Recherche terre d’accueil désespérément

Ancien agent du Mossad, Hagai Hadas a visité plusieurs pays d’Afrique pour les convaincre d’accueillir les dizaines de milliers d’Africains infiltrés en Israël.

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July 17, 2013 10:51
Camp de fortune dans un parc de Tel-Aviv

P11 JFR 370. (photo credit: Ronen Zvulun/Reuters)

 
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Hagai Hadas aime son nouveau travail. Il lui rappelle le bon vieux temps du Mossad. Il disparaît pour des rendez-vous clandestins dans des lieux éloignés et exotiques. Son budget est illimité. Il opère dans le dos du ministère des Affaires étrangères, et n’a de comptes à rendre qu’au premier ministre Binyamin Netanyahou.

Hadas est l’envoyé spécial d’Israël, chargé d’organiser l’expulsion – en langage politiquement correct, on préfère parler de « transfert », « réhabilitation » ou « réinstallation » – des Africains qui, au fil des ans, se sont infiltrés en Israël.

Pendant sa période au sein de l’agence de renseignement du Mossad, dans les années 1990, Hadas sert comme chef de l’unité super-secrète Kidon, responsable des opérations spéciales.

Par la suite, il est promu au poste de chef de Césarée, le département qui gère les opérations en Iran et dans les pays arabes hostiles. Il quitte l’agence de renseignement en 2004, après avoir réalisé qu’il ne serait pas le prochain adjoint du chef du Mossad de l’époque, Meir Dagan.

Hadas tente sa chance dans les affaires privées, mais il échoue, avant d’être secouru par son ami Netanyahou.

Initialement, il est l’envoyé du Premier ministre chargé de la libération de soldat kidnappé Guilad Shalit, mais, encore une fois, le succès n’est pas au rendez-vous. Il démissionne et Netanyahou se précipite à son secours pour la seconde fois : il le charge cette fois du rapatriement des infiltrés en Afrique.

200 000 clandestins et moi, et moi, et moi 

Selon les données officielles du département de la population et de l’immigration du ministère de l’Intérieur, Israël accueille quelque 70 000 travailleurs étrangers en situation régulière avec permis de travail valides.

Certains ont été amenés de Thaïlande pour travailler dans l’agriculture, d’autres sont originaires de Chine, de Turquie et de Roumanie et exercent dans l’industrie et la construction. Les travailleurs en provenance des Philippines sont principalement employés dans des institutions et des maisons privées pour prendre soin des personnes âgées et des infirmes. Dans une certaine mesure, ces travailleurs étrangers légaux sont surveillés et contrôlés par l’État.

Mais le pays abrite également 14 000 travailleurs illégaux dont les permis ont expiré, qui ont choisi de rester sur place dans la clandestinité. En outre, environ 60 000 touristes dont les visas ont expiré restent illégalement dans le pays.

Au-delà de ces chiffres, quelque 55 000 personnes se sont infiltrées illégalement : 36 000 sont originaires d’Erythrée, 14 000 du Nord-Soudan et du Darfour, et les quelque 5 000 restant de divers autres pays africains comme la Côte d’Ivoire, le Nigeria et le Ghana.

La plupart des Africains se sont infiltrés via l’Egypte et le Sinaï, aidés par des passeurs bédouins qui extorqueraient souvent au passage des sommes exorbitantes et abuseraient sexuellement des femmes.

Les migrants africains affirment qu’ils ont fui leur pays à cause de la persécution politique et des violations des droits de l’homme. Ils insistent sur le fait que, s’ils sont renvoyés dans leur pays d’origine, ils seront soumis à la torture et emprisonnés. Les autorités israéliennes, en revanche, soutiennent que la plupart des éléments infiltrés sont simplement des travailleurs migrants en situation irrégulière qui ne peuvent prétendre au statut de réfugié reconnu par l’ONU.

Toute la misère du monde 

Les plans visant à expulser les 55 000 migrants africains ont occupé une place centrale dans le précédent gouvernement Netanyahou. La concentration de la communauté africaine dans les quartiers pauvres du sud de Tel-Aviv a fait le jeu des politiciens et des journalistes de droite. Les résidents locaux se sont plaint des étrangers qu’ils ont accusés d’ivresse, de violence et d’abus sexuels envers « nos filles ». Et les politiciens se sont précipités pour exploiter la misère et la colère des résidents.

L’ancien ministre de l’Intérieur Eli Yishaï du parti ultraorthodoxe Shas les a décrits comme « porteurs de maladies », rappelant les jours sombres de l’histoire où les Juifs étaient eux-mêmes affublés de tels qualificatifs.

