Punta del Este: nouvel eldorado des juifs d’Amérique

Entre plages de sable fin et sécurité, la station balnéaire uruguayenne a su séduire les juifs du continent et d'ailleurs.

By DIEGO MELAMED/JTA
May 21, 2013 13:20
Une oasis de luxe qui séduit les touristes depuis longtemps.

JFR P20 370. (photo credit: Reuters)


Punta del Este, avec ses plages de sable fin et ses résidences haut de gamme, est une oasis de luxe qui séduit les touristes depuis longtemps. Une destination de choix pour l’élite sud-américaine, mais pas seulement. Tout récemment, Donald Trump en a fait le premier projet résidentiel du continent. Et plus intéressant encore : ces dernières années, la ville se distingue pour être en passe de devenir le lieu de villégiature privilégié de la communauté juive, pendant les mois d’été sud-américains, de janvier à mars.

Pour preuve : des centaines de fidèles assistent désormais aux offices de Shabbat à Beit Meir, la synagogue de la ville qui peut aussi s’enorgueillir de son festival du film juif. Les randonneurs israéliens peuvent se loger à faible coût dans un somptueux manoir pendant que les luxueux gratte-ciel sont dotés d’ascenseurs shabbatiques. C’est là, aussi, que la première pizzeria casher d’Uruguay a ouvert ses portes en janvier dernier. Et chaque jour, des avions survolent la plage avec des banderoles publicitaires dans leur sillage. L’une d’elle, sponsorisée par le rabbin Loubavitch de la ville, affiche même l’heure de l’allumage des bougies de Shabbat.

« Nous aimons venir ici pour retrouver des amis où nous en faire de nouveaux. Et bien sûr, nous aimons les plages », déclare Roberta Lavelberg de Sao Paulo, employée de la Confédération juive du Brésil, ou CONIB, principal groupe de coordination de la communauté.

Havre de paix pour les juifs 

Punta del Este est située sur la côte sud de l’Uruguay à environ à deux heures à l’est de la capitale Montevideo.

Son climat agréable et ses plages de sable blanc font le bonheur des touristes depuis longtemps. Mais pour les juifs d’Amérique latine, qui vivent dans une insécurité permanente, le choix de cette destination est principalement motivé par la tranquillité et la sécurité qu’ils trouvent dans la ville. Selon un sondage du Global Peace Index (Indice de paix mondial) paru en 2012, l’Uruguay arrive en tête du palmarès des pays qui offrent le plus de quiétude à ses résidents, devant le Brésil et l’Argentine, qui abritent pourtant les plus importantes communautés juives de la région. Avec une seule route qui la traverse, il est facile à Punta del Este de contrôler la criminalité. « Toutes les villes de la région ne sont pas aussi paisibles pour les juifs », a déclaré Monica Barrios Hernandez, coordinatrice du département du tourisme. « Ici, ils sont en parfaite sécurité. Les juifs orthodoxes peuvent porter librement leurs costumes traditionnels, aussi bien à la plage qu’à la synagogue. Ici, ils ne seront jamais dérangés par personne ».

La présence juive à Punta del Este a subitement augmenté ces dernières années. La création du Country Club Cantegril en 1950, par l’homme d’affaires Mauricio Litman y est pour beaucoup. Puis le lancement un an plus tard du Festival international du film de Punta del Este, a donné à la ville une stature internationale.

En 1959, la ministre des Affaires étrangères israélienne, Golda Meir, avait organisé une réunion à Punta del Este pour les ambassadeurs israéliens de toute l’Amérique latine.

Puis dans les années 1960, des promoteurs et architectes juifs entreprennent des projets immobiliers d’envergure.

Weiss-Sztryk-Weiss, une société immobilière juive, s’est implantée dans les années 1970. La famille Atijas, également juive, a fait scission d’avec la maison Weiss pour monter sa propre affaire. Les deux entreprises ont eu une énorme influence sur le développement de la ville.

Quatre synagogues 

C’est dans les années 1980 et 1990 que les Argentins de la classe moyenne commencent à venir en vacances ici.

