Saga de l’enrôlement : les gagnants et les perdants

Les harédim parviennent à repousser l’échéance ; les partis politiques tirent leur épingle du jeu. Match nul en revanche pour la classe moyenne

By GIL STERN STERN HOFFMAN
February 25, 2014 15:43
P6 JFR 370

Manifestation de haredim. (photo credit: MARC ISRAEL SELLEM/THE JERUSALEM POST)



Qui a remporté la bataille de l’enrôlement ? Jeudi 20 février, le ministère de la Défense a déclaré que la conscription des harédim était un sujet trop sérieux pour s’étendre sur les gagnants et les perdants. Mais pour vertueuse qu’elle soit, en politique, cette affirmation ne tient pas. Tour d’horizon.

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Les gagnants

Yaïr Lapid et Yesh Atid. Ont-ils honoré leur promesse de campagne de mieux répartir le fardeau du service militaire ? Non. Une majorité écrasante de harédim va toujours aller étudier la Torah pendant que leurs homologues laïcs iront à l’armée, et les sionistes-religieux vont toujours servir un an et demi de moins via leur programme hesder.

Ont-ils honoré leur promesse d’inclure les harédim dans le groupe des personnes actives et imposables ? Probablement pas. Des milliers d’orthodoxes vont désormais être exemptés du service militaire et seront libres de quitter leurs yeshivot, de travailler et de gagner de l’argent. Mais la pression de leurs pairs, les normes sociétales, et le respect envers les rabbins et les parents maintiendront la majorité des harédim dans leurs écoles talmudiques. Ceux qui travaillent discrètement, en revanche, pourront maintenant être payés légalement.
Alors pourquoi Yaïr Lapid et son parti Yesh Atid sont-ils gagnants ? Parce qu’une grande partie du public ne distingue pas entre un plan strict pour les forcer à servir et le processus en passe d’être voté à la Knesset. Lapid et les leaders de son parti crient victoire et ils sont très persuasifs. Ils peuvent dire, à juste titre, que les sanctions pénales sur les réfractaires s’appliqueront désormais aussi bien aux harédim ainsi qu’aux laïcs. Mais ils ne pourront pas prouver qu’ils seront emprisonnés jusqu’à ce que les sanctions prennent effet en 2017, et les prochaines élections auront sans doute lieu avant cela.

Les Harédim. Attendez-vous à voir des manifestations et des prières massives contre les propositions de lois concernant les harédim les prochaines semaines. Dans leurs prières, ils demanderont à Dieu « d’annuler le décret diabolique ».
Mais en privé, ces mêmes ultraorthodoxes admettent que cela pourrait être bien pire. Comme l’a dit un porte-parole des harédim la semaine dernière : « Le père de Yaïr [l’ancien leader laïc Tommy Lapid] n’aurait jamais accepté ce plan ». Ne vous y trompez pas, les harédim ne sont pas irrités par cette législation. Ils sont au contraire très soulagés.
HaBayit HaYehoudi. Le chef du parti Naftali Bennett crie partout que la proposition de loi est exactement ce qu’il avait établi avec Yaïr Lapid peu après les élections de janvier 2013. En réalité, le texte ne contient pas tout ce que souhaitait le ministre des Finances. Mais bien tout ce que voulait Bennett. HaBayit HaYehoudi souhaitait voir davantage de harédim servir, mais il ne souhaite pas un plan drastique qui les y contraigne par la force.