Certains députés du Likoud comme Miri Reguev et Danny Danon (aujourd’hui vice-ministre de la Défense) ont incité à la haine raciale à leur encontre, tenant des propos racistes et sexistes. D’autres politiciens ont parlé de la « menace vis-àvis du caractère juif » d’Israël.

Seule une poignée de voix libérales, principalement celles des organisations de défense des droits de l’homme et des petits partis de gauche, ont tenté de rappeler au public qu’Israël est aussi un Etat démocratique, respectueux des valeurs humanitaires universelles et soumis aux conventions des Nations unies. Mais leurs voix se sont perdues dans le tollé général qui a vite tourné en obsession et paranoïa nationales.

Derrière le désir d’Israël d’expulser les réfugiés africains, se trouvent des motivations diverses. En dehors des pressions politiques, apparaissent des considérations religieuses.

Israël, en tant qu’Etat juif, hésite à accepter et intégrer d’autres groupes ethniques ou religieux. Apparaît aussi l’argument classique qui veut que les réfugiés soient de la main d’oeuvre à bon marché qui « volent » le travail des Israéliens. Enfin, bien que personne ne soit prêt à l’admettre, sous la surface, se cachent également les préjugés, la haine de l’autre en raison de la couleur de sa peau.

Retourne dans ton pays 

Le gouvernement Netanyahou a déclaré la guerre aux immigrés clandestins et promis de mettre un terme à leur arrivée. Et il a réussi. Le ministère de la Défense a investi près d’un milliard de dollars, pour construire une barrière qui s’étend d’Eilat, la ville portuaire de la mer Rouge, à la ville de Rafah, sur la côte méditerranéenne, au sud de la bande de Gaza. Elle couvre toute la frontière longue de 200 kilomètres entre Israël et l’Égypte.

La barrière a un double objectif. Conçue pour empêcher l’infiltration illégale, elle doit aussi contrecarrer les efforts déployés par les groupes terroristes inspirés d’al-Qaïda, ainsi que ceux des cellules du Hamas et du Djihad islamique basés à Gaza, pour frapper Israël à partir du Sinaï.

Presque achevée, la barrière est une protection efficace pour faire obstacle aux réfugiés et demandeurs d’emploi africains qui souhaitent atteindre Israël. Les statistiques officielles publiées par le ministère de l’Intérieur illustrent clairement comment la clôture a endigué le flux. En 2010, près de 15 000 personnes se sont infiltrées en Israël par le Sinaï. En 2011, ces chiffres ont augmenté de 15 % atteignant plus de 17 000. Mais en 2012, avec le début de la construction de la barrière, les chiffres ont chuté de 40 % pour descendre à 10 000. Et depuis le début de l’année 2013, seulement 28 personnes ont réussi à passer la frontière.

Pourtant, Israël continue à percevoir l’existence des infiltrés comme une menace. Ainsi, il cherche à limiter leur présence par tous les moyens – légaux, diplomatiques et économiques.

Depuis 2012, Israël a renvoyé par les airs près de 1 500 Sud- Soudanais dans leur pays, via la Jordanie. Parce qu’Israël et le Sud-Soudan entretiennent des relations diplomatiques, et qu’Israël lui fournit une formation militaire et en matière de sécurité (un programme mis en place depuis 40 ans, lorsque le Sud se battait pour son indépendance au sein du Soudan unifié), il n’y a pas de restrictions légales ou internationales aux expulsions. Les responsables israéliens affirment que tous les immigrés clandestins originaires de ce pays acceptent de retourner dans leur pays natal. Ils ont reçu une allocation et certains d’entre eux ont été formés avant leur départ dans divers domaines comme l’agriculture.

Mais les témoignages recueillis par des groupes de défense des droits de l’homme dépeignent une situation tout à fait différente. Ils décrivent les pressions exercées par les responsables israéliens et par la police pour contraindre les réfugiés à signer leur « libération volontaire ».

Négocier avec les amis d’Afrique 

Le « problème » des Sud-Soudanais résolu, la nouvelle coalition Netanyahou, dont le parti centriste Yesh Atid dirigé par le ministre des Finances Yaïr Lapid, vise désormais les réfugiés érythréens et nord-soudanais. Mais il s’agit là d’une question beaucoup plus complexe. Israël est signataire de plusieurs conventions internationales relatives à la situation des réfugiés. Et selon ces conventions et la commission des Nations unies pour les réfugiés, les infiltrés reconnus bénéficient d’un statut particulier qui leur accorde la libre circulation et la protection contre les arrestations.

