Rencontres en tous genres

Adieu marieurs et entremetteuses ! À l’heure de la romance hi-tech, du chat et des réseaux sociaux, trouver l’âme sœur a pris une tout autre allure.

By ELIA BERGER
August 20, 2013 10:37
Nikolas Gershkovich; créateur d'un site web Don Juan, lors d'un atelier pour hommes.

P19 JFR 370. (photo credit: DR)

 
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« Vous venez ici souvent ? », la classique entrée en matière du dragueur, semble aujourd’hui dépassée. Une sous-culture avant-gardiste connue comme l’industrie des virtuoses de la drague a vu le jour en Israël, notamment dans son sanctuaire des célibataires, Tel-Aviv.

Depuis les forums de discussion en ligne dans les années quatre-vingt-dix, où les hommes inventent et échangent des techniques de séduction à succès, cette communauté plus ou moins secrète s’est propulsée sans complexe sur la scène publique. Aujourd’hui, presque toutes les grandes villes ont une communauté de virtuoses de la drague, appelés « PUA » (Pick-Up Artists ou artistes piocheurs) chez les pros.

Près d’une décennie depuis le lancement de la première entreprise de séduction d’Israël « qui enseigne aux hommes toutes les ficelles de la drague », un domaine hautement compétitif a fait son apparition, pour aider les mâles israéliens à améliorer leurs compétences dans leur approche des femmes. De séminaires en consultations, en passant par les camps d’entraînement intensif avec un coach en séduction, ces services peuvent coûter des milliers de shekels.

Avoir du succès auprès des femmes 

Nikolas Gershkovich, le fondateur du site Don Juan, estime qu’il y a aujourd’hui « un véritable problème de communication entre les hommes et les femmes ». C’est pourquoi il a créé Don Juan, une entreprise qui « enseigne la communication interpersonnelle et aide les hommes à développer et trouver l’amour et l’intimité. Le but est d’ouvrir une brèche pour réussir sa vie. » « Nous avons toute une variété de produits pour aider les hommes à avoir du succès auprès des femmes », explique-t-il au cours d’un entretien qui se déroule dans un café pittoresque de Tel-Aviv. Il cite, entre autres, des ateliers sur le charisme, l’improvisation, la mode et le langage du corps, ainsi que la formation personnelle avec des coaches en séduction.

Le slogan de Don Juan est « Votre gage de succès avec les femmes ». La plupart des hommes viennent à l’école en raison de problèmes dans ce domaine. Mais séduire la gent féminine est seulement le « dérivé » d’un ensemble beaucoup plus vaste. « Lorsque nous recevons un client, nous considérons tous les aspects de sa vie et travaillons ensemble à les améliorer.

Une fois leurs problèmes dans la vie résolus, la question de leurs rapports avec les femmes se règle automatiquement. » « Pour garantir des résultats, nous devons savoir à qui nous avons affaire », poursuit Gershkovich. « La première rencontre avec un client potentiel nous permet de voir s’il bénéficiera ou non de notre approche. Si l’on voit que nous pouvons l’aider à atteindre ses objectifs, nous l’intégrons au programme.

L’école dispose de huit instructeurs. Les cours durent trois à six mois, pour un coût variant de 3 000 à 6 000 shekels. Dix à vingt étudiants par mois s’inscrivent aux programmes, qui allient la formation personnelle et des séances individuelles hebdomadaires, adaptées à la vie de chacun. « Si la personne aime fréquenter les bars, nous allons dans un bar. Si c’est un homme de quarante ans qui cherche à se marier, nous participons à des sessions de speed-dating ou des voyages pour célibataires.

Comme une mitsva 

Sur « le terrain », que ce soit un bar, la plage, le centre commercial ou partout où le client veut aller, l’instructeur aborde une femme et entame une conversation, sous l’œil attentif de l’apprenti en séduction. Celui-ci s’y met à son tour, et quand il revient, ils examinent ensemble le déroulement de la rencontre.

Gershkovich est très impliqué dans la communauté des esthètes de la drague à l’étranger. Il anime des ateliers aux Etats-Unis et ramène des conférenciers en Israël pour parler de sujets tels que la confiance en soi, l’art de la séduction et les secrets du premier rendez-vous. Les conférences sont ouvertes au public, pour 50 shekels. Elles attirent des dizaines de personnes, dont aussi des femmes.

Bien que l’industrie soit « relativement jeune » et que les médias tentent « sans arrêt de la détruire » en présentant le phénomène sous une image très négative, ce coach en séduction de 25 ans voit cela comme « une mitsva. Sans le développement de ce domaine, je serais probablement incapable de parler aux filles aujourd’hui. Peut-être même jamais. » En réponse aux critiques qui accusent les virtuoses de la drague de vouloir manipuler et utiliser les femmes, il affirme : « Les filles sont intelligentes. Je ne pense pas que de simples trucs puissent les tromper. Quand un type dit quelque chose qui n’est pas authentique ou véritable, elles le voient tout de suite. Nous enseignons des techniques comme par exemple “comment faire une bonne première impression”, ce qui a à voir avec le langage corporel, le ton et l’état d’esprit de la personne, s’il est connecté avec lui-même. »

Séduction vs. manipulation 

Gershkovich n’est pas le seul à défendre sa « profession » contre les connotations quelque peu douteuses qu’évoque le monde de la drague. Alex Zenevich du site Pickup Action, dont le slogan est « Succès en temps réel avec les femmes », déclare : « Drague et séduction ne sont pas synonymes de manipulation. C’est un travail beaucoup plus difficile. Nous construisons une réalité intérieure pour le client [qui paie 4 400 shekels pour un cours de 16 séances] et lui donnons les outils nécessaires pour acquérir toute confiance en cette réalité ».