« Investir dans cette ville permet de réaliser une bonne plus-value. Après avoir fait une étude sur le retour d’investissement, beaucoup de juifs des communautés environnantes se sont lancés dans des placements », note Nestor Sztryk, le directeur de Weiss-Sztryk-Weiss, qui développe huit projets immobiliers résidentiels à Punta del Este. « Les Brésiliens et les Argentins, qui vivent dans une constante insécurité, apprécient la qualité de vie, et grâce à la tranquillité qu’ils y trouvent, n’ont à craindre ni pour leurs enfants, ni pour leurs biens. » Un peu plus de 9 000 personnes y résident à l’année. Punta del Este, dispose de quatre synagogues. Un pic d’affluence en été porte la population juive à quelque 25 000 à 50 000 personnes dans un pays où la population atteint 3,3 millions, dont environ 17 000 juifs.

Avec le début de la saison d’été, en janvier, des activités Et ce n’est pas une belle journée ensoleillée qui pourrait empêcher quelque 650 personnes de venir à l’hôtel Conrad pour participer à une conférence sur les défis auxquels Israël doit faire face. Ni 900 autres, d’assister à la signature d’un livre qui porte sur la Cabbale ou la mystique juive, dont l’auteur, Sergio Bergman, est le premier rabbin à être élu à des fonctions publiques en Argentine.

Quant à l’Orchestre philharmonique d’Israël, il s’y produit un peu plus tard dans le mois, et les universités ainsi que des organisations caritatives israéliennes, organisent régulièrement des événements dans cette villégiature.

En février, la ville a accueilli la 10e édition du Festival du film juif, grâce au soutien des juifs d’Argentine, du Brésil et du Chili, ainsi que du gouvernement Uruguayen.

Le premier émissaire Chabad s’est installé à Punta del Este en 1985. Ce mouvement hassidique a aussitôt transformé une maison en auberge, le Yaacob House. Là, les globetrotters israéliens et les juifs locaux trouvent à se loger pour seulement 20 dollars la nuit dans un quartier où le prix des maisons oscille autour de 2 millions de dollars.

« Nous offrons également des offices de Shabbat et des repas shabbatiques pour les jeunes qui passent leur été dans les villages voisins de Punta del Diablo et Jose Ignacio, deux stations balnéaires plus au nord », ajoute le rabbin Elieser Shemtov, « le tourisme en Uruguay est en plein essor à l’est et les Loubavitch suivent tout naturellement le mouvement.» 

« Tranquilles et heureux » 

Avec la crise financière qui a frappé l’Argentine de plein fouet vers la fin des années 1990, de nombreux juifs de la classe moyenne ont émigré en Europe et aux Etats-Unis. D’autres ont choisi de s’installer ici pour y jouir d’une plus grande sécurité tant économique que physique. Yael Cohen, par exemple, a émigré avec son mari après avoir été enlevée et agressée par des voleurs. Elle a vendu sa pharmacie de Buenos Aires pour en acheter une autre à Punta del Este, où le couple réside maintenant. « On voyait bien dans les médias que la criminalité était en hausse, mais il a fallu que nous en soyons les victimes pour nous décider d’opter pour une vie en sécurité », a déclaré Cohen. « Ici, nous sommes tranquilles et heureux. » L’an dernier, l’architecte Daniel Weiss est devenu le premier président juif de Cantegril, un club très privé dans le pays, créé par Litman, lui-même élu à sa tête pour deux ans dès sa création. Fin janvier, preuve d’une forte présence juive dans la ville, l’Argentin Samuel Liberman a annoncé son intention de construire un hôtel de 600 millions de dollars ainsi qu’un centre commercial, pour un montant six fois plus élevé que celui du complexe immobilier initié par Trump.

La présence des institutions juives a augmenté ces dernières années comme partout ailleurs en Amérique latine. Le CIPEMU, « Comunidad Israelita de Punta del Este », centre communautaire juif, créé en 2005, compte aujourd’hui 800 membres. « Nefesh », une nouvelle école juive a ouvert ses portes l’année dernière. Et une yeshiva devrait bientôt voir le jour grâce à des fonds provenant des communautés juives d’Argentine et du Brésil.

« Je suis très émue, ce soir », confie Johanna Cohen, une Argentine en chemin pour se rendre à l’office du Shabbat du vendredi soir, « me voici dans cette rue, en bord de mer, en train de me rendre à la synagogue, accompagnée de mes deux filles, parmi tous ces gens, qui partagent la même histoire que moi et les mêmes valeurs ».

Car partout ailleurs, en Argentine et au Brésil, des hommes de la sécurité gardent l’entrée des synagogues et autres lieux juifs. « Mais ici, nous célébrons le Shabbat les portes ouvertes, et rien n’est jamais arrivé. »


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