Pour contourner les engagements internationaux, Israël a adopté en 2012 un amendement à la loi sur la prévention des infiltrés qui autorise essentiellement la détention de migrants qui n’ont pas le statut de réfugié pour une période pouvant aller jusqu’à trois ans. L’amendement a été adopté par la Knesset en dépit de l’opposition du ministère des Affaires étrangères et des organisations des droits de l’homme, qui font valoir qu’il est en contradiction avec le droit international et l’engagement de l’État aux conventions internationales sur les réfugiés.

Plusieurs associations humanitaires représentant cinq réfugiés érythréens ont déposé un appel devant la Cour suprême, demandant l’annulation de la nouvelle loi et la définissant comme « anticonstitutionnelle ». La Cour suprême a délibéré et devrait rendre son verdict dans un proche avenir.

Au cours des délibérations, des détails sur les missions secrètes d’Hadas en Afrique ont été partiellement dévoilés.

Comme Israël ne peut pas renvoyer les réfugiés dans leurs pays d’origine, où ils seraient sujets à des persécutions politiques, le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur et leurs conseillers ont décidé d’essayer de persuader les pays amis d’Afrique à accepter au moins une partie des expulsés.

De l’Erythrée à l’Ethiopie Au cours de la dernière année, Hadas a visité plusieurs pays d’Afrique dans le but de les convaincre d’accepter les réfugiés.

Il a voyagé ou été en contact avec le Kenya, l’Ouganda, le Burundi, le Rwanda, l’Ethiopie, le Malawi et probablement d’autres encore.

Pour les inciter à parvenir à un accord, il leur a offert assistance militaire israélienne, soutien à l’agriculture, voire même des compensations financières par tête. Les associations humanitaires font valoir qu’un tel accord est moralement répréhensible et contraire au droit international. Le trafic des personnes est, selon eux, interdit et les réfugiés ne peuvent pas être « vendus » en échange de biens ou d’argent.

Jusqu’à présent, aucun état africain n’a vraiment fait preuve d’enthousiasme ou ne s’est montré prêt à accepter une telle offre. Lorsque le Premier ministre kényan Raila Odinga s’est rendu en Israël en novembre 2011, il a rejeté une proposition israélienne sur l’accueil de réfugiés africains. Et déclaré à Netanyahou que le Kenya était déjà le pays d’accueil de quelque 3 000 000 de réfugiés, parmi lesquels des centaines de milliers d’Erythréens.

Hadas a également avancé l’idée que l’Ethiopie puisse intégrer les Erythréens. Jusqu’au début des années 1990, l’Erythrée faisait partie de l’Ethiopie. Elle a déclaré son indépendance en 1991, et les deux pays se sont déclaré la guerre, il y a quelques années, pour une étroite bande de terre de quelques kilomètres de long.

Malgré l’animosité qui demeure, les Ethiopiens considèrent les Erythréens comme leurs « frères perdus ».

Aussi le consul général éthiopien à Tel-Aviv a déclaré aux responsables israéliens que son gouvernement accorderait un visa d’entrée à tout Erythréen qui souhaiterait se rendre en Ethiopie, à condition qu’Israël couvre les frais de voyage et lui fournisse une allocation initiale. Il n’y a eu aucun progrès sur la question depuis.

Pas d’accord à l’horizon 

De son côté, le procureur de l’Etat, Yochi Gnesin a informé la Cour suprême, en juin dernier, qu’Israël avait conclu un accord avec un pays d’Afrique et que de sérieuses négociations étaient en cours avec deux autres pays, peutêtre à même d’accueillir les réfugiés. Les pays n’ont pas été nommés.

Le ministère des Affaires étrangères a déclaré ne pas avoir connaissance d’un accord ou de négociations sérieuses sur la question.

« Hadas a peut-être été un bon agent de renseignement », a confié une source au sein du ministère, « mais il n’est pas taillé pour la mission délicate qui lui a été confiée. En outre, il y a peu de chance de voir un pays africain accepter de recevoir les Africains infiltrés en Israël. Quel pourrait être leur intérêt ? » Il est apparu par la suite que le procureur Gnesin avait mal informé la Cour suprême. Une semaine plus tard, cette dernière a amendé sa déclaration. Et a présenté à la Cour un affidavit de Hadas, dans lequel il reconnaît qu’il y a seulement eu des « négociations » avec les pays africains, mais qu’aucun accord n’a été conclu.

Certaines associations de défense des droits de l’homme estiment qu’au lieu de vains efforts pour expulser les réfugiés, ceux-ci devraient être complètement intégrés dans la société. Ils devraient être encouragés à s’installer dans diverses régions d’Israël et pas seulement dans le secteur restreint du sud de Tel-Aviv. Recevoir des permis de travail, payer des impôts, et bénéficier de l’assurance-maladie et de la sécurité sociale. De leur point de vue, « Israël a bel et bien les moyens d’intégrer quelque 55 000 personnes ».

 


 


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