Quand la France courtise la start-up nation

Paris a les yeux tournés vers la technologie israélienne. Et souhaite attirer les jeunes talents

By MYRIAM SHERMER
February 11, 2014 17:03
4 minute read.
Vincent peillon en visite en Israel

P 8 150. (photo credit: Ambassade de France)

«Vous avez bien aussi des problèmes ? Que je ne reparte pas complètement déprimé… » Ce jeudi 30 janvier, le ministre français de l’Education Vincent Peillon, en visite éclair dans l’Etat hébreu, a choisi de se rendre dans le collège-lycée de Milton, à Bat Yam, où l’enseignement est entièrement numérisé. Voilà plus d’une heure qu’il s’entend vanter les mérites d’un programme-pilote dans la ville de Shlomo Lahiani. L’Israélien, aussi connu pour sa popularité auprès de ses administrés que ses ennuis avec la justice, sera suspendu de ses fonctions une semaine plus tard, sous le coup d’une enquête pour fraude, corruption et abus de confiance. « Je veux bien que ce soit le Paradis sur terre à Bat Yam », reprend l’élu français, de l’ironie dans la voix, « mais vous rencontrez bien quelques difficultés ? » « Monsieur le ministre », répond Lahiani imperturbable, « mon père disait “dans la vie, il n’y a que la croûte du pain qui soit dure… et on finit de toute façon par la manger”. Quant à moi, je dis qu’il n’y a jamais de problèmes, il n’y a que des solutions ». « D’ailleurs », reprend Lahiani sans une once d’autodérision, « quand vous reviendrez en Israël, le programme sera étendu à l’ensemble du pays. Et je serai Premier ministre. »

L’éclat de rire est général mais bien entendu, il y croit dur comme fer. Grand, basané, tout en chair, Shlomo Lahiani est aux commandes de sa ville depuis plus de 10 ans. A lui seul, il symbolise autant les torts que les attraits de la vie politique israélienne. Une chose est sûre : lui, qui gérait jusqu’il y a peu sa ville comme ses équipes d’une main de fer, se passionne pour l’éducation. Il fallait le voir expliquer à un Vincent Peillon tout ouïe qu’à Bat Yam, « si un enfant est doué pour la  voile, il fera de la voile ! Chacun a un point fort. Le tout, c’est de le trouver et de le cultiver. » Et le ministre français de hocher la tête. Cette vision de l’école rejoint celle de son homologue israélien Shaï Piron (Yesh Atid) qui n’a de cesse de « remettre les valeurs » au cœur d’un enseignement qu’il souhaite « porteur de sens et d’espoir » depuis maintenant un an qu’il est aux commandes de l’Education. Un projet qui fait envie au Français aux prises avec des élèves « anxieux, qui n’ont pas envie d’aller à l’école », confie-t-il.

Miser sur la nouvelle génération


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La délégation s’entasse dans une classe numérique pour assister à un cours d’anglais. Les collégiens ont chacun devant eux un petit ordinateur de la taille d’un Notebook. Le tableau, lui, est une vaste tablette numérique sur laquelle l’enseignante ouvre des fenêtres Internet à souhait. Le cours est interactif : les réponses tapées par les élèves apparaissent directement sur le tableau, les technologies pédagogiques s’enchaînent. Tout est fait, semble-t-il, pour faire entrer l’école dans l’univers de cette génération Z qui grandit avec Internet au bout des doigts. Puisque, de toute façon, plus personne ne décolle le nez de son Smartphone, autant l’utiliser en cours…

L’enseignante, jeune, blonde et souriante, est coordinatrice de l’enseignement numérique pour l’établissement. Enthousiaste, elle décrit les progrès de ses élèves au ministre et le temps qu’elle parvient ainsi à libérer pour se consacrer davantage à son rôle de professeure principale. Chaque matin elle commence ainsi la journée par une heure d’échange libre avec sa classe. «  Puis-je vous demander combien d’heures vous travaillez ? » interroge Peillon, appréciatif. « 36 heures, sans compter mes heures de formation » sourit la jeune femme. « Pourquoi, combien de temps les profs travaillent-ils en France ? » reprend-elle devant la mine déconfite de Peillon. « Entre 15 et 18 heures… », lui répond-il. « Dites-leur que lorsqu’on constate les progrès, on est motivé pour travailler davantage ! » conseille l’enseignante. La délégation française a un sourire défaitiste.  A son tour, Lahiani tente une consolation : « le syndicat enseignant est très puissant en Israël aussi ! Et c’est très difficile de gagner une élection sans eux… » Le voilà qui se lance dans l’explication de sa stratégie électorale sous les rires de l’assistance et des hôtes français face à cet Israélien qui fait décidément mine de ne pas comprendre que l’Hexagone n’a pas la réforme facile.

Signe peut-être des temps qui changent, le gouvernement français a les yeux de plus en plus tournés vers Israël. Ou du moins sa technologie. Une semaine après la visite de Vincent Peillon, l’ambassade française  lançait en grandes pompes le Concours mondial de l’innovation, un appel d’offres pour les entrepreneurs du monde entier qui souhaiteraient développer leur projet en partenariat avec la France. Sous l’impulsion de la commission « Innovation 2030 », ce concours vise à renforcer la compétitivité de la France en attirant les jeunes talents.  Un accent particulier est mis sur la start-up nation, que Paris souhaite ardemment voir figurer au rang des projets sélectionnés. Une conseillère à l’innovation, Anne Baer, a été spécialement nommée pour l’Etat hébreu et un autre émissaire de la Banque publique d’investissement devrait bientôt prendre ses fonctions. Objectif avoué : « que la coopération entre Israël et la France devienne un reflexe », dixit l’ambassadeur de France, Patrick Maisonnave.

En clair, Paris a saisi l’incroyable potentiel de la start-up nation. Et compte bien récupérer sa part du gâteau. 


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