Selon le site, Pickup Action a été lancé en 2012 pour apporter « une solution au besoin de plus en plus pressant, pour les hommes, d’améliorer leur existence dans le domaine des relations ». Qu’il s’agisse de problèmes d’insécurité ou d’inexpérience, de personnes divorcées après des années de mariage qui se sentent coincés, ou tout simplement de ceux qui cherchent à développer leurs aptitudes sociales, c’est toujours un processus difficile, explique Zenevich. « Nous vivons dans une société où nous sommes évalués à l’aune de nos réalisations. Aussi, même si l’on a du mal à faire face au sentiment de rejet, lorsque l’on essuie de nombreux refus, cela vous donne une grande force mentale. » Fondée en 2009, mySod (mon Secret) est une entreprise qui semble fuir la culture de la séduction. Elle se présente comme un « centre pour l’autonomisation et la promotion des compétences de communication pour les hommes. Son programme phare, « le Processus », a démarré il y a un an et demi, en coopération avec l’université Bar-Ilan, où son fondateur, Stas Segin, a terminé sa maîtrise en psychologie.

Quand le verre est plein… 

Segin, qui a donné des conférences, des séminaires et des ateliers sur la façon d’aborder les femmes depuis 2005, « a changé l’ADN » de son enseignement. C’est ce qu’il explique lors d’un entretien dans son bureau du quartier de la Bourse de Ramat Gan. « Nous sommes à la recherche d’un équilibre. Autrefois, notre enseignement était basé sur l’extérieur de la personne : comment s’habiller, comment parler, que dire, que faire. A présent, nous nous efforçons de travailler sur l’intérieur, de sorte que le changement interne conduise au changement externe. » Avant, l’objectif principal était de sortir dans un bar et de parler à autant de femmes que possible, maintenant « nous préconisons une sortie avec un ami cher, tout en faisant fi du bar et de tout ce qui l’entoure. En effet, quand une femme voit que vous vous intéressez vraiment à votre ami, cela augmente vos chances et ajoute à votre charme. » Pour tenter d’illustrer cette approche « plus globale », Segin utilise un gobelet en plastique comme symbole du « bien-être » de la personne. 

Avant ce changement conceptuel, « on apprenait que pour se sentir bien dans sa peau, il fallait collectionner les femmes et les numéros de téléphone. Aujourd’hui, il faut d’abord remplir le verre », et pour illustrer ce nouveau concept, il verse de l’eau dans un verre vide, par degrés. « Cela signifie remplir votre vie avec des activités comme rencontrer des amis, faire de l’exercice et s’adonner à des loisirs « jusqu’à ce qu’il soit plein ». Au lieu de se nourrir et de prendre de l’autre, comme c’est le cas avec les techniques de séduction traditionnelles, on apprend à donner. » Le cours, qui dure trois mois et coûte 2 200 shekels, « est tout un processus. Au terme du premier week-end, il y a des réunions toutes les deux semaines, et ensuite nous restons en contact avec les stagiaires », explique Segin. « Nous leur donnons une perception différente de leur identité : apprendre simplement à s’apprécier soi-même. Quand on se sent mieux dans sa peau, les autres sont naturellement attirés vers nous. » 

Un clic qui peut changer la vie 

Dans un mouvement témoin de l’ascension et de la chute de nombreuses entreprises, des dizaines de coaches et de programmes de formation sont en lice pour rester sur le marché, d’autant plus qu’ils sont confrontés à la concurrence énorme de l’industrie de 3 milliards de dollars des rencontres en ligne.

Avec plus de 125 millions d’utilisateurs, 4 000 sites de rencontres à travers le monde, et une relation sur cinq qui, selon de récentes estimations, commence dans le cyberespace, les rencontres sur Internet sont devenues le deuxième moyen le plus populaire de trouver un compagnon, après les rencontres grâce à des amis communs.

Depuis 1990, le nombre de couples qui font connaissance sur le Web est passé de zéro à plus de 20 % aujourd’hui. Spark Networks possède et exploite plus de 30 communautés en ligne. Parmi lesquelles ChristianMingle et le premier site de rencontres juives, JDate, qui compte 750 000 membres actifs à travers le monde « dont plus d’un tiers en Israël ». L’adhésion à JDate coûte 129 shekels par mois ou 69 shekels par mois pour un abonnement semestriel.

