Protéger les Juifs français

Telle est la mission du SPCJ, une organisation qui suscite les fantasmes dans un contexte troublé.

By NOEMIE BENCHIMOL
July 31, 2014 11:52
Place de la Bastille

Place de la Bastille. (photo credit: REUTERS)

 
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Dimanche 13 juillet, rue de la Roquette à Paris, face à une synagogue assiégée par des militants pro-Hamas décidés à « casser du Juif », une image a suscité des interrogations, a étonné. Côte à côte, des membres du SPCJ, de la LDJ (Ligue de défense juive), et du Betar, aidés par les CRS français, unis, faisant front commun face à l’assaillant antisémite.

Pourtant, contrairement aux milices droitières adeptes du « coup de poing juif » que sont la Ligue de défense juive, héritière des idées kahanistes et du Betar, héritier du révisionnisme jabotinskien, le SPCJ (Service de protection de la communauté juive) est une organisation officiellement apolitique, centrée sur la protection et la sécurité de la communauté juive, « travaillant main dans la main avec les autorités françaises », comme le précise le site Internet de l’association. Le contraire, donc, « d’une police dans la police » que fantasment les fanatiques de la théorie du complot juif ou d’une « milice violente ». L’un des fondateurs du parti antisioniste, Yahia Gouasmi, l’affuble même du qualificatif de « police communautaire », usant par là des grossières ficelles de la propagande antisémite : la double allégeance des juifs et leur prétendu « tribalisme ».

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La question subsiste toutefois : ces divers organes de protection de la communauté juive dont le seul officiellement reconnu – à la fois par les hautes instances communautaires juives et par les autorités françaises – est le SPCJ, ont ils collaboré pour l’occasion, comme ne cessent de le ressasser les divers sites fascistes-antisémites-antisionistes ? Ils y voient la preuve que la France est une « officine sioniste ».

Un examen des faits tend à prouver au contraire que la collaboration n’a été ni prévue, ni organisée, mais s’est faite spontanément. « Quand vous vous retrouvez dans l’œil du cyclone, dépassé par des attaques imprévisibles et violentes, toute aide est la bienvenue. Vous ne vous demandez même pas qui est du Betar, qui est de la LDJ, ni qui est à gauche ou qui est à droite. Vous acceptez l’aide. En situation de crise, on n’a pas le luxe d’être regardant », confie Guillaume (nom d’emprunt), qui a accepté de répondre sans langue de bois, précisant d’emblée que la réalité était bien moins excitante que les fruits de l’imagination. Cet ancien responsable au SPCJ et formateur pendant 20 ans des équipes chargées de la sécurité de tout l’Ouest parisien était présent physiquement rue de la Roquette, ainsi qu’à Sarcelles, quelques jours plus tard où il décrit des scènes surréalistes. Il ajoute toutefois qu’aucune collaboration n’existe entre le SPCJ et les groupuscules du Betar et de la LDJ et précise que le SPCJ compte également parmi ses membres des gens de gauche ou de sensibilité politique de gauche.

Démystifier le service

Reste que l’idée d’un service communautaire chargé de la protection des Juifs en territoire français a légitimement de quoi en étonner plus d’un, bien que les récents événements tendent à démontrer son absolue nécessité et sa grande efficacité. Sans verser dans les élucubrations complotistes, il subsiste certaines questions légitimes, comme celle du rapport qu’entretiennent les cadres du SPCJ avec l’Etat d’Israël, celle de la nature exacte de la formation dispensée aux volontaires, les modalités de la collaboration entre les autorités françaises et le service.

Le SPCJ est né à la suite des attentats de la rue Copernic, d’une volonté commune du FSJU, du CRIF et du Consistoire. Une organisation française, donc. Le constat qui a présidé à sa création a été le suivant, comme le résume Guillaume : « Un Juif est le mieux placé pour protéger un autre Juif ».



La formule peut choquer. L’explication qui va avec ôte toute dimension scandaleuse au propos. En effet, si un Juif est le plus apte à protéger un autre Juif, ce n’est pas parce que la police aurait abandonné ses Français ou pour une autre raison racialiste, c’est plutôt parce que chaque Juif connaît intimement sa communauté et « sait mieux qu’un policier qui a l’habitude de fréquenter la synagogue, qui se comporte bizarrement, qui a un visage inconnu », précise Guillaume.

