Quelles vies de chiens !

L’élevage d’animaux avec pedigree, concours et compétitions à la clef, gagne du terrain en Israël

By PATRICIA GOLAN
April 30, 2013 15:06
Myrna Shiboleth avec 3 de ses colleys à poil court

p18 JFR 370. (photo credit: Ouria Tadmor)

 
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Une longue histoire. En octobre dernier, Le Club des chenils d’Israël (Israel Kennel Club-IKC), fêtait ses 40 ans en tant qu’association officiellement reconnue. Aujourd’hui, l’IKC compte plus de 2 000 membres, et 25 représentants officiels qui possèdent plus de 200 races, des pinschers nains aux dogues allemands, en passant par les pékinois et les mâtins napolitains.

En Israël, les expositions canines remontent à la Palestine mandataire. Dans les années 1950 et 1960, deux clubs canins sont en compétition l’un contre l’autre. Cependant, en 1972, un club unifié est créé et officiellement reconnu par Fédération cynologique internationale (FCI), une association internationale rassemblant des chenils issus de 86 pays et située en Belgique.

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La FCI impose la norme des races, des épreuves de travail et des qualifications pour devenir juges de concours. En Israël, les concours sont des épreuves de conformation.

Autrement dit : des concours de beauté, d’après les critères imposés par la FCI.

Les deux ou trois expositions canines annuelles sont les moments clés pour le milieu canin. Les toutous s’y battent pour remporter le CACIB (certificat d’aptitude au championnat international de beauté).

L’Etat hébreu étant relativement isolé des autres pays cynologiques, gagner le plus haut prix à ces concours est l’espoir de tout éleveur. D’ailleurs, ne vous y trompez pas : la compétition est des plus intenses.

La plupart des éleveurs sérieux emmènent leurs animaux à l’étranger pour concourir. Les pays arabes ne possèdent pas de chiens de race pure ; c’est donc vers l’Europe qu’il faut se tourner. « De nombreux chiens de race pure israéliens sur sont un pied d’égalité avec les européens.



Les prix et les titres qu’ils remportent le prouvent bien », se félicite Orit Nevo, secrétaire exécutive de l’IKC. « Israël est isolé géographiquement, mais nous faisons partie de la scène canine européenne. La compétition est rude. C’est, bien évidemment, très cher. Ceux d’entre nous qui vont à l’étranger paient le prix fort, mais on ne peut pas vivre sur une île isolée », continue Nevo, elle-même juge de concours et éleveuse de rhodesians ridgebacks de longue date.

« Etant données ces conditions, nous ne nous débrouillons pas trop mal. Nos meilleurs chiens sont aussi bons que les Européens pour de nombreuses races : les cairns terrier, les canes corso, les rhodesians ridgebacks, les schnauzers et les pinschers ». En réalité, de nombreux propriétaires envoient leurs plus belles chiennes à l’étranger pour les accouplements.

Israël : pas un pays de chiens 

Si les amateurs israéliens sont aussi enthousiastes que partout ailleurs, d’importantes différences sont à signaler dans la scène canine locale, même en comparaison avec d’autres pays à petites population. « La plupart des Israéliens connaissent mal l’élevage de chiens. Sans doute parce qu’une grande partie de la population est religieuse ou en encore issue des pays orientaux, où les chiens sont considérés comme sales », analyse Myrna Shiboleth, éleveuse, dresseuse et juge de longue date. « J’avancerai également l’histoire particulière des Juifs, et même l’Holocauste », ajoute Orit Nevo. « Historiquement, les Juifs n’avaient pas le droit d’élever des chiens en diaspora. Ils n’avaient pas le droit de détenir des terres et les chiens appartenaient aux nobles.

Evidemment, les chiens ont aussi été utilisés par les nazis ».

Conséquence : « il ne vient presque jamais à l’idée des gens d’adopter des chiens avec pedigree, issus d’un bon élevage », déplore Shiboleth. « Les gens nous disent : “un chien est un chien. Même si nous voulons un animal de race pure, que nous importe de savoir s’il a un pedigree ? S’il a l’air d’un labrador, c’est un labrador !” » Et de continuer : « Ils ne comprennent les moyens investis pour produire un bon chien, et ils ne voient pas non plus pourquoi ils iraient chez quelqu’un qui prendra ensuite ses responsabilités.

C’est pourquoi vous avez autant de chiens qui finissent à la fourrière ou dans les associations de secours ».

Shiboleth, fondatrice du chenil de Shaar Hagaï en 1970, est une experte internationale des chiens de Canaan, l’une des seules races de chiens semi-sauvages au monde, originaires d’Israël. Elle élève également des colleys à poils long depuis plusieurs décennies. Ces dernières années, elle s’est lancée dans l’importation et l’élevage des colleys à poils courts, qui se sont avérés être de bons chiens d’assistance pour les malades d’Alzheimer, une première au monde.

Autre différence notoire en Israël : l’existence d’une poignée d’éleveurs seulement possédant les infrastructures nécessaires à un élevage correct. Le principal problème ? L’espace.

En Europe, la plupart des éleveurs vivent à la campagne, où ils possèdent toute la place nécessaire pour les animaux.

« Ici, c’est très compliqué de trouver un endroit où élever un certain nombre de chiens sans que les voisins se plaignent », commente Shiboleth. « Les Israéliens vivent souvent dans des espaces urbains confinés, et l’élevage coûte cher ».

