retire son anneau, le remet à Aman et lui dit : « Je te laisse l’argent et te donne ce peuple dont tu feras ce que bon te semblera » (Esther III, 10).

L’âge d’or de l’antisémitisme

Lorsque les Juifs apprirent que le roi avait donné les pleins pouvoirs à Aman, ils se rendirent compte de l’extrême gravité de la situation. Selon l’expression de nos sages dans le traité Meguila 14a : Le seul fait apparemment anodin que le roi ait retiré son anneau eut plus de poids que les mises en garde de 48 prophètes et 7  prophétesses, autant d’admonestations qui n’ont pas ramené le peuple sur le droit chemin, comme il est dit : « Ce fut pour les Juifs un grand deuil accompagné de jeûne, de pleurs et de lamentations » (Esther IV, 3). Mardochée avait d’ailleurs façonné une médaille faisant apparaître sur une face une couronne dorée, et sur  l’autre un cilice couvert de cendres. Ainsi voulait-il faire comprendre à son peuple que l’exil le plus confortable peut se transformer rapidement en un mortel guet-apens. A l’époque d’Esther et de Mardochée, on pouvait parler d’âge d’or pour les Juifs qui avaient obtenu des postes importants. Mardochée était chef du Sanhédrin,  siégeant au même titre qu’un ministre au seuil du palais royal.

Esther, fille d’Israël, fut proclamée reine. Tout aurait pu ainsi durer indéfiniment. Et c’est précisément lorsque l’avenir semblait sourire aux Juifs que tomba la sentence : anéantir, tuer, éliminer tout le peuple en un seul jour. Premier génocide annoncé de notre  Histoire. Le pharaon lui-même ne voulait supprimer que les garçons. Sanheriv ne désirait que les expulser de la terre d’Israël et Nabuchodonosor n’aspirait qu’à les exiler à Babylone. L’histoire d’Esther nous enseigne également que l’assimilation n’est pas un rempart à l’antisémitisme. Aman n’a pas fait de différence entre  Mardochée, grand érudit n’ayant pas caché son identité, et tel Juif ignorant, complètement assimilé. Tous restaient juifs aux yeux du tyran. Les nazis et leurs complices n’ont pas agi autrement. Rava, un des derniers rabbins de Babel, enseignait que nous ne disons pas le Hallel à Pourim car, en vivant en exil, nous continuons,  hélas, à demeurer les serviteurs d’Assuérus et personne ne peut nous garantir que demain Aman ne s’élève contre notre peuple pour nous anéantir. C’est pourquoi nous lisons la Meguila le soir et la répétons le lendemain, signe que l’Histoire peut se répéter. D’où la requête d’Esther à Mardochée : « Va rassembler tous les Juifs  présents à Suze et jeûnez à mon intention, ne mangez ni ne buvez pendant trois jours. Ensuite, je me présenterai au roi et si je dois périr, je périrai » (IV, 16).



Ce jeûne est dénommé jeûne d’Esther car c’est elle qui a eu l’idée de réparer (tikoun) la faute collective de la communauté juive de Suze, qui n’avait pas hésité à se  rendre en masse au festin d’Assuérus. En réalité, cette injonction d’Esther avait deux objectifs : le premier de rassembler, d’unir tous les Juifs. La source de nos échecs et de nos défaites dans notre Histoire réside pour beaucoup dans notre désunion et nos divisions. Depuis la haine gratuite ayant conduit à la destruction des deux  Temples jusqu’à la lutte fratricide entre les groupes s’opposant au mandat britannique ayant mis en danger la création de l’Etat d’Israël. Second objectif : à travers le jeûne, Esther voulait faire comprendre qu’une fois établie la paix entre les membres de la communauté juive, il était urgent d’instaurer celle entre Dieu et son  peuple.

Aman était le descendant d’Amalek, précurseur de l’antisémitisme jusqu’au-boutiste : tuer les Juifs parce qu’ils sont juifs sans explication ni justification. Le Shabbat précédant Pourim, nous lisons le commandement du souvenir de ce qu’Amalek a fait aux Hébreux à leur sortie d’Egypte. Ne doutant pas que la reine Esther  connaissait ce texte de la Torah, nous pouvons affirmer qu’elle s’en inspira. Amalek s’était attaqué à un peuple meurtri par la désunion : « Affaiblis, étant fatigués et à bout de force », d’une part, et « ne craignant pas Dieu », de l’autre. (Deutéronome XXV, 18).
Il était par conséquent urgent pour Esther, afin de sauver son peuple de l’anéantissement, de rétablir l’unité et la discipline religieuse.

Que ce mois d’Adar II fasse rejaillir sur nous « hadar 2 » un redoublement de splendeur avant la célébration de notre première délivrance à Pessah, en attendant la délivrance finale qui a commencé il y a 66 ans.

Pourim Sameah ! 

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