Les yeshivot hesder ont été protégées et les meilleurs étudiants sionistes religieux pourront désormais plus facilement éviter complètement le service. Bennett a prouvé à l’aile dure de son parti que son lien controversé avec Lapid a été bénéfique pour ses électeurs.
Le Premier ministre Binyamin Netanyahou. Il n’a pas mené les efforts pour enrôler les harédim, car il sait combien ils l’ont aidé politiquement dans le passé. Il pourra dire plus tard qu’il a été entraîné là-dedans par Lapid, Bennett et la Cour suprême.
Cette loi portera-t-elle atteinte au futur politique de Netanyahou ? Pas du tout. Il y a de fortes chances pour que Bibi gagne encore une fois les prochaines élections et celles-ci auront lieu avant 2017, date à laquelle le texte entrera en vigueur. Les partis harédim seront si désireux d’entrer au gouvernement et de faire annuler la loi qu’ils pourraient même s’y joindre pour un prix aussi bas que celui fixé par Kadima quand le parti a rejoint la coalition avec un seul ministre en 2012 (avec, rappelons-le, l’objectif d’enrôler les harédim). Le prix de Yesh Atid sera tout aussi bas. Et pour cause : il souhaitera entrer au gouvernement et conserver la législation intacte. Si le Premier ministre s’était en revanche opposé aux sanctions pénales, sa coalition aurait été en danger. Il a désormais la quiétude politique nécessaire pour gérer les périlleuses questions diplomatiques à venir.



Les perdants

La classe moyenne laïque. Cette frange de la population continuera de porter sur ses épaules le fardeau du service militaire, du travail et des impôts. Elle verra peut-être plus d’hommes à barbe dans ses unités militaires et au travail, mais d’égalité, point.
Lapid et ses députés de Yesh Atid ont mis le paquet ces dernières semaines pour persuader leurs sympathisants qu’ils œuvrent également pour leur bien. Mais ces derniers sont doués d’un esprit critique et ne sont pas très fidèles en termes électoraux. Plus la classe moyenne laïque comprendra les effets de la législation, et plus elle sera en colère. Il y a fort à parier que beaucoup d’entre eux se chercheront un autre parti lors du prochain scrutin.

Les travaillistes. Seront-ils le parti vers lequel se tournera cette classe moyenne laïque et frustrée ? Probablement pas. Ce n’est pas pour rien que le président d’Avoda, Itzhak Herzog, ne fait pas partie des opposants à la loi. Il était de la commission Tal qui a cruellement échoué à enrôler les harédim. Les interviews que le député a données le jour de la publication du rapport de la commission en 2000 seraient très embarrassantes si elles étaient lues aujourd’hui. Sa prédécesseure, Shelly Yachimovich, ne peut pas non plus s’exprimer sur le sujet, car elle est expressément opposée à l’enrôlement de force.
Les oiseaux de mauvais augure : Elazar Stern et Moti Yogev. Ces deux députés sionistes religieux se détestent. Mais ils ont en commun d’avoir été parmi les seules voix essayant d’alerter le public sur le contenu du texte et sur ce qui a été laissé de côté. Mais désolé, Stern et Yogev, personne ne vous écoute.

La Judée, la Samarie et Beit Shemesh. Les harédim ne peuvent pas se venger de Netanyahou et de Lapid. Mais ils peuvent se venger de HaBayit HaYehoudi de trois façons. Premièrement, les harédim contrôlent le Grand Rabbinat et peuvent utiliser ce pouvoir pour bloquer les réformes de Bennett et du vice-ministre de la Défense Eli Ben-Dahan. Deuxièmement, il va y avoir une élection le 11 mars à Beit Shemesh où le harédi Moshé Aboutboul se présentera contre Eli Cohen, soutenu par HaBayit HaYehoudi, le Likoud, Yesh Atid et tous ceux qui ne sont pas orthodoxes. La proposition de loi est censée être soumise à la Knesset la veille du scrutin municipal. Ils pourront laisser éclater leur colère contre la loi lors de cette élection. Enfin, troisièmement, les harédim pourraient se venger en soutenant le plan Kerry de retrait des implantations. Quelques centaines de harédim seulement vivent juste au-delà de la Ligne verte, comme à Beitar Illit, et ils ne seront pas forcés de déménager. Le noyau dur des implantations, au cœur de la Judée-Samarie, est peuplé d’électeurs de HaBayit HaYehoudi. Ce sont eux qui subiront le courroux des harédim, qui ne s’opposeront pas à leur évacuation. Parmi les soldats qui effectueront l’évacuation, y aura-t-il beaucoup d’orthodoxes ? Il y a fort à parier que non. Ils seront toujours à la yeshiva. 


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