Quand l’eau ne coule pas de source

Malgré des ressources en eau limitées, Israël a, depuis des décennies, développé une technologie de l’eau reconnue et enviée par le monde entier.

By ALINE JUILLARD
July 4, 2013 10:55
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Vue du transporteur national de l'eau. Le canal est destiné à desservir le sud du pays.

P13 JFR 150. (photo credit: Aline Juillard)


L’or bleu, comme on l’appelle aujourd’hui, est devenu un enjeu international de plus en plus sérieux, notamment au vu du tarissement grandissant des principales sources hydrauliques, essentielles pour la survie des hommes. Dans la région du Moyen-Orient, personne n’est sans savoir que cette ressource attise, par ailleurs, nombre de convoitises et constitue un élément de discorde bien réel entre les pays.

En Israël, les principales réserves aquifères sont le Jourdain et le lac de Tibériade. Les ressources en eau se trouvent essentiellement dans le nord du pays : en Galilée et dans le Golan à 80 %. Mais cette région nord est loin d’être la plus nécessiteuse. Les deux tiers des besoins industriels et urbains en eau se trouvent au centre du pays, sans oublier le sud, grand consommateur pour son agriculture. Dans sa gestion de l’eau, Israël doit prendre en compte cette mauvaise répartition des ressources, mais également des facteurs extérieurs liés à la société israélienne elle-même.

Un Etat en mutation

La consommation annuelle des Israéliens s’élève à 2 milliards de m3 d’eau. Un chiffre en perpétuelle augmentation, dû à un accroissement de la demande et de la consommation. Car aujourd’hui Israël est un pays en pleine mutation. En l’espace de 20 ans, la population a considérablement augmenté. De plus en plus moderne, la société israélienne voit ses besoins évoluer. Cette modernité peut avoir des effets néfastes.




Avec un phénomène d’urbanisation de plus en plus prégnant, les sols sont touchés. L’Etat hébreu est en effet soumis à une intense évaporation des ressources hydrauliques, due notamment au phénomène d’érosion des sols qui sont de plus en plus imperméabilisés par l’urbanisation.

Problème : cette nouvelle tendance de société est en totale inadéquation avec le volume réel des ressources hydrauliques nationales. Plus grave encore, Israël est en déficit hydrique, c’est-à-dire que le pays consomme plus que ce qu’il détient en réalité. Seulement 1,4 milliard de m3 d’eau est disponible, alors que les Israéliens en consomment presque le double chaque année.

A noter également que l’agriculture en Israël, malgré son faible poids dans l’économie – seulement 2 % de la population active israélienne travaille dans ce secteur, qui représente moins de 3 % du PIB israélien – est une grande consommatrice. Sur la consommation totale d’eau en Israël, près d’un tiers est spécifiquement dédié à l’élevage et la culture. Chiffre assez conséquent, bien qu’en légère baisse ces dernières années. En somme, la question de l’eau en Israël reste épineuse.

Comment Israël se débrouille aujourd’hui pour rendre vert son désert et subvenir aux besoins de ses citoyens, malgré ces chiffres alarmants ? Simplement par l’utilisation de techniques intelligentes et ingénieuses, qui lui permettent de se classer parmi les meilleurs dans les technologies liées à l’eau et à sa gestion.

A la pointe de la technologie hydraulique 

L’Etat hébreu est un des premiers pays du monde à avoir mis en place de multiples technologies visant à la réutilisation de l’eau. Ces techniques ont un double objectif : économiser les ressources et protéger l’environnement en diminuant le volume des rejets d’eau pollués. Lors de l’édition 2009 de la conférence internationale de l’eau à Istanbul, l’Etat d’Israël a été reconnu comme le pays ayant la meilleure maîtrise des technologies de recyclage et de traitement des eaux usées.




En Israël, plusieurs grandes firmes sont chargées du recyclage de l’eau, ainsi que de son dessalement, ou encore – et plus simplement – de la distribution de l’eau partout en Terre promise.

En matière de recyclage des eaux usées, Israël est un des leaders mondiaux. L’Etat recycle chaque année plus de 70 % de ses eaux usagées, contre 1 % aux Etats-Unis par exemple. Le centre Shafdan est justement spécialisé dans ce domaine. Il est considéré comme l’un des plus grands centres spécialisé dans le retraitement de l’eau, mais aussi le plus avancé et le plus ingénieux du Moyen-Orient. Chaque année, au fil de quatre étapes correspondant à quatre traitements successifs dans d’immenses bassins, il traite 130 millions de m3 d’eau, soit les besoins en eau de 2 millions de citoyens israéliens. Ces eaux rendues réutilisables, sont pour la plupart envoyées par pipeline vers la région du Néguev pour les besoins agricoles.

Une faiblesse transformée en force 

Mais la vision d’Israël, en matière hydraulique, n’est pas fataliste, loin de là. Mekorot, la compagnie israélienne de l’eau, via des techniques de réutilisation et de dessalage des eaux, affiche comme principal objectif le renforcement et la multiplication des sources hydrauliques en Israël. La compagnie nationale israélienne est leader mondial en matière de désalinisation, que ce soit dans la conception, le développement ou encore l’exploitation. Ce sont près de 300 millions de m3 d’eau qui sont dessalés chaque année par Mekorot.




Le dessalement des eaux ainsi que leur réutilisation ne répond pas simplement à un besoin domestique. Il va bien au-delà. Ainsi, pour produire 1 mégawatt d’électricité, 30 000 litres d’eau sont nécessaires. Ou encore, dans l’industrie agroalimentaire, l’eau est utilisée en grande quantité. Elle peut, tour à tour, jouer le rôle d’ingrédient ou d’agent nettoyant. Et s’avère également utile pour le transport ainsi que pour le conditionnement des matières premières.

Plus concrètement, lors du processus de pasteurisation du lait par exemple, l’eau est utilisée à forte température afin d’éradiquer les bactéries présentes dans le produit laitier via diverses techniques très pointues.

Malgré des statistiques peu encourageantes concernant la disponibilité de l’eau au Moyen-Orient, et notamment en Israël, l’Etat hébreu a su transformer la faiblesse que représentait son manque d’eau en une force technique et économique. Grâce à sa matière grise, le pays a réussi à élaborer des techniques de traitement de l’eau reconnues par le monde entier, et a créé ainsi indéniablement un impact bénéfique sur l’économie et sur l’environnement.



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