Les chenils se sont même avérés problématiques dans les moshavim, à moins d’être situés loin des zones résidentielles.

Le meilleur ami du Russe 

Forte d’un million de ressortissants, la communauté russe émigrée en Israël après la chute de l’ex-URSS, à la fin des années 1980 et au début des années 1990, a clairement marquée la société israélienne de son empreinte, et en particulier le milieu canin. « Sans les Russes, je pense que n’aurions quasiment rien aujourd’hui. Cette aliya a été un formidable coup de fouet pour la scène canine israélienne », se réjouit Shiboleth. « Ici, on ne s’intéressait pas particulièrement aux chiens, certain pas comme aujourd’hui. Mais eux, ils connaissaient ce monde canin en Russie. Ils se sont vite montrés actifs, et ils en emmenés avec eux de très bons chiens ». « Plus que la quantité, c’était une question de quantité », renchérit Orit Nevo. « En Russie, il y a une vraie tradition de chiens de race pure et de compétitivité. L’Etat hébreu leur a donné les moyens d’y exceller ».

Une excellence particulièrement visible dans l’élevage de terriers, qui existait à peine dans le pays avant l’aliya soviétique. La plupart des propriétaires qui emmènent des terriers d’élevage aux concours, par exemple les schnauzers, sont russophones. « Ce sont les seuls à investir du temps et de l’argent dans tout cela », pointe Inna Blayvas, présidente de la commission des concours à l’IKC, elle-même émigrée de Russie. « Par exemple : un schnauzer doit avoir une coupe de poils particulière pour pouvoir concourir. Il faut faire de longs trajets pour trouver quelqu’un qui sache le faire comme il faut, parfois situé à plus de 3 heures de voiture. La plupart des Israéliens de souche n’ont pas envie de se donner autant de mal ». D’ailleurs, explique-t-elle, ce n’est pas tant que les Russes ont amené de bons chiens avec eux, mais qu’ils ont « développé ce hobby ici en important de belles bêtes d’Europe. Les russophones adorent les chiens et sont naturellement compétitifs. » Informaticienne de métier, Blayvas emmène souvent des toutous à l’étranger pour des concours. « J’adore partir et je ne dépense mon argent pour rien d’autre, tout part sur les concours canins. J’adore ça, et je suis prête à investir pour gagner ! », dit-elle en riant.

Faut-il avoir du chien pour gagner un concours de chiens ? 

Ces 15 dernières années, les compétitions de jeunes maîtres ont beaucoup gagné en popularité dans le pays.

Des jeunes de 6 à 16 ans dévoilent leurs talents sur l’estrade du concours : présenter le chien et soi-même, montrer la posture, le contact des yeux et même le savoir en matière canine. En d’autres termes, c’est celui qui tient la laisse qui est jugé. Les adolescents les plus talentueux peuvent ensuite gagner de l’argent en présentant aux concours internationaux des animaux qui ne leur appartiennent pas. Les meilleurs dresseurs, souvent des filles, affichent complet. « Les enfants apprennent ainsi à respecter une créature vivante, et ils découvrent les valeurs sportives : coopération et compétition », se félicite Orit Nevo.

Mais tout le monde ne partage pas son enthousiasme.

« Parfois, ca devient trop compétitif. Les filles se mettent à faire davantage attention à leurs tenues et à leurs poses qu’aux chiens », regrette Shiboleth, dont la fille, Dorcas, est devenue il y a 30 ans la première dresseuse junior israélienne, à seulement 10 ans.

L’expérience de ces jeunes maîtres dans les concours leur sert souvent ensuite de tremplin pour être admis dans les unités canines de Tsahal, au moment de leur service militaire. Une admission qui passe par des épreuves réputées très difficiles.

A 20 ans, Ilana Gutman est officier de carrière dans l’unité canine de l’armée de l’air. Cette originaire d’Arad a commencé à dresser des chiens à l’âge de 13 ans, sous l’impulsion de quelques amis qui lui ont fait découvrir cet univers. « Il n’y a pas d’école pour apprendre à dresser, mais ça vient en travaillant avec différents chiens et en développant un contact particulier ».

Paz Davidovich, 23 ans, a elle aussi commencé à l’adolescence.

Aujourd’hui, c’est une dresseuse professionnelle. En 2005, elle défendait les couleurs israéliennes comme dresseuse junior lors du Cruft show, à Birmingham, en Angleterre, la plus grande et prestigieuse exposition canine au monde. « En Israël, l’ambiance est familiale et chaleureuse dans le milieu canin. Mais, à l’étranger c’est très différent », se rappelle la jeune femme. « Tout est si grand, il y a tant de participants et de chiens qu’on s’y perd ».

Sa jeune soeur Yaël vient de remporter la compétition israélienne de jeunes dresseurs. Paz, elle, travaille pour s’offrir la formation en thérapie canine pour les personnes à besoins spécifiques à l’Institut Wingate pour l’éducation physique et sportive, près de Netanya.

« C’est un univers très spécial qui influence profondément ceux qui ont font partie. On travaille très dur, mais il y a cette forme de liberté qui est difficile à expliquer aux autres. On développe des relations spéciales avec les autres et, bien sûr, avec les chiens ».

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