Prochain arrêt : divertissements

La gare ferroviaire de Jérusalem vient d’être inaugurée. Objectif: attirer les visiteurs « extra-urbains » et étrangers.

By SYBIL EHRLICH
June 11, 2013 14:06
La plupart des restaurants sont ouverts à Shabbat, avec même des établissements casher.

P18 JFR 370. (photo credit: Sybil Ehrlich)

 Theodor Herzl avait pris le train depuis Jaffa jusqu’à Jérusalem, en 1898. Mais sans grand enthousiasme : « Le voyage fut “terrifiant”… Etre assis de la sorte, dans un compartiment exigu, bondé et étouffant, était une véritable torture… » Le Kaiser Wilhelm II et son épouse voyageront également avec ce train et transiteront par cette gare, à peu près à la même époque. Herzl et l’empereur se rencontreront à Jérusalem le 2 novembre de cette même année.

Ce mois-ci, suite à un plan de rénovation et de développement, la gare d’origine, celle-là même où le fameux chemin de fer de Jérusalem tant décrié faisait halte, vient de rouvrir. Remise au goût du jour sous la forme d’un complexe de loisirs et de divertissements, la nouvelle « Station numéro 1 », donne un coup d’éclat à la capitale.

La gare a été érigée en 1892. Elle était le terminus hiérosolomytain de la ligne Jaffa-Jérusalem. La voie ferrée, construite par une société française, avait été essentiellement pensée pour être une voie d’accès pour les pèlerins chrétiens et les acheminer depuis le port de Jaffa jusqu’aux lieux saints de Jérusalem. La liaison ferroviaire opérera une véritable mutation sur la ville, en la reliant ainsi au monde extérieur et en apportant des innovations modernes à ce qu’elle était seulement à l’époque : un « trou perdu » de l’Empire ottoman. La durée du trajet entre Jaffa et Jérusalem sera dès lors réduite de deux jours à quelques heures à peine.

En ce lieu et en son temps, il s’agissait d’une extraordinaire innovation ; mais comme la ligne ferroviaire avait été conçue pour être bon marché plutôt qu’efficace, utilisant des matériaux de seconde zone et contournant les montagnes au lieu de les traverser, l’itinéraire qu’elle empruntait était lent et laborieux.

Gare fantôme 

Les sortes d’excroissances triangulaires de part et d’autre du toit, qui évoquent des ailes, seront ajoutées au début des années 1920, sous le Mandat britannique.

Le bâtiment de la gare a été rénové plusieurs fois, mais sa structure initiale n’a pas changé depuis plus de 120 ans. En 1946, il avait pourtant été réduit en cendres par le Irgoun Zvai Leoumi, qui le considérait comme une cible légitime, eu égard son appartenance à la très détestée Compagnie des chemins de fer palestiniens du Mandat britannique. Les traces de cette explosion sont encore visibles sur le fronton principal.

Le premier train à rejoindre Jérusalem après la guerre d’Indépendance circula le 7 août 1949, transportant une cargaison symbolique de rouleaux de Torah, du ciment, et des sacs de farine. Un service régulier reprit dès 1950 ; et durant les décennies cinquante et soixante, la gare vit défiler pas moins de six trains par jour dans chaque direction.

Cependant, à l’approche des années quatre-vingt, malgré un itinéraire certes pittoresque entre Jérusalem et Tel-Aviv, avec l’augmentation des ventes d’automobiles, et en raison des temps de trajet qui ne pouvaient rivaliser avec ceux des autocars, les services de trains seront considérablement réduits, et l’entretien de la gare et de la voie ferrée cessera quasiment. De fréquents déraillements, n’occasionnant fort heureusement aucune victime, auront pour conséquence la clôture de la ligne le 15 juillet 1998.

Suite à cette fermeture, le bâtiment de la gare abrite brièvement un restaurant appelé « Haratzif » (Le quai), abandonné peu de temps après. L’endroit sera alors totalement négligé durant de nombreuses années. La structure en ruines, vandalisée et couverte de graffitis, deviendra même un refuge pour les toxicomanes et les prostituées, dans un environnement envahi par les ronces et autres mauvaises herbes. Un incendie dans le bâtiment n’arrangera pas les choses, mais l’édifice survivra malgré tout.

Promenade sur les planches 

C’est en 2005 que la ligne ferroviaire reprendra son activité, et ralliera Jérusalem, mais au niveau de Malha, reléguant les cinq derniers kilomètres de voies (entre Malha et l’ancienne gare) aux oubliettes. Cette ultime section a été récemment réhabilitée sous l’appellation de « Parc Hamessila » (le parc ferroviaire) avec le souci de conserver intacts les rails d’origine.

Quant à la gare elle-même, agrémentée de tous nouveaux panneaux de béton, relookée de lattes en teck, elle offre le plaisir d’une balade sur les planches. A présent, le bâtiment a retrouvé un second souffle. Lieu de rendez-vous, centre de loisirs et de divertissements, il est à l’image de son alter ego situé dans le sud de Tel-Aviv, inauguré en 2009 sous le nom de « Hatahana » (la station).

