Pris entre deux feux

Start-up nation ou paria des institutions ? Israël, menacé par des ennemis qui ont juré sa mort, est aujourd’hui plus que jamais incompris à l’international. Au point de mettre en jeu sa survie ? Le décryptage de Michel Gurfinkiel

By MYRIAM SHERMER
April 1, 2014 19:56
4 minute read.
p24, jfr 150

Michel Gurfinkiel. (photo credit: DR)

 
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C’est un exposé sans appel. Spécialiste du Proche et Moyen-Orient, Michel Gurfinkiel déroule un à un, au rythme de chapitres courts et passionnants, ses arguments historiques, géopolitiques, culturels et spirituels en faveur de l’Etat juif, l’Etat de tous les paradoxes et de toutes les exagérations. Tout y passe : les circonstances historiques de la création de l’Etat, les rapports avec l’ONU, les réfugiés palestiniens et leur cohorte de contre-vérités, les lobbys arabes et juifs aux Etats-Unis, le rôle particulier du président Barack Obama, la pensée unique dans la société arabe… Autant d’éléments déconstruisant le mythe du « il n’y a plus qu’à » concernant une hypothétique solution au conflit israélo-palestinien.
Rédigé en 2011, le livre reste entièrement d’actualité, éclairant d’un regard net et lucide une situation sur laquelle gouvernements et citoyens se penchent et se perdent à ne plus finir. Et pose avec force la question des questions : Israël peut-il survivre ? Ce petit pays de 8 millions d’habitants, qui collectionne les Nobel et les start-up, dont le PIB ne semble plus jamais vouloir s’arrêter et dont les habitants se déclarent heureux à longueur de sondages, celui-là même qui fait la joie des touristes, connu pour ses plages et ses fêtes mais aussi, surtout, pour son poids historique et son importance religieuse, fait parallèlement l’objet d’une campagne de délégitimation féroce dans les médias comme dans les organisations internationales. Pire : il est entouré d’ennemis qui ont juré sa mort. Sur le point de publier un nouvel ouvrage, M. Gurfinkiel a répondu à nos questions sur la nouvelle règle du jeu pour l’Etat d’Israël.

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Jerusalem Post : Votre livre a été écrit il y a 3 ans, à la veille du printemps arabe. Un tremblement de terre qui agite toujours la région et montre bien que la violence au Proche-Orient n’est pas uniquement, loin s’en faut, liée au conflit israélo-palestinien comme certains veulent le croire. Qu’est-ce qui a changé en 3 ans pour Israël ?
Michel Gurfinkiel : Très peu de choses ont changé et beaucoup de ce que je pressentais dans le livre s’est confirmé. Le défaut de perception occidental du Proche-Orient subsiste. On voit bien, par exemple, que les négociations de paix imposées par les Etats-Unis sont proprement délirantes puisque Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne dont le mandat a expiré depuis 2009, ne représente pas le peuple palestinien. En réalité, il n’existe pas.
Concernant Israël, il y a deux réalités parallèles : celles de l’ONU, où, sans cesse condamné, Israël est en position de paria ; et celle de l’OCDE, ce club très sélectif des pays développés, où Israël a été admis à l’unanimité. Laquelle des deux est la plus réelle ? On peut dire l’OCDE, puisque l’ONU est une institution en certain décalage avec la réalité, avec un certains nombre de ses membres qui sont loin de fonctionner comme de vrais Etats. Cependant le clivage concernant la perception d’Israël perdure, notamment dans les médias. Il s’agit d’une véritable schizophrénie, avec d’un côté des articles très réalistes sur la technologie ou la culture, et de l’autre les pires déformations. Par exemple, le bilan des droits de l’Homme en Israël est incomparable avec celui de tous les pays environnants au Proche-Orient et pourtant, les médias occidentaux occultent cette information et dépeignent le pays comme un Etat raciste et coupable d’apartheid. C’est une schizophrénie qui touche à la fois la population générale et la classe dirigeante. Le printemps arabe n’a pas changé cette perception, au contraire, il souligne les écarts.

Vous dressez dans le livre un portrait sans concession du président Barack Obama, dépeignant un homme tourmenté par ses origines incertaines et d’une coupable faiblesse en matière de politique étrangère. Une faiblesse aujourd’hui pointée par de nombreux commentateurs sur le dossier iranien, mais aussi plus récemment face à la Russie. Qu’en pensez-vous ?
Le président Obama, comme il le décrit très honnêtement dans son autobiographie Rêves de mon père, a en effet connu une grave crise personnelle dont il s’est sorti grâce à un nouveau projet de société pour l’Amérique. Une Amérique multiculturelle, non blanche et non judéo-chrétienne. Cet aspect de sa politique est aujourd’hui beaucoup plus avéré, car il a abattu son jeu notamment en abandonnant les alliés traditionnels des Etats-Unis que sont les pays arabes modérés et conservateurs, mais en abandonnant également le Moyen-Orient à la Russie, notamment depuis l’extraordinaire recul américain face aux frappes biochimiques du régime syrien en septembre 2013.

Face à cette politique américaine, Israël doit-il se chercher de nouveaux alliés ?

Ce serait prématuré. Tout d’abord, parce qu’il s’agit seulement d’un recul temporaire. Le système américain est constitué de telle sorte que ces changements ne sont pas irréversibles. De plus, la société américaine est profondément pro-israélienne. L’Etat hébreu aurait tort de s’en détourner, d’autant que les Etats-Unis demeurent la seule puissance capable d’intervenir dans le monde. La Chine a encore 20 ans devant elle pour parvenir à un tel niveau, et l’Europe dépend entièrement des Américains sur le plan militaire.

Cette vision multiculturelle d’Obama n’est-elle pas en train de gagner du terrain au sein de l’opinion internationale ? Cette tendance représente-t-elle un risque pour Israël qui reste, par comparaison, profondément national ?
Le monde occidental évolue en effet en ce sens, notamment en raison de l’importante immigration qui touche autant les Etats-Unis que l’Europe. Elle n’est cependant pas de la même origine. Aux Etats-Unis, elle vient essentiellement en provenance d’Asie et d’Amérique latine. Qui plus est, l’Amérique conserve une identité profondément judéo-chrétienne, ce qui n’est pas le cas en Europe. En plus d’une importante immigration islamique, l’Europe se déchristianise à vitesse grand V. En France, la population dite « de souche » est en net recul démographique. Sachant que le besoin d’une religion se fait toujours sentir au sein d’une civilisation, l’islam devrait progresser dans les années à venir et le visage français changera. On peut imaginer, d’ici
30 ans, une « libanisation » (morcellement confessionnel) de sa société. u

Israël peut-il survivre ? Michel Gurfinkiel, Editions Hugo & Cie

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