De même, J., un autre ancien membre du SPCJ responsable en Seine-Saint-Denis qui a accepté de parler, démystifie le Service : « Nous sommes un service de proximité et participatif. Notre objectif est de former les parents à protéger l’école de leurs enfants, de former les fidèles à protéger leurs synagogues, d’encadrer les manifestations, en bref, de rendre chacun vigilant et coresponsable de sa propre sécurité. »

Signe tout de même de la situation sécuritaire précaire des Juifs de France.

« La loi française encadre la légitime défense »

A J. nous demandons si le SPCJ ne protège que les événements juifs liés à la communauté consistoriale ou liés aux instances communautaires. Sa réponse est à la fois digne et très belle : « Mais pas du tout ! Si quelqu’un est assez juif pour être attaqué, il est assez juif pour être protégé par le SPCJ, que ce soit un Juif libéral, orthodoxe, loubavitch ou un laïc. Si demain, une association juive laïque pour la paix organise une manifestation et demande que nous assurions sa sécurité, nous le ferons. Il n’y a pas de plus ou moins juif au regard du SPCJ. »

Hormis un bureau permanent restreint, le SPCJ est fondé sur le bénévolat et le volontariat. Les membres doivent êtres majeurs, avec un casier judiciaire vierge et doivent suivre une formation basée sur les techniques du krav-maga, littéralement combat rapproché, méthode de self-défense créée par l’armée israélienne, sur la physionomie et l’analyse des comportements suspects. Toutefois, Guillaume soutient que les volontaires du SPCJ ne sont pas armés, et qu’ils ne sont « ni assermentés ni titulaires d’une quelconque immunité ».

Interrogé sur les règles juridiques qui s’appliquent en cas de problèmes et s’il y a quelque chose comme une situation d’exception pour les membres du SPCJ, Guillaume répond très clairement : « La loi française encadre la légitime défense ; c’est la seule et unique règle qui s’applique à nous. Nous ne sommes pas armés et au cas où des groupes seraient suspects d’attaques antisémites, nous devons nous mettre en contact direct avec la police et transmettre leur signalement. Nous n’intervenons nous-mêmes qu’en dernier recours. Notre rôle est essentiellement préventif et dissuasif. Je reste par exemple persuadé que si des membres du SPCJ avaient fait des rondes devant l’école de Toulouse, Mohamed Merah n’aurait pas osé attaquer. »

Secrets de polichinelle

Certains trouvent pourtant que le caractère préventif du SPCJ ne suffit plus. Ainsi, Fabien, Jean-Claude, Ron, entre 60 et 65 ans, grands militants connus et reconnus de la communauté juive, ont récemment fondé l’OJE, Organisation juive européenne, avec l’aide financière d’anciens donateurs du SPCJ. Ses statuts ont été déposés récemment et un local de 300 m2 a été loué en région parisienne. Cette association reconnaît l’efficacité du SPCJ dans le préventif, l’antiterrorisme et la protection des lieux de culte et n’a pas vocation à le concurrencer, mais elle déplore que le SPCJ soit muselé dans ses réactions par ses relations avec la police française.

Enfin, secret de polichinelle : certains formateurs du SPCJ sont israéliens. Gare toutefois à extrapoler et à en faire des envoyés directs de l’Etat d’Israël. Car lorsqu’ils forment les volontaires du SPCJ, c’est en tant que civils titulaires de certaines compétences très prisées à l’international en techniques de krav-maga, de physionomie et d’identification de suspects et non en tant qu’émissaires d’Israël.
D’ailleurs, une telle possibilité d’ingérence étrangère est tout à fait exclue par les relations excellentes qu’entretiennent la France et Israël. Les antisémites peuvent souffler : il n’y a pas de mainmise de l’« Etat sioniste » sur la France. Concernant le financement, là aussi, que les antisémites se rassurent : l’argent vient des communautés et des donateurs privés. Pour « l’Internationale juive », on repassera. Le SPCJ est simplement une des réponses de la communauté juive face à une maladie bien française. 

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