Moshé Shapiro, le président de « Shapiro Architectes », explique que sa société a démonté le long toit en feuilles de métal, ajouté sous le Mandat britannique, qui couvrait la totalité du quai, pour le remplacer par une structure en bois. Il ajoute qu’il aurait été impossible de reconstruire un toit à identique à l’original, en utilisant les mêmes matériaux, mais que l’aspect extérieur est le même qu’avant l’époque du Mandat, lui restituant une apparence très authentique.

L’ouvrage, dans une certaine mesure, est calqué sur celui réalisé à Hatahana par un autre maître d’oeuvre.

Et le musée du Rail israélien à Haïfa a offert une ancienne voiture de passagers, ainsi qu’un wagon de marchandises « à plateau », fait savoir le directeur de l’établissement, Hen Melling, installés dans la zone d’exposition de la gare. Melling ajoute que la restauration du bâtiment a été effectuée à partir d’informations fournies par son musée, riche d’une collection de 120 ans d’histoire ferroviaire.

Quant à l’ancien système d’aiguillage, utilisé pour orienter et diriger les locomotives à vapeur sur les voies, ce sont les opérations de rénovation qui ont permis de le mettre au jour.

Il sera réhabilité à son tour pour faire partie de l’exposition permanente.

Attractions, brocante et bio à la une 

Les anciens guichets de billetterie et la salle d’attente de la gare accueillent désormais une très intéressante exposition sur l’histoire des chemins de fer en Israël, depuis les tout premiers projets de construction d’une ligne, qui remontent à 1839, jusqu’aux plans de développement les plus futuristes de la Compagnie des chemins de fer nationaux.

Melling mérite d’être vivement remercié, pour avoir fourni des clichés photographiques historiques provenant du musée de Haïfa. Des panneaux relatant avec force détails les différentes étapes de l’histoire ferroviaire de ce pays, qui existent en hébreu uniquement, ainsi que des présentations d’affiches de films, constituent une fascinante toile de fond décorative.

Le site appartient à la Compagnie ferroviaire d’Israël et a été loué aux exploitants, pour une période de 10 ans, après quoi il redeviendra propriété pleine et entière de la Compagnie.

Les promoteurs se sont engagés à préserver et maintenir ce site historique de renom, qui s’ouvre au tourisme international. Le lieu, qui a ouvert au public à l’occasion des fêtes de Shavouot, comporte également des stands de vente de produits gastronomiques de toutes sortes, ainsi que des vêtements et des bijoux. De plus, animations pour enfants, artistes de rue, et plusieurs troupes de danse s’invitent régulièrement pour proposer un programme de divertissements.

On peut également trouver des légumes biologiques issus d’une ferme familiale du Moshav Hodiya, près d’Ashkelon.

Sur l’étal, du chou frisé, qui semble apparemment revenu à la mode ! D’autres étals proposent fromages faits maison et autres délicatesses. Le « Marché de la ferme » est ouvert tous les jeudis et vendredis. Quelques encablures plus loin, « D Station » est une échoppe consacrée aux créateurs de mode. Elle est ouverte tous les mercredis, jeudis et vendredis.

Sport et visites malignes 

Quant aux animations pour enfants, elles ont lieux les mardis et vendredis, alors que les artistes présentent leurs oeuvres les lundis et samedis. De plus, l’office du tourisme propose des « visites malignes » : une série d’itinéraires pédestres, ainsi que des circuits à bicyclette ou en « Segway ». Des cours de yoga et de Pilates sont également au programme pour bientôt. Ainsi que des appareils de cardio et de gymnastique, et un magasin d’articles de sport.

Pour Assaf Polivoda, initiateur des « visites malignes », la Station numéro 1 est idéalement située, puisque proche de nombreux autres pôles culturels et de divertissements de la capitale, comme le théâtre Khan, le Zappa Club, et le Lab. Il ne craint pas la probabilité de troubles, sous prétexte que le complexe sera ouvert durant le Shabbat.

Des pubs, des restaurants, un « coffee-house » d’époque, et de nombreuses autres activités commerciales composent la « plaza » qui abritait autrefois de nombreuses voies ferrées. Certains établissements sont ouverts pendant le Shabbat, mais les horaires d’ouverture sont laissés au choix personnel de chaque commerçant ou négociés au sein de la gare. Il n’y a aucun problème pour trouver un repas casher durant les jours de semaine. Un certain nombre de cafés et restaurants ne sont pas encore ouverts, mais l’on peut s’attendre à ce que d’ici peu, la « Station numéro 1 » devienne un lieu de rendez-vous majeur pour les activités de loisirs.

L’office du tourisme accueille également un magasin de souvenirs qui propose des produits liés à l’univers ferroviaire, ainsi que d’autres articles de très belle facture.

« La Gare » est à deux pas de la Cinémathèque et du théâtre de Jérusalem, et à proximité des parcs « Liberty Bell » et « Hamessila ». Ce dernier est connu pour sa promenade à vélo avant-gardiste. La « Vieille Ville » toute proche devrait aussi profiter au site et attirer les touristes de tout le pays, ainsi que les visiteurs du monde entier.


Related Content

February 11, 2018
Les nouveaux « judaïsants »

By DAN HUMMEL