Daniella Perlstein de JDate Israël et Europe a commencé sa carrière en tant que consultante en stratégie à New York, après avoir obtenu sa maîtrise à l’Université Columbia. Elle estime qu’il y a plus d’un million de célibataires en quête d’amour en Israël. Une enquête spéciale menée l’an dernier par le site de rencontres a établi que 80 % des célibataires en Israël sont à la recherche d’une relation en ligne.

« Les gens se rencontrent en ligne », dit-elle, citant un autre sondage qui montre qu’un mariage sur trois, aux Etats-Unis, commence aujourd’hui sur Internet. « Tous les aspects de la vie sont désormais en ligne : la banque, les achats, le cinéma avec Netflix. Tout le monde s’y retrouve. Cela fait partie de la vie ».

Au début de l’année, elle a lancé un nouveau programme intitulé Jexperts : une équipe de spécialistes qui facilitent les rencontres via divers programmes. Pour 1 200 shekels, un styliste professionnel conseille, lors d’une séance privée, comment s’habiller pour un rendez-vous et améliorer son apparence. Une séance photo avec un photographe professionnel coûte 290 shekels.

Et plus si affinités 

Tout le monde ne partage pas ce même enthousiasme. Pour ceux dont le seul but est le mariage, Doo-Lev (Deux-Cœurs) est un service de rencontres qui vise à unir les destinées. Depuis l’ouverture de son premier bureau à Beersheva en 1991, Doo-Lev a essaimé à travers le pays, à Jérusalem, Ashdod et, plus récemment, à Tel Aviv. Harella Ishai, qui dirige cet empire, a commencé à caser ses étudiants quand elle enseignait l’économie et la comptabilité à l’Institut technologique de Beersheva.

« La demande a augmenté ces dernières années parce que les gens en ont marre d’Internet », affirme-t-elle. Elle ajoute que beaucoup préfèrent s’adresser une personne en chair et en os plutôt que de confier leur avenir à un entremetteur virtuel.

Chez Doo-Lev, « chaque client est examiné dans les moindres détails, et chaque demande est passée au crible, à l’inverse de l’océan de propositions qui pullulent sur le Web. J’envoie leur écriture à un graphologue pour analyser leur personnalité et voir avec qui ils pourraient être compatibles. Nous prenons en compte les passe-temps favoris, les traits de caractère et les données techniques comme l’éducation, le statut social et financier. Je demande à chaque client ce qui est le plus important pour eux dans une relation, ce sur quoi ils ne sont pas prêts à transiger et ce qui constitue le couple idéal. Avec ces données, je fais des recoupements avec les différents candidats pour voir qui pourrait convenir. » Cependant, ce genre d’agence matrimoniale traditionnelle tient un peu du pari. Il en coûte la lourde somme de 10 000 shekels, et si vous ne trouvez pas l’homme ou la femme de votre vie, vous en êtes pour vos frais. D’un autre côté, si vous vous mariez, c’est un double gain. Vous repartez avec un conjoint et l’entreprise empoche encore 10 000 shekels ! Par le passé, les clients de Doo-Lev étaient pour la plupart religieux, mais au cours de la dernière décennie, l’agence a attiré un nombre croissant de laïcs. « En fait, aujourd’hui, nous avons plus de clients laïques que de clients religieux », explique Ishai. « Les gens sont surpris quand ils entendent cela. Ils pensent que les entremetteurs sont le domaine exclusif des religieux. » 

Un conseiller pour l’amour

Un phénomène apparu ces dernières années tend à montrer que les candidats au mariage apparaissent de plus en plus difficiles. « Quand je ne réussis pas à marier les gens, c’est en général parce que leurs attentes ne correspondent pas à la réalité », poursuit Ishai. « Ils arrivent avec une liste d’exigences et chaque année, ces listes s’allongent et sont de plus en plus détaillées, ce qui les rend plus difficiles à satisfaire. Si, il y a dix ans, quelqu’un cherchait un compagnon aux cheveux clairs, aujourd’hui on vous demande des cheveux longs ou courts, raides ou bouclés. Elle appelle cela le « syndrome de la sélectivité en série » et met en garde contre le risque de « passer à côté d’une relation parfaite pour une petite bêtise ».

L’âge du mariage en Israël est en forte hausse. Aujourd’hui, les célibataires masculins âgés de 25 à 29 ans représentent 65 % de la population, contre 28 % dans les années 1970. Le pourcentage de femmes célibataires dans ce groupe d’âge atteint 46 %, contre seulement 13 % il y a près de 40 ans. Le Bureau central des statistiques constate également qu’en général, les couples mariés sont plus heureux que les célibataires.

C’est peut-être ce qui explique pourquoi les rencontres conventionnelles sont en perte de vitesse, au profit de moyens ultramodernes ou ultratraditionnels pour trouver l’âme sœur, à savoir, l’Internet ou un entremetteur juif.

« J’ai eu un jour comme client un célèbre joueur de football », raconte Ishai. « Il m’a confié que, tout comme il a un entraîneur, un agent et un conseiller fiscal, je suis son conseiller pour trouver l